Accueil > Critiques > 2010

Women - Public Strain

lundi 4 octobre 2010, par marc

Décrassons


Une petite incursion dans une musique plus exigeante, voilà ce sont j’avais besoin en ces temps où trop d’albums sympas comme tout à écouter se sont révélés peu marquants pour le long terme. Je ne dis pas que ce trio canadien va me préoccuper pendant longtemps, mais après une inévitable et parfois exigeante période d’adaptation, il peut montrer son intérêt.

Parce que si la musique du quatuor canadien un peu sombre, elle n’est jamais entièrement noire, étouffante. On ne peut pourtant pas dire que la recette soit nouvelle. Une pop-song sixties qui se fait ensevelir vivante sous une couche de son indéterminé comme un surfeur donc seul la tête émerge de l’écume. La pochette évoque un peu ça, en plus froid, avec ces silhouettes humaines perdues sous la neige. Le versant folk psychédélique de cette tendance a été abordé récemment par des groupes comme Woods.

Quand une musique essaie des choses sans nécessairement les réussir, on sait qu’on ne peut compter que sur les meilleurs moments pour nous consoler de la perplexité que nous inspire le reste. On sait donc ce qu’on est venu chercher et on se passe sur les passages brouillons pour se concentrer sur quelques fulgurances pop parsemées ça et là. La musique qui ne prend pas l’auditeur dans le sens du poil des oreilles, ça peut évidemment avoir un effet désastreux sur les nerfs (Eyesore).

La voix est parfois plus en retrait, dans un effet d’enfermement en cave (Heat Distraction), comme si quelqu’un jouait Arnold Layne (de Pink Floyd, mais vous saviez ça) près de sa cuve à mazout. Il semble logique que tout ceci débouche sur des plages de drone (pour rappel, des textures sonores sans rythmique) comme Bells, mais cette digression semble un peu vaine, n’apportant rien à l’ambiance. Au passage, on pense parfois inévitablement aux vétérans arty branchouilles indémodables de Sonic Youth sur Drag Open et un réflexe pavlovien nous fait citer Krautrock dès qu’on entend une basse entêtante (China Steps).

Vous aurez envie ou vous n’aurez pas envie. Cette fois plus encore que les autres, ça dépend de vous. J’avoue qu’avec parcimonie et en connaissance de cause la musique de Women (décrassage après le dernier Belle And Sebastian par exemple) m’a fait du bien. Pourtant il n’y a rien d’original ici et le son volontairement crasseux, c’est un gimmick qui irrite maintenant que trop de formations en ont fait leur fond de commerce. Quand on sort un album comme celui-ci presque en même temps que celui de Deerhunter bien plus brillant, on s’expose évidemment à une comparaison qu’on ne peut pas tenir.

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • Islands – What Occurs

    Kate Nash, Menomena, The Decemberists et maintenant Islands avant bientôt Bright Eyes, il faut se pincer pour ne pas se sentir quinze and en arrière. Mais bon, comme ce sont de bons souvenirs et que tout le monde est dans une forme créative manifeste, on ne va pas bouder son plaisir.
    Dans le cas du groupe Canadien, ce n’est pas exactement un retour vu qu’ils sont dans une période plutôt (...)

  • Boeckner – Boeckner !

    Les carrières de Spencer Krug et Dan Boeckner n’en finissent plus de se croiser. Ainsi, après Wolf Parade (leur groupe commun), Handsome Furs, Divine Fits et Operators, le voici qui utilise également son nom pour la suite de sa carrière (solo). On a beau retrouver un univers musical très familier, ceci n’est pas exactement identique à ce qu’on lui connait déjà.
    Il faut dire aussi que si Moonface (...)

  • The Rural Alberta Advantage – The Rise and The Fall

    En caricaturant, on avait défini le style de Rural Alberta Advantage avec une voix éraillée et une batterie fièrement en avant. Et on a tout ça ici, d’emblée. On se retrouve d’autant plus en terrain connu que les 6 premiers morceaux sont ceux de The Rise EP paru l’an passé. Ce qu’on en a dit tient toujours bien évidemment.
    Mais il y a encore quelques morceaux saignants comme Plague Dogs. C’est (...)

  • Spencer Krug - I Just Drew This Knife

    Les choses sont sans doute un peu plus simples depuis que Spencer Krug officie sous son nom propre mais ce n’est pas ça qui a ralenti sa légendaire productivité. Pour jeter un peu de confusion tout de même, il reprend la route avec Sunset Rubdown...
    La transition de Moonface à Spencer Krug s’est faite en même temps que son apparition sur Patreon. En gros, c’était le versant plus personnel, distillé (...)