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Funeral Party - Golden Age of Nowhere

jeudi 6 janvier 2011, par Laurent

Narguer la faucheuse


On ne sait pas sur quelle tombe voudrait danser ce quintette angeleno, mais si on devait prendre les paris, on jurerait l’avoir croisé à l’enterrement du rock, ces obsèques de phénix qui n’attend qu’à sortir tout brûlant de son caveau pour narguer la faucheuse. On se souvient de cette veillée funèbre d’il y a dix ans, qui s’était terminée par une nouba de tous les diables quand le Black Rebel Motorcycle Club avait déboulé en se demandant ce qui était arrivé à son cher rock n’roll. Les jeunots de Funeral Party ont forcément assisté à cette nième exhumation, grandi entre-temps en écoutant tout ce qui a fait du bruit sans machines la dernière décennie, des Strokes aux Stereophonics. Les Stereophonics, si si : on soupçonne même le chanteur Chad Elliott d’avoir quelquefois joué de la raquette devant son miroir en essayant d’imiter Kelly Jones, leader des stadium-rockers gallois.

Ça donne aujourd’hui un premier album qui se rit des clichés métalleux de la Côte Ouest pour mieux tordre le cou à la mainmise de Brooklyn sur le futur du rock à grattes : NYC Moves to the Sound of LA, c’est comme ça qu’ils voient les choses. Pourtant l’âge d’or n’est nulle part, et ce n’est pas en jouant comme tout le monde qu’on devient forcément quelqu’un. Lignes de basse chargées et guitares incisives héritées du post-punk (Car Wars, Postcards of Persuasion), ça suffit à proposer une version concise de Delphic mais ça n’enfoncera pas la concurrence. Refrains puissants et chœurs sportifs (Finale, City in Silhouettes), il y a de quoi réjouir ceux que le split des Fratellis a bouleversés, mais pas de quoi faire frétiller le tout-venant des amateurs d’indie-rock subtil.

Alors, blasé ? Disons méfiant. Dans les périodes creuses – un début d’année, par exemple – la soif de nouveauté pousse parfois à s’emballer trop rapidement pour les talents frais, qu’on a tôt fait de présenter comme excitants. Sur foi de quelques très bons titres (le remuant single Just Because, le moins tendu Relics to Ruin ou la cavalcade de la plage titulaire), ces godelureaux ne manquent pas de tenir quelques promesses. On aurait toutefois tort de crier à la révélation face à si peu d’inventivité, ériger l’efficacité en génie mélodique. N’en doutons pas, Funeral Party a le potentiel pour écrire plus d’une Giant Song ; leur possible avenir étoilé ne constitue pas pour autant une raison nécessaire et suffisante d’écouter “Golden Age of Nowhere” avec la passion dévolue aux grands disques. Juste un bon prétexte pour fêter un peu plus l’immortalité du rock.

Article écrit par Laurent

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