Accueil > Musique > 2010 > Crookers - Tons of Friends

Crookers - Tons of Friends

vendredi 9 avril 2010, par Laurent

Sortez les saucisses


Petite mise au point pour commencer. Ceux qui ne connaissent de Kid Cudi que le remix de Day ‘n’ Nite commis par les Crookers sont passés à côté d’un des meilleurs albums hip-hop de 2009. Ceux qui ne connaîtraient, des Crookers, que le remix offert à Kid Cudi, risqueraient bien de passer à côté d’une des bonnes livraisons d’électro bourrine de ce printemps 2010. Contemporain et compatriote des furieux Bloody Beetroots, le duo formé par Andrea Fratangelo et Francesco Barbaglia – a.k.a. Phra & Bot – confirme la vitalité d’une scène électronique italienne qui n’a plus grand-chose à voir avec l’eurodance à gros sabots des années 90, de Gala à Pin-Occhio.

L’argument principal des Crookers – contenu tout entier dans le titre de ce premier album – c’est cependant leur agenda. Des tonnes d’amis, pour sûr, ils en comptent et peuvent compter dessus pour épicer leurs beats pourtant déjà bien relevés. Qu’on pardonne donc d’emblée le fait que cette critique se présente sous la forme d’un gigantesque name dropping, mais c’est qu’il y a du (beau) monde au balcon.

Pour commencer, c’est Soulwax qui met le disque sur orbite avec une science du rythme obsédant qui n’est décidément plus à prouver. On se doute que les frères Dewaele y injectent une grande part de leur personnalité, car la suite va sensiblement déplacer l’ambiance plus au sud et flirter plus d’une fois avec le dancehall et le kuduro. Kelis le démontre dès l’excellent No Security, crunky à souhait, tandis que même les larges épaules de Will.i.am se resserrent pour s’offrir entièrement à un Let’s Get Beezy qui lui ressemble fort peu. On pense davantage aux productions exotico-salaces de Diplo et Switch, et ça tombe bien : leur projet Major Lazer est également de la partie. Dans le cas présent, difficile de dire qui se met au service de qui, mais Natural Born Hustler nous livre ailleurs un enseignement précieux dans la mesure où l’abominable Pitbull y est presque supportable (mais quand même, fallait pas l’inviter).

Certains ‘amis’ étant plutôt prévisibles – Kardinal Offishall a forcément le profil pour le job, ce qui rend sa contribution d’autant plus dispensable – on préférera les voir à contre-emploi – Spank Rock sur un titre deep house, pourquoi pas – et on en viendrait presque à s’étonner de l’absence des habitués du genre (M.I.A., Amanda Blank et compagnie). Par contre, on se réjouira des deux featurings très réussis de Róisín Murphy. Entendre madame Moloko s’époumoner sur la teck très méditerranéenne de Royal T donnera logiquement la patate aux oreilles qui n’oublient pas qu’elles ont des pieds.

Bonne idée aussi de laisser cette tour de Babel s’ouvrir à d’autres idiomes. Sur Cooler Couleur, c’est Yelle qui se charge de représenter la langue de Molière – je vous laisse imaginer le résultat – tandis que Birthday Bash est un torride baile funk où se croisent l’italien, le portugais et le chichewa de The Very Best : effet radical sur l’arrière-train. Au final cependant, ce sont les collaborations les moins évidentes qui délivrent les meilleurs moments. Venus du froid, les Suédois (aux deux tiers) de Miike Snow font souffler une bise apaisante sur Remedy. Have Mercy ressemble à un a cappella d’Evanescence remixé par Modeselektor, et curieusement ça marche. Enfin c’est – faute de mieux ? – Tim Burgess (des Charlatans) qui vient présenter une énième variation sur le thème du chanteur britpop acoquinant sa voix crâneuse à un gros beat qui tache (il s’y était déjà collé chez certains frères chimiques) ; Lone White Wolf nous immerge ainsi dans un western post-apocalyptique si décalé qu’il en devient proprement jouissif.

