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Chemical Brothers - Further

mardi 22 juin 2010, par Laurent

Plus loin dans quoi, dites ?


Le septième album du duo chimique s’intitule “Further”. Un titre ambigu puisqu’il peut simplement signifier que la fausse fratrie formée par Tom Rowlands et Ed Simons vient enrichir d’une pièce supplémentaire sa discographie déjà historique ; à moins qu’il n’y ait dans cette appellation une vraie déclaration d’intention, celle d’approfondir encore l’exploration sonore dont ils sont depuis quinze ans les savants fous. Cette seconde option paraît moins improbable dès lors qu’on prend connaissance du pitch – argument artistique ou commercial – censé légitimer l’album : celui d’un retour aux sources, vers le big beat psychédélique des débuts, peu soucieux de s’encombrer de cordes vocales illustres pour galvaniser les dancefloors.

Notez que cette tentative de renouer avec l’esprit anti-mondain d’“Exit from Planet Dust”, celui d’avant que les frères ne s’embourgeoisent, ils l’avaient déjà plus ou moins mise à exécution sur leur album le plus médiocre, le poussif “Come With Us” où seul Richard Ashcroft venait rappeler en fin de parcours que les Chemical Brothers continuaient à fréquenter les backstages huppés du rock briton. On peut donc dire qu’en moyenne, le duo cherche à freiner ses penchants mainstream un album sur trois, même si c’est évidemment bien du côté de leurs “Electronic Battle Weapons” qu’il faut se tourner pour ça. Sur “Further”, la seule invitée s’appelle Stephanie Dosen, gentille folkeuse à voix d’oisillon blessé déjà débauchée par Massive Attack sur scène. Pas de quoi la ramener pour autant : on sent qu’ici au moins, le featuring est au service de la musique et non l’inverse.

C’est d’ailleurs ce qui se passe sur Snow, formidable plage d’ouverture qui propose une crue d’intensité froide – logique – et annonce la pièce maîtresse de l’album : Escape Velocity, douze minutes d’accélérations et de décélérations qui, au final, ne parviennent pas à « échapper à la vitesse » – et merci bien. Le morceau n’est pas sans rappeler les longs passages hypnotiques sur “Dig Your Own Hole” et, très, franchement, captive de bout en bout en dépit de ses carences côté originalité. Le titre suivant, Another World, fait dans l’atmosphérique pur avec son chant candide – on jurerait que le groupe a rappelé les Magic Numbers pour le coup – et ses quelques concessions à la house des Baléares. So far, so good comme ils disent : l’imparable trio liminaire de “Further”, s’étalant tout de même sur plus de vingt minutes, montre un groupe pas forcément très inspiré mais à tout le moins, en pleine possession de ses moyens.

C’est après que ça se gâte, serait-on tenté de dire. Non pas que Dissolve soit un titre franchement mauvais, mais en termes de recyclage voire d’autoparodie, ça se pose là. Loin de pouvoir rivaliser avec son propre Private Psychedelic Reel, le duo radote un peu en sortant son numéro éculé de dealers de night-club : quand on a déjà grand ouvert les portes de la perception sur chacun de ses opus précédents, mieux vaut éviter de les enfoncer. Malheureusement, la redondance reste de mise avec Horse Power, vraisemblablement calibré pour être le tube du disque mais qui, comme le laissent entendre son titre et les hennissements grotesques qui le ponctuent, est bêtement... bourrin. Imaginez Hey Boy Hey Girl diffusé dans une écurie – dès fois qu’on y animerait une rave, hein – et on se rapproche vaguement du truc. Les Chemical Brothers ou les hommes qui tambourinaient à l’oreille des chevaux...

Quelque peu échaudé par cette baisse de régime, on aborde avec moins d’enthousiasme les trois derniers tracks de l’album, pourtant loin d’être indignes. Disons que Swoon est une honnête décharge d’acidité, légèrement entravée par un côté strass un peu trop prégnant et qu’annonçait, en quelques sortes, le single Midnight Boom sorti il y a deux ans sur la compilation “Brotherhood”. K+D+B, qui s’ouvre sur un beat de batterie très jazzy, relance plus franchement l’intérêt en immergeant l’auditeur dans une atmosphère très fraternelle – c’est de circonstance – histoire de rappeler que la communauté des clubbers n’est pas si éloignée de l’esprit flower power ; le morceau a, en effet, ce je-ne-sais-quoi du trip hallucinogène partagé entre amis, peut-être en ce qu’il arbore des résonances obstinément gaies. Les envolées de Wonders of the Deep prolongent, dans une apesanteur moins marine que galactique, cette béatitude artificielle. Il y a pire révérence.

Les Chemical Brothers, courageux survivants de nineties dont ils entretiennent la flamme sans s’y laisser brûler les ailes, justifient une fois de plus leur statut de miraculés. À défaut de rester pertinents, ce qu’ils ont cessé d’être il y a près de dix ans, les pseudo frangins signent encore des albums respectables, même si le dernier en date n’atteint ni le lustre des classiques ni l’évidence jubilatoire de ses plus récents prédécesseurs. Et puis, un type comme Julian Casablancas en sait quelque chose : quand on sort un disque de huit titres, mieux vaut éviter d’en avoir deux faiblards en plein milieu... ça se voit. Quant au dvd qui accompagne l’objet en édition limitée, il se laissera regarder une fois par curiosité et pour le plaisir de repérer la traditionnelle apparition hitchcockienne de Rowlands et Simons dans ce long clip de 50 minutes. Un disque relativement mineur donc, dont on espère qu’il confirmera la règle du « un sur trois » avant un pétaradant retour aux affaires.

Article écrit par Laurent

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