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The Go ! Team - Rolling Blackouts

lundi 10 janvier 2011, par Laurent

Tonique


On nous bassine souvent avec les propriétés stupéfiantes des diverses boissons énergétiques inondant le marché, héritières légitimes des potions et autres élixirs que les charlatans ambulants, depuis leur roulotte convertie en podium, vendaient par caisses entières dans le vieux far west. Les bonimenteurs d’aujourd’hui, à grands renforts de promotions télévisées, voudraient à leur tour nous refourguer le dernier remède miracle pour retrouver la jouvence ou à tout le moins, si possible, nous maintenir éveillés jusqu’au bout de la nuit. Or tout le monde devrait savoir que rien ne sert de s’abreuver à telle fontaine quand on a un disque de Go ! Team à portée de main : en deux albums, le sextuor de Brighton a plus fait pour nos coups de pompe que la production nationale annuelle de caféine. Pas pour rien que le dernier en date s’intitulait “Proof of Youth”.

Les retrouver trois ans après ce charmant coup d’éclat, c’est d’abord se rendre compte que tout le monde n’a pas fait du sur-place entre-temps et que si eux ont continué de jouer au water-polo dans le Styx, on a de notre côté pris quelques rides. Aussi, tandis que ces Peter Pan de la pop garage perpétuaient leur tradition de la déconne organisée, la distance qui nous séparait d’eux semblait se transformer peu à peu en fossé générationnel. Pourtant, “Rolling Blackouts” n’est heureusement pas que la suite logique de ses prédécesseurs : le chemin parcouru est audible, mais curieusement il témoigne autant d’une maturation musicale que d’une aggravation des pulsions juvéniles du groupe.

Quid de ce curieux paradoxe ? D’une part, il y a la fluidité du son : d’une bande de turbulents gamins lo-fi, Go ! Team est passé au statut de brise-lames rythmique capable de contenir sa tempête d’idées musicales dans un ensemble pratiquement digeste, comme un bon élève qui sait agiter la cour de récré mais peut aussi, en classe, retenir fidèlement les leçons du funk vintage (Apollo Throwdown, The Running Range). D’autre part, les chansons du groupe – car ces plages ressemblent de plus en plus à des chansons – gagnent en densité à mesure qu’elles se rapprochent d’un certain idéal pop adolescent, fût-il celui des emo kids acnéiques (Rolling Blackouts) ou, préférablement, celui des girl groups sixties décidément en odeur de sainteté ces derniers temps (Secretary Song, Ready to Go Steady). Forcément, le véritable nouveau son du sextette se situe quelque part entre les deux (Buy Nothing Day).

The Go ! Team n’a pas perdu pour autant ses vieilles habitudes : un morceau sur trois est instrumental et, si le gang y développe davantage de savoir-faire que de créativité, ce sont eux qui donnent à l’album sa relative variété. Avec sa fanfare à laquelle ne manquent que des majorettes, Bust-Out Brigade sonne en fait comme le générique d’une série policière vieux jeu, du genre à épouser parfaitement le légendaire froncement de sourcils de Magnum ; on imaginerait plutôt l’harmonica de Yosemite Theme dans une incartade redneck à la ‘Shériff Fais-Moi Peur’ et Super Triangle dans un spot publicitaire incunable ; quant à Lazy Poltergeist, c’est une épure anecdotique mais qui a le mérité de calmer définitivement le jeu. Bref, il y a là clairement du grain à moudre pour Quentin Tarantino et ses B.O. barrées.

Malgré l’introduction tapageuse de T.O.R.N.A.D.O., sorte de variation funky sur la marche impériale de ‘Star Wars’ [1], on comprend assez vite que le troisième album de Go ! Team est au final l’expression d’un combo vaguement assagi. Tandis que l’an dernier, Los Campesinos proposaient le même type de revirement sans se montrer capables de compacter l’éruption, que  !!! réussissait son exercice de synthèse avec un grain de folie en moins, ou que les nouveaux venus de Sleigh Bells déchaînaient leurs ardeurs dans un torrent de bouillie, la rafraîchissante (in)fusion hip-hop et twee-pop de Go ! Team constitue une alternative tonique à défaut de nous donner réellement envie de sombrer dans l’addiction. Reste à applaudir le groupe sur scène où, fort de ses deux batteries et de sa pétillante frontwoman, il ne manquera pas de doper ceux qui (re)viendront le boire.

Article écrit par Laurent

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Notes

[1] Par ailleurs, le morceau utilise un sample similaire au Sheep de Gonjasufi ; celui ou celle qui me dira d’où sort ce son cuivré obsédant gagne une compile.

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4 Messages de forum

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