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Glasvegas - Euphoria /// Heartbreak \\\

jeudi 21 avril 2011, par Laurent

Changer pour soi


Avec leur premier album, les Glaswegiens de Glasvegas avaient réussi un des hold-up improbables de 2008. Parvenant à concilier l’héritage cold-wave, en odeur de sainteté ces dix dernières années, et le retour en force d’un shoegazing servant commodément d’excuse aux artistes en panne de mélodies, Glasvegas s’était bâti un son rutilant pour défendre des compositions solides. Les chansons en question, fortes d’un ancrage social apte à faire passer Ken Loach pour un boute-en-train, suintaient le romantisme adolescent dans ce qu’il a de plus noir, un lyrisme d’écorché vif qui se jouait miraculeusement du ridicule.

Sans y patauger corps et biens, il faut reconnaître que ce second effort n’évite pas tous les clichés dans lesquels ont sombré plus d’un Editor(s), lorgnant parfois trop ouvertement vers les portes des stades pour qu’on leur ouvre entièrement celle de nos cœurs. Le riff outrancier d’Euphoria, Take My Hand ou les synthés envahissants de Shine Like Stars font partie de ces mauvais calculs qui rendent hasardeuse la trajectoire du groupe. Comme une erreur de navigation qui, dans un voyage au cœur de l’Asie post-punk, l’aurait mené du Japan en Indochine. C’est même d’extrême justesse que Lots Sometimes est sauvée du pire par une accélération foudroyante.

Il y a pourtant beaucoup de choses à aimer sur ce disque ambitieux et d’un souffle impressionnant. Aux frontières de l’ambient, Pain Pain Never Again l’introduit avec une théâtralité jouissive. On n’est pas loin de penser en effet à la posture d’oiseau blessé des Smiths, d’autant que le chant maniéré de James Allan, sur The World Is Yours entre autres, n’est pas sans évoquer la grandiloquence d’un Morrissey rêvant que quelqu’un l’aime. Le côté ampoulé en rebutera certainement plus d’un, mais à compter du moment où l’on accepte cette donne, “Euphoria /// Heartbreak \\\” ne manque pas de procurer d’authentiques frissons, prodiguant de puissants titres épiques sans qu’on les imagine avoir été écrits pour plaire au plus grand nombre (Stronger Than Dirt, You).

Et puis Glasvegas a le chic pour rendre vivante la douleur des marginaux, se faire la voix plaintive des laissés-pour-compte, comme l’a déjà prouvé son précédent fait d’armes. Ici, le fait même d’avoir pointé les deux titres les plus neurasthéniques en les intitulant respectivement Homosexuality part 1 et Homosexuality part 2 montre assez cette empathie, alors qu’Allan y endosse le rôle d’un adolescent blessé par la vie, minorité silencieuse, quantité négligeable, mais si proche d’une réalité que le groupe aborde de front, fût-ce par le prisme onirique (Dream Dream Dreaming, et sa belle performance vocale faite de respirations contrôlées).

À la fin du disque, James Allan se met dans la peau d’un autre personnage, ex-taulard repenti en quête de réhabilitation, et fait parler sa propre mère pour jouer celle du repris de justice. Avec un accent écossais qu’aucun couteau ne serait fichu de trancher – caution exotique du groupe puisque, atavisme oblige, le chanteur en porte les stigmates – cette voix poignante livre les derniers mots de l’album : « Listen son, a change is sometimes good... but before you change for me, change for you. » Et Glasvegas, en envisageant son évolution loin des canons du rock de stade, pour la seule beauté de l’enfant qui grandit en devenant chaque jour un peu plus lui-même, a tout intérêt à suivre ce conseil.

Article écrit par Laurent

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