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Anaïs Mitchell - Hadestown

jeudi 29 juillet 2010, par Laurent

Mine d’or


Chic, un concept-album ! Un de plus, certes, mais celui-ci fait fort puisqu’il se présente sous la forme d’un opéra folk : c’est comme un opéra rock, sauf que la musique sent ici la paille et l’avoine, et qu’outre la maîtresse des lieux, les acteurs se nomment Ani Di Franco, Greg Brown ou – ô surprise, ô joie – Justin Vernon. Encore lui ?! Eh oui, cette fois dans le rôle plus surprenant d’Orphée, dont l’album revisite le mythe pour l’emmener des plaines de Thessalie aux champs escarpés du Vermont.

Il s’agit donc ici d’une vraie comédie musicale, longue de ses vingt titres en moins d’une heure, et où chaque voix fait intervenir un personnage du récit. Se réservant le rôle d’Eurydice, Anaïs Mitchell pousse ses inflexions sur le terrain bien connu de Martha Wainwright – l’affinité est troublante – tandis que l’organe caverneux de Greg Brown figure un Hadès las et affecté. Également de la partie, Ben Knox Miller – moitié des Low Anthem – incarne un Hermès pas si éloigné des bruissements ardents d’un Tom Waits, et les trois sœurs Haden – s’il y en a qui se souviennent de That Dog, qu’ils lèvent la main – sont des Parques célestes.

Difficile donc d’épingler un titre en particulier puisque le disque se veut narratif, variant malgré tout les ambiances au fil des émotions où s’épanchent ses personnages. Plus volontiers porté sur l’élégie (Flowers, If It’s True, How Long ?), il possède aussi ses moments enlevés : sur Our Lady of the Underground, Ani Di Franco se présente en Perséphone de night-club enfumé, cependant que When the Chips Are Down y convie le Pirate’s Gospel d’Alela Diane pour un bœuf jazzy plutôt badin.

Quelques courtes pièces instrumentales relancent de même l’intérêt, et les interventions d’Hadès, souvent dominées par un accordéon de fins de nuits parisiennes, sont d’autres sursauts au souffle épique discret. Mais la pièce maîtresse de l’album est sans conteste Way Down Hadestown, où la troupe s’ébat à tour de voix dans la vieille mine d’or des pionniers, pendant qu’y résonne le cuivre détonant d’une fanfare louisianaise en guise de dynamite. Et l’on se retrouve, sans prévenir, en train de taper des pieds et des mains avant d’avoir pu donner le moindre coup de pioche.

Quant à l’amphitryon de Bon Iver, il est fidèle à lui-même sur les deux volets d’Epic, tout en chœurs virevoltants et sanglots retenus. Là comme partout ailleurs, les arrangements sont d’une justesse irréprochable. Le disque ne présente, au final, que les limites de son concept : nécessitant d’être vu autant qu’entendu, y manque le frisson que procurerait la représentation du spectacle mis en scène, à l’origine, avec d’autres acteurs. On rêve donc de voir cette nouvelle troupe de prestige partir en tournée et passer par chez nous. Comme dirait Orphée : « Qu’elle vive ! c’est la seule faveur que je demande. »

Article Ecrit par Laurent

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1 Message

  • Anaïs Mitchell - Hadestown 29 juillet 2010 09:05, par mmarsupilami

    Finalement, Bon Iver, c’est un peu comme la série des Martine.

    La semaine prochaine : "Bon Iver au Casatchoff"...

     :-D

    Ceci dit, ça donne envie de plonger l’oreille dessus...

    repondre message

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