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Trentemøller - Into The Great Wide Yonder

lundi 9 août 2010, par Marc, Paulo

Magister dixi


Une fois n’est pas coutume, c’est du monde merveilleux de l’électronique qu’il sera question aujourd’hui. Et, tant qu’à faire, autant se frotter à un des maitres incontestés du genre. Parce qu’avec The Last Resort, le Danois Anders Trentemøller avait frappé fort, très fort. Pour ceux (en est-il ?) qui n’auraient pas encore été convaincus par l’album, le double Chronicles l’installait comme un maître du remix, que ce soit en relecture de ses propres morceaux ou d’autres.

Quatre ans plus tard, on retrouve ce son ample, dense, ce magma en action. Faites l’expérience, mettez le premier morceau en pause, et reprenez-le. Vous serez surpris du nombre de composantes qui après quelques secondes se recombinent naturellement. Si on est proche d’une complexité à la Amon Tobin la composition et la construction sont orientés vers un son plus compact.

Le truc innovant dans le monde de l’électro, c’est ce mélange réussi de bluegrass (le violon ne lui fait pas peur), slide guitar et saturation. Le genre de mélange qui pourrait pourtant être bien kitsch est ici parfaitement maîtrisé. On pense alors au génial album de Jon Hopkins paru l’an passé. On retrouve logiquement cette conjonction de vagues de son dense qui viennent se fracasser sur les brise-lames tandis que des guitares crient comme des mouettes (j’étais nul en poésie, autant vous le dire tout de suite).

Il n’a plus à prouver qu’il peut produire de grandes choses avec des voix. Moan par exemple en est un splendide exemple. Il renouvelle l’expérience ici, avec le petit surcroit d’intensité sur Sycamore Feeling (la seconde voix ressemble à celle de la chanteuse de Garbage) mais d’un point de vue émotion pure on peut rester sur sa faim. Ce n’est sans sdoute pas le but ultime puisqu’un fort convaincant climat langoureux est installé. Il nous a fallu s’habituer à Even Though You’re With Another Girl au son vieilli artificiellement. C’est déjà ce que j’avais constaté chez Variety Lab et la comparaison est extrêmement cruelle pour ce dernier.

La progression d’accords de Past Beginning Of The End me semble proche de celle d’un Portishead (plus ou moins) récent, la consistance sonore en plus. On peut d’ailleurs se faire la réflexion qu’un artiste qui mise beaucoup sur une sensualité et des rythmes synthétiques ne sonne pas comme une resucée trip-hop ni easy-listening. Il y a donc une autre façon de concevoir un morceau. Parce qu’il ne s’astreint pas à un schéma. Haexan par exemple aurait pu faire partie d’un album de Björk, alors que Tide s’épanche dans une sorte de dream-pop synthétique.

Et puis il y a ce Silver Surfer Ghost Rider Go un peu distordu, un regard vers la drum’nbass des bas-fonds, vers les plaques de Squarepusher et de ses frères, comme un motard cybernétique lancé à toute vitesse. On le ressent comme un défouloir dans cet album hyper contrôlé. Mais alors qu’on pense que le meilleur est déjà passé, que suite à ce titre défouloir ne peut venir que du remplissage, survient le titre Neverglade qui enchaine sans complexe avec une voix superbement posée qui exhume un bon vieux Pink Floyd hors d’âge (A Saucerful of Secrets) que chante le leader des Guillemots.

Les bpm’s montent sur Shades Of Marble et ce n’est pas dommage. On a déjà du entendre ce morceau en concert tant il semble familier. Les guitares alanguies, plaintives presque, voilà peut-être ce qui en fait un must instantané

Changer de style en gardant sa personnalité et sa pertinence est la marque des grands, et si la densité de ce second album nécessite quelques écoutes pour pouvoir pleinement en profiter, on tient là une confirmation qui se place bien haut dans les bonnes réalisations de l’année.

Article écrit par Marc, Paulo

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