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Sarah Blasko - As Day Follows Night

lundi 3 mai 2010, par Laurent

Western pour les filles


Il existe, dans l’actuelle génération des artistes féminines solitaires, toute une frange de druidesses dream-pop qui gravent leurs états d’âme dans le coton et forment, à elles seules, une véritable école. Leurs disques sont des étoiles filantes que personne n’a jamais regretté d’attraper, elles s’appellent Jesca Hoop, Anna Ternheim, Hanne Hukkelberg ou encore CALLmeKAT – dont notre artiste du jour partage d’ailleurs le timbre voltigeur. Née Sarah Blaskow en Australie, elle sort déjà son troisième album, bien que je n’en aie jamais entendu parler jusqu’il y a quelques mois. Je devais sans doute être un des seuls, puisque la belle a récemment eu les faveurs d’une célèbre émission live goupillée par un non moins célèbre animateur de karaoké d’origine égyptienne. Mais je m’égare.

Ne le cachons pas : je suis particulièrement friand de cette pop baroque joliment léchée et d’autant mieux soulignée par des organes vocaux subtilement cristallins. Sarah Blasko s’inscrit sans peine dans le meilleur de cette veine, et "As Days Follows Night" possède sans conteste le niveau des artistes précitées, quand bien même les chansons atteignent rarement les mêmes profondeurs. Il y a ici davantage de choses légères, un tantinet sucrées parfois (Hold On My Heart, Over & Over), mais la légèreté est d’abord aérienne et c’est justement cette flottaison permanente qui préserve l’ensemble de la mélasse.

Souvent assistée par un piano en apesanteur, une batterie réservée et des cordes soyeuses chatouillées au plus près du ciel, Sarah Blasko aime renier la terre ferme. La première et la dernière chanson de l’album en sont respectivement les plus beaux exemples, ce qui en ferait presque des déclarations d’intention. Mais c’est quand elle nous emmène dans ses lentes chevauchées au crépuscule, façon western pour les filles, que la tenancière rencontre tous les espoirs : le splendide générique spaghetti d’All I Want, le climat de suspense qui tend Bird on a Wire, un I Never Knew où elle chante mieux que jamais,... autant de bonnes raisons de lui laisser la clé des champs.

De plus, "As Days Follows Night" n’hésite pas à varier les plaisirs. Ainsi, Sleeper Awake entame une trilogie de titres aux résonances nettement plus jazzy. Si elle avait prêté sa voix à No Turning Back, Shirley Bassey en aurait d’ailleurs fait un très digne thème de James Bond. Et puis, comme si le ravissement dédaignait encore se dessiner sur les plus fines bouches, le galant duel auquel se livrent deux guitares sur Is My Baby Yours ? achève de convaincre des penchants de l’Australienne pour la réussite. En dehors de quelques tics qu’on lui pardonnera en souriant béatement, rien ne dément en tout cas son souci de bien faire – jusqu’à citer une strophe entière du Road to Nowhere des Talking Heads. Si le bon goût existait, j’y associerais volontiers cette engageante artiste. Mais puisque telle notion n’est rien d’autre qu’absurde, je dirai simplement que je trouve Sarah Blasko très au mien.

Article écrit par Laurent

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