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Cali - La Vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon coeur

mardi 7 décembre 2010, par Marc

Pater dolorosa


Comme Bénabar découvert en même temps et qui a eu aussi à l’époque quelques articles sur ce site, j’ai sans regret laissé passer l’album précédent de Cali. Serait-ce ce titre un peu crétin qui semble sonder les limites du tweet qui m’y aurait ramené ? Impossible à dire. Toujours est-il que je l’ai écouté et que même j’ai trouvé des choses à en dire.

Aborder un album de Cali, c’est accepter certaines choses comme immuables. Il n’a peur de rien, ne semble pas calculer, et c’est une des facettes intéressantes de son personnage. Les grandes douleurs sont-elles muettes ? Ce n’est pas son opinion. L’adhésion peut donc se faire sur sa tolérance à l’excès. Parce que dans une chanson, Cali ne meurt pas, il meurt mille fois. Il ne se poignarde pas, il se poignarde jusqu’à la garde avec une lame rouillée. C’est une des règles du jeu, et poussé à bout ça peut faire sourire (Mes yeux sont des putains qui ont fait le trottoir).

On a dès le début un aspect plus ‘rock’ mais toujours tempéré par cette habitude de la chanson française de mettre la voix en avant. Il n’est pas facile d’abattre des habitudes qui se sont bâties depuis des décennies. L’énergie est en tout cas là pour tenter de faire passer en force un rock sans vraiment de mélodie (La Mort N’Est Rien A Côté). Il nous gratifie aussi à l’occasion d’un guitar-héroïsme comme on a perdu l’habitude d’en entendre sur Je n’Attends Que La Revanche. Honnêtement, ça ne nous avait pas manqué. La Lettre au Ministre du Saccage des Familles nous prouve tout d’abord qu’il n’est pas Bob Dylan ni Conor Oberst, mais encore une fois, ce n’est pas la cause qui est discutable, mais l’inadéquation entre la métrique et la mélodie qui touche quelques morceaux. Y a-t-il un effet caché qui m’échappe ? Dans le genre il a quand même eu de sacrées réussites, où forme et fond semblaient faits l’un pour l’autre (Je Ne Vivrai Pas Sans Toi). Mais il parvient à rendre la fin d’un Madame Butterfly plus prenante.

On ne peut pas dire non plus que les références font dans la modestie. Il reste en effet encore des traces d’Arcade Fire produit blanc au détour de l’amusant Cantona. C’est sans doute un cliché, mais sur sa valeur musicale intrinsèque, on n’oserait jamais le confronter à une production anglo-saxonne de même inspiration. Cette considération n’a jamais empêché un artiste francophone de dormir convenons-en. Les autres référents seraient plutôt Léo Ferré et Brel. Le premier est frontalement évoqué au détour de Je Te Veux Maintenant et on le sent désireux de se placer dans cette filiation-là sur Nous Serons Tous Les Deux. Qui explose dans des revendications sur les sans-papiers qui doivent se demander ce qu’ils fichent là avant de se raviser. Intrigant sans doute. Hors propos aussi. Il essaie aussi de nous faire le coup de Jeff (Putain De Vie), quand l’emprunt n’est pas plus littéral. Elle a perdu l’amour, c’est beaucoup plus qu’un homme renvoie en effet au Elle a perdu des hommes/Mais là, elle perd l’amour d’Orly.

Les chansons engagées pourraient faire diversion entre deux chansons poignantes où l’amour c’est fait la malle et où il se sent vieux et fatigué mais plein d’énergie (oui, j’ai remarqué la contradiction) On pourrait risquer parallèle avec Indochine. Alors que ces quinquagénaires semblent encore (dans leurs chansons du moins) plongés dans des affres adolescents qui pour les gens ordinaires durent juste quelques mois, Cali parle d’engagement comme s’il allait à sa première manif en ayant séché l’école. Il s’inscrit donc dans cette tendance nostalgique avec Je Regarde Mes Dix-Sept Ans (je regarde jaloux vos 17 ans fleurir/Je tuerais pour tout ça) et est à l’opposé de ce qu’on a pu entendre chez Jeanne Cherhal de 5 ou 6 ans. Elle est cohérente en tous cas avec un champ lexical tourné vers la vieillesse (pour lui, 30 ans c’est vieux aussi…). Sa vision est personnelle mais est très éloignée de mon ressenti, ce qui empêche l’empathie. Je me sens parfois exalté, et apprécie alors la musique qui correspond à cet état d’esprit, mais on a l’impression que Cali est par défaut dans cette configuration, ce que du reste ses prestations scéniques survoltées et intenses semblent confirmer. C’est énergique, ça parle d’énergie et de mouvement et ça fait 22 titres dans la version longue. C’est comme ça que je comprends pourquoi cet album est fatigant.

Le fait qu’il se retrouve sur ma platine en même temps que le plus subtil Florent Marchet a sans doute joué mais cette musique est sensée galvaniser. Si ce n’est pas le cas, c’est un échec modéré. Cali m’est toujours sympathique, et cet album a été perçu avec une oreille bienveillante, mais un excès d’excès peut mener à une certaine lassitude. Son envie est intacte, c’est certain. La mienne, beaucoup moins. La cotation ne reflète que mon plaisir d’écoute (ou son absence), et un post-it pour me rappeler de passer l’album prochain.

Article écrit par Marc

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1 Message

  • Cali - La Vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon coeur 7 décembre 2010 15:29, par Mmarsupilami

    C’est marrant parce que, pour aller dans ton sens, récemment en zappant à la télé, je suis tombé sur lui ’live’ à Taratata. Moi et ma compagne, qui ne l’aimons pas trop, nous sommes dits en même temps : "Mais il a l’air supportable en concert". Pour être honnête, ce que j’ai vu déménageait même assez bien. Mais je ne crois pas que ce sera suffisant pour que je fasse l’effort d’écouter ! :-)

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