On ne va pas passer tous les titres en revue – 20 au compteur tout de même – mais on aura compris que l’ensemble, bien qu’inégal, recèle plus d’une bonne surprise. Et puis, ce disque tombe à point nommé. On est passé à l’heure d’été, et le soleil s’invite à nouveau dans nos jardins. Bientôt, on ira s’acheter quelques saucisses et autres brochettes et on rallumera les barbecues. À cette occasion, l’album des Crookers deviendra l’allié privilégié des crépuscules en chemise hawaïenne et, pour autant qu’on ait aussi des tonnes d’amis, des orgies dansantes jusqu’au bout de la nuit.

Article Ecrit par Laurent

Répondre à cet article

4 Messages

  • Crookers - Tons of Friends 12 avril 2010 10:25, par Benjamin F

    Je te trouve bien gentil avec cet album qui est à mes yeux une succession de collages et de featurings incohérents. Crookers en fait vraiment trop, et c’est justement encore moins bien que le déjà décevant album des Bloody Beetroots... Pas convaincu quoi :)

    repondre message

    • Crookers - Tons of Friends 12 avril 2010 14:10, par Laurent

      Ah, quand je dis que c’est bourrin, c’est bourrin quoi. Faut aimer quand c’est pas subtil, sinon évidemment je conçois qu’on trouve ça un peu craignos. Catégorie "plaisirs coupables", pour moi.

      repondre message

      • Crookers - Tons of Friends 22 mars 2011 00:24, par Monk3y

        C’est de la bombe je vois pas ce que vous voulez dire c’est purrement une aliance entre deux monde tout comme fais actuellement david guetta il faut juste ouvrir son esprit, je dis pas que ce n’est pas comercial.

        repondre message

  • Marie Davidson - Working Class Woman

    Vous avez peut-être déjà entendu parler de Marie Davidson en tant que moitié du duo darkwave Essaie Pas qui nous plait beaucoup ici. Ceci est son premier album sur Ninja Tune, son quatrième en tout et s’il pourra plaire sans souci aux amateurs de la formation de base, il a suffisamment de spécificité pour s’imposer de lui-même.
    Comme pour Essaie Pas, on est un peu dans la queue de comète electroclash. Avec un accent anglais crédible (et québécois en français, forcément) et qui claque avec une belle (...)

  • DJ Shadow - The Less You Know, the Better

    Au plus que, au mieux que
    « Here we are now at the middle. More and more, I have the feeling that we are getting nowhere. Slowly, we are getting nowhere... and that is a pleasure. » Voilà par quel soliloque DJ Shadow scinde les deux faces de son nouvel album, entre une première moitié relativement déroutante et une seconde nettement plus familière. Décidément insaisissable, Josh Davis n’a jamais commis qu’une véritable faute : celle d’avoir commencé par la fin. “Endtroducing”, ou comment générer (...)

  • Rafale - Obsessions

    Melting-pot daté
    C’est rarement le cas, mais le producteur de ce premier album des Français de Rafale m’est mieux connu que les deux autres protagonistes Julien Henry et Marc Aumont. Arnaud Rebotini est en effet connu aussi bien pour son travail avec Black Strobe que pour ses œuvres solo ; j’avoue être plus familier du groupe, pas toujours d’une subtilité folle, mais qui reste amusant sur scène, où son côté Motöthead electro est à même d’assurer le spectacle. On ne sera donc pas surpris de retrouver (...)

  • Agoria - Impermanence

    La permanence dans le changement
    Sacré Agoria. Capable de tracer des ponts imaginaires entre électro pointue et bidouillage bon enfant (“Blossom”). De convier sur un même album, il y a cinq ans, Princess Superstar et Peter Murphy (“The Green Armchair”). D’enrober un navet avec une bande originale anxiogène et des intentions ambiguës – relever le niveau ou tirer sur l’ambulance (“Go Fast”) ? Bref, un champion du contre-pied, un fervent pratiquant de l’inconstance. Sa philosophie manifeste, à ce stade (...)