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Death in June - Peaceful Snow

jeudi 23 décembre 2010, par Marc

Piano forte


Sans vouloir faire de la psychologie de bazar, beaucoup de choses s’expliquent par le passé. Pour ne pas sortir du cadre strictement musical de ce site, ce que j’écoutais dans les années ’90, ce n’étaient pas les groupes de Seattle ou de pop avec des guitares. J’ai donc développé un certain recul par rapport à la musique qui fait ce style de bruit. Par contre, j’ai eu l’occasion de me frotter à des illuminés notoires qui m’ont montré qu’une musique était possible (on ne parlait pas d’alter à l’époque).

Cette mouvance étrange, toujours vivace, jamais à la mode, jamais sous les projecteurs garde en tout cas intact son pouvoir de fascination. Sous des étiquettes parfois croquignoles mais souvent pertinentes (martial music, apocalyptic folk, post industrial…) se retrouvent en tous cas de fortes personnalités. Que ce soient Douglas P le leader de la formation du jour, David Tibet son ami et occasionnel collaborateur qui officie dans les inclassables Current 93 ou Tom Wakeford qui a quitté Death In June pour fonder Sol Invictus, ce sont des univers qu’il faut convoquer. Parce que si la musique est très importante, il faut aussi être conscient que c’est tout un mode de symboles, marqué par des choses aussi peu fashion que le paganisme ou l’hermétisme d’une façon générale. Si on ajoute une réputation parfois sulfureuse due à un emploi d’allusions à l’Allemagne d’une certaine époque (ils ne sont pas soupçonnable du moindre racisme ceci dit), on sait qu’on va retrouver un univers très personnel sur cet album, sans savoir à quelle sauce musicale on sera mangés.

Parce que Death In June, c’est aussi une discographie touffue et complexe, dont sont sortis des perles comme Osterbraun, album composé avec Les Joyaux De La Princesse. Et qui reste pour moi un des albums au charme subtil mais profondément malsain. On de ressort en tous cas pas indemne de cet ambient faussement léger. Vous l’aurez compris à cette note liminaire particulièrement longue, il y a du vécu avant cette écoute. Mais rassurez-vous, ceci n’est pas du tout un plaisir d’initié même si l’intérêt vient aussi de ces différents niveaux de lecture. Cette combinaison finalement classique voix/piano est tout ce qu’il y a d’universel, dans le versant racé et glacé.

Cet album attaque fort, en mettant d’emblée en avant les deux attractions de cet album, à savoir une très belle voix grave et un piano omniprésent. La voix très placide, ressemble à celle de Black Heart Procession mais en plus distanciée, encore plus dénuée de pathos. Le piano, lui, jamais ne s’essouffle, ne se fait jamais caressant, mais reste austère. Ce mélange de feu et de glace, un peu monotone, répétitif évoque non pas l’ennui mais l’incantation. Il reste ça et là quelques boucles discrètes, quelques voix triturées pour nous rappeler les origines torturées du groupe. La facilité mélodique est aussi un incitant non négligeable pour enchainer les 30 morceaux que compte la version longue. Si un seul de ces morceaux arrive à se frayer un passage, attention, tous les autres vont s’engouffrer sans crier gare.

Un petit coup d’œil aux titres permet de définir avec certitude que la gaudriole ne sera pas de mise. Ne pas rendre morbide un My Company Of Corpses ou The Scents Of Genocide est quand même une performance en soi. Comme une Soap & Skin dans un genre connexe, autant de sérieux peut entrainer la raillerie si l’émotion n’imposait autant de respect.

La seconde partie (les 17 derniers titres) est entièrement instrumentale, comportant des versions adaptées de certaines de leurs chansons emblématiques comme Rose Clouds Of Holocaust et Fall Apart. Encore une fois, le piano ne retombe jamais, ce qui reste quand même exigeant.

J’étais venu pour voir si mes intérêts de jeunesse tenaient encore la route et j’ai pris une petite claque. Pas de bouleversement, certes, mais la conformation que même sous une forme émaciée les plus talentueux arrivent à suggérer plus qu’ils ne montrent. C’est la différence entre les groupes qui font des chansons et ceux qui ont un univers.

http://www.deathinjune.net/

Article écrit par Marc

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