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Manic Street Preachers - Postcards from a Young Man

mardi 5 octobre 2010, par Laurent

Tout ce qui brille n’est pas or


Lorsque, l’an dernier, sortait l’inespéré “Journal for Plague Lovers”, mise en musique musclée des derniers textes de Richey James – ange de la mort mystérieusement disparu il y a plus de quinze ans – les Manic Street Preachers rappelaient avec panache qu’ils avaient d’abord été un groupe de rock puissant, les ambassadeurs d’une rage juvénile éternelle, lettrée, passionnelle, rimbaldienne. Avec le présent “Postcards from a Young Man”, le postulat est a priori tout autre : renouer avec la verve symphonique d’“Everything Must Go”, l’album du premier deuil, sommet inégalé de 1996 dans son registre mi onirique, mi épique.

Le résultat ? Un dosage nettement moins retenu, sacrifiant la bonne moitié des titres sur l’autel du maximalisme. Sortant le grand jeu à presque tous les coups, les trois Gallois se laissent submerger par des cascades de cordes qui finissent par devenir envahissantes et, à la longue, perdre tout ou presque de leur impact. Certes, l’ensemble est léché, talentueusement composé, mais tout cela est un peu trop propret. Comme fer de lance, (It’s Not War) Just the End of Love se révèle un brin dégoulinant avec ses violons forts en gueule et son solo réac. C’est d’autant plus dommage, et l’on s’en rend compte dès la plage titulaire qui suit – symptômes idem – que les chansons sont de haute facture mais pâtissent d’un emballage trop rutilant.

À quoi bon opter, en effet, pour cette stratégie m’as-tu-vu quand on a de quoi assurer la conversation (Some Kind of Nothingness, Hazelton Avenue) ? Les Manics résument parfaitement l’ambiguïté sur un titre : Golden Platitudes. On ne pouvait plus élégamment formuler l’art d’enrubanner des banalités pour leur inventer une consistance. Sauf que la bande de Nicky Wire n’est pas exactement réputée pour sa vacuité sémantique. Dès lors, comme s’ils prenaient conscience, dans ce morceau charnière et enrichi en soul, de la vanité de leurs ambitions – quand bien même, reconnaissons-le, la formule fonctionne à plein régime sur The Descent (Pages 1 & 2) – les Manic Street Preachers enchaînent ensuite les brûlots à l’ancienne.

Entre hard rock gentillet (A Billion Balconies Facing the Sun, qui invite ce bon vieux chevelu de Duff McKagan), instantané souligné à la mandoline (I Think I Found It) et réjouissante envolée psychédélique en deux temps (Auto-Intoxication, son piano joué par John Cale et ses oxymores prog/punk), le chant impliqué de James Dean Bradfield n’oublie pas de poser une ultime déclaration d’intention : All We Make Is Entertainement. Bon, puisque ce sont eux qui le disent, autant chercher son plaisir là où il y en a et ranger cette carte postale parmi les bonnes nouvelles du groupe.

Article écrit par Laurent

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2 Messages de forum

  • Manic Street Preachers - Postcards from a Young Man 5 octobre 2010 13:54, par Fred

    Salut Laurent,

    J’ai été fort déçu par cet album.
    Sur Journal for Plague Lovers, ils avaient retrouvé un peu de leur pèche mais ici tout semble s’être diluer dans une guimauve bien sucrée.
    J’aime même bien du mal à trouver les brûlots à l’ancienne dont tu parles. Bref, je trouve moi aussi en fort petite forme.

    bonjour chez vous.

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    • Manic Street Preachers - Postcards from a Young Man 5 octobre 2010 14:41, par Laurent

      Disons que passée la grosse couche de guimauve sur les cinq premiers titres non-stop, j’ai trouvé que ça repartait pas mal en plage 6 et que les deux derniers morceaux sont un peu plus nerveux. Sinon, on est du même avis : la résurrection fut de courte durée... Je ne déteste pas le disque mais je l’aurai vite oublié. "Journal for Plague Lovers", par contre, restera un album où revenir.

      Bonjour ou bonsoir (c’est selon).

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