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Loscil - Endless Falls

lundi 29 mars 2010, par Laurent

Dire l’immobilité


Comme son nom l’indique, "Endless Falls" est effectivement interminable. Qui sort encore des disques de plus d’une heure de nos jours ? Et qui a le temps de les écouter ? Ces questions sont sans pertinence dans le cas de Loscil. Parce que cet album – le septième pour Scott Morgan, mieux connu comme étant le batteur de Destroyer – ne s’écoute pas ; il se vit, tout simplement. Et si sa durée dépasse les normes en vigueur, sa critique se voudra (presque) expéditive.

Si le terrifiant Ben Frost survivait à une psychothérapie lui ôtant toute pulsion sanguinaire, c’est la musique qu’il ferait aujourd’hui. Si Moby avait préféré Brian Eno et ses musiques d’aéroport à sa collection de 78t de blues du Mississippi, c’est le genre de disque qu’il sortirait aujourd’hui. Si Valgeir Sigurðsson pouvait être encore plus neurasthénique, c’est cet ailleurs qu’il visiterait aujourd’hui.

Loscil n’est pas un musicien ; c’est un paysagiste. Sur "Endless Falls", chaque plage se contemple comme un instantané de vie mélancolique. Il n’y a pas d’action dans ces tableaux, à peine le vent qui fait remuer les feuilles, une pluie qui vient battre les carreaux sans demander son reste. Disant l’immobilité mieux qu’une nature morte, Loscil suscite rarement la tension (la montée inachevée d’Estuarine, le fourmillement gracieux de Dub For Cascadia). L’attention, elle, ne faiblira au pire que sur le trop monochrome Showers of Ink ; du reste, elle dépendra du degré de confiance de l’auditeur : comme chez Jóhann Jóhannsson, se laisser envoûter relève ici d’une question d’abandon.

Enfin, sur The Making of Grief Point, des mots s’échappent. Un talk-over hypnotique évoque une spirale infinie. « It is done » seront les derniers mots du disque. Puis la pluie retombe en fines lames, comme elle le faisait au début. En rhétorique, on appelle ça une épanadiplose. En musique comme dans la nature, on parlera d’un cycle, sans début ni fin. Un peu comme un vinyle dont le sillon ne bifurquerait jamais. "Endless Falls" porte bien son nom : inépuisable.

Article écrit par Laurent

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