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Tamaryn - Led Astray, Washed Ashore

lundi 10 mai 2010, par Laurent

Le feu et la glace


Je n’aime pas vraiment chroniquer les EP’s, et j’en ajoute rarement une dizaine par an dans mes étagères. Le format a certes le mérite de servir d’indice précieux quant au potentiel des héros de demain, mais leur talent ne se mesure jamais mieux qu’à l’aune d’un album entier. Entre les deux, il y a ce curieux bâtard : le mini-album. Un terme absurde qui se mord la queue, sans doute inventé par des nerds en panne d’étiquettes. À une époque où les disques de huit ou neuf titres sont (re)devenus monnaie courante, où ranger dès lors cette rondelle de six chansons qui totalise la même durée que le chic album des Dum Dum Girls ? Long EP ou LP concis, on s’en fiche, il y a en tout cas matière à se faire une idée des compétences de Tamaryn en tant que pourvoyeuse de sensations fortes.

Que les amateurs du côté obscur des années 80 se réjouissent : Tamaryn donne dans le shoegazing gothique, entre l’intransigeance sonore de The Jesus & Mary Chain et la présence chamanique de Siouxsie Sioux. Plus près de nous, les chanceux qui collectionnent la discographie de Zola Jesus devraient également trouver chaussure à leur pied. Dès Return to Surrender, le ton est donné : rythmique new wave totalement vintage sur laquelle Ian McCulloch n’a plus chanté depuis trop longtemps, voix de damnée habitée par le feu et la glace en plein duel fratricide, et l’odeur du stupre qui transpire de chaque pore. Aucun doute, la nouveauté ne sera pas au rendez-vous, mais le plaisir – malsain – est total.

Sans la moindre parole intelligible, The Unknown fait encore mieux en réveillant les mauvais esprits au cours d’une transe incantatoire flippante, avant de les entraîner dans une farandole macabre. Dead can dance, comme on disait à l’époque. Ensuite, Sarah & the Aeadrone étouffe la batterie du Figurehead des Cure pour la transformer en tam-tam de guerre. Sauf que les guerriers ont peur, témoin le chant plaintif de Tamaryn – qui, à l’instar de Goldfrapp, donne son nom et son identité au groupe mais travaille essentiellement en duo. Sur le morceau précité, elle semble porter la misère du monde sur ses épaules. Moins plombé, Golden Song laisse entrevoir la lumière en se frottant à la guitare de Joy Division les jours sans pluie, puis c’est Ashore qui joue le rôle du tube sensible et montre que le groupe peut aussi fasciner sans semer l’effroi.

Le voyage, décidément trop court, se termine avec un Metal Beasts lent et toxique, histoire de nous faire redescendre poliment. Mais le mal est fait : on en redemande ! C’est là qu’on se rend compte que ce premier essai des San Franciscains – déjà un an d’âge – n’a jamais été gravé au laser et qu’il n’est disponible qu’en vinyle, de même qu’on apprend qu’ils ont entre-temps sorti un 45t et que les quatre publications qu’ils totalisent sont sorties sur des labels différents. Apparemment bien pris en charge aujourd’hui par Mexican Summer, structure au catalogue alléchant (Marissa Nadler, The Amazing, The Tallest Man On Earth...) et à la hauteur de son talent, Tamaryn nous laisse sur des promesses qu’il va falloir tenir. En partant du principe qu’un album entier devrait multiplier par deux le plaisir que procure ce mini-trip, il va de soi qu’on guettera sa sortie de très près. À suivre...

Article écrit par Laurent

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P.-S.

Réjouissez-vous : le meilleur mini-album de 2009 est enfin disponible chez tous les bons disquaires. Ça s’appelle "The Recordings of the Middle East" et ce n’est pas une compilation world, The Middle East étant un combo australien. Cinq titres de rock épique dont vous me direz des nouvelles !

P.P.S. : J’ai même dû le racheter, car il y a bien six titres sur cette nouvelle édition...

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