Accueil > Musique > 2011 > Clap Your Hands Say Yeah - Hysterical

Clap Your Hands Say Yeah - Hysterical

mercredi 28 septembre 2011, par Marc

Hors du radar


Souvent, quand il faut donner une année importante pour la découverte de la musique, c’est l’adolescence qui vient souvent en premier. Je ne compte plus les gens qui me disent ne plus trouver des groupes pour les faire vibrer comme avant. On peut leur faire des suggestions, mais on sait aussi que c’est un peu vain. Pour ma part, c’est peut-être de l’année 2005 que mes souvenirs sont les plus vifs. Parce que tout un pan de la musique s’est ouvert à moi. Ou, plus précisément, c’est là que j’ai perçu plusieurs lignes de front, la démarcation et en même temps le caractère flottant et mouvant de ces frontières. Les héros de l’époque étaient Arcade Fire, Bloc Party, Vitalic, Sufjan Stevens, LCD Soundsystem ou encore The National, Spoon et Wilco. Ce site existait depuis 2 ans à l’époque mais c’est là que les références datées ont pu faire place nette à une nouvelle assise. C’est sans doute pour ça que je relis avec une certaine gêne les textes antérieurs, qui cherchaient des ressemblances avec le peu que je connaissais (je veux dire encore moins).

Parmi les découvertes donc, il y avait ce groupe de Brooklyn au nom crétin. Lancé sur la vague de myspace et de l’auto-production qui semblaient pleines de promesses (c’était avant Grégoire aussi…), ils en avaient aussi montré certaines limites. L’album était excellent, mais leur première prestation dans une AB sold-out avant la sortie officielle de l’album les montrait un peu tendres. On est habitués aux groupes ricains aguerris et il leur a fallu un peu de temps pour prendre le rythme. Quelques années plus tard, à Dour, ils l’avaient indéniablement. Et puis il y eut un second album plus sombre et torturé, et coup sur coup deux albums de leur leader Alex Ounsworth ; une escapade à la Nouvelle-Orléans tout à fait recommandable et un projet moins intéressant.

Cette fois-ci, pas de doute, le groupe est passé hors du radar, n’est plus détecté par les buzzers en tous genres. On n’a plus à se poser la question du qu’en dira-t-on de ce qu’on-en-a-dit. Et c’est finalement tant mieux.

Le premier morceau Same Mistake est reste en tout cas assez agréable, avec un sens de la mélodie insaisissable qui reste une de leurs caractéristiques les plus personnelles. Même les incunables comme The skin of my yellow country teeth ou Upon this tidal wave of young blood ne sont pas faciles à fredonner, pourtant elles restent en tête. Into Your Alien Arms en semble une version calmée, lissée aux anxiolytiques. Comme pour s’excuser de tant de bienséance, ils terminent le morceau dans un chorus déglingué du plus bel effet (à défaut d’être un implacable enchantement pour les oreilles). Mais ces mélodies tordues leur permettent même de ralentir le tempo sans dégât (Misspent Youth, Idiot). Pour le reste, ils peuvent toujours passer sur la vitesse (Hysterical) ou sur un roulement de batterie (The Witness’s Dull Surprise). D’une manière générale, on constate moins de folie, d’imprévisibilité, et, paradoxalement, ce ne sont pas les moments les plus pop qui passent le mieux (Maniac)

Siesta (For Snake) m’a donné une drôle de référence, le Cure de Disintegration. L’élégance malgré une voix, disons, typée (on ne pense même plus à se formaliser de la voix très nasale d’Alex Ounsworth), les synthés, la majesté de la mélancolie constamment à deux doigts du kitsch, voilà ce qui m’a rappelé les grandes heures de la bande à Smith.

Clap Your Hands Say Yeah a été le temps d’un album un groupe vraiment enthousiasmant, neuf et excitant. Le voir se recycler en un groupe agréable et sans trop de surprises peut donc être vu comme une régression. A laquelle on a longuement eu le temps de se préparer. Mais leur potentiel de sympathie ne sort pas écorné par cet album en demi-teinte.

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Shearwater - The Great Awakening

    En général, quand plusieurs années passent entre deux albums, on se demande à quoi les artistes ont consacré leur temps, tout simplement parce que leur emploi du temps nous est inconnu. Nécessité faisant loi, Jonathan Meiburg s’est lancé sur Patreon, ce qui a pour effet secondaire de nous connecter avec son actualité. En plus de donner accès à des reprises minimalistes qui, filmées et enregistrées au téléphone, touchent souvent au sublime.
    Si plus de six années se sont déroulées depuis le dernier album (...)

  • Midlake - For The Sake of the Bethel Woods

    Vous faisiez quoi il y a 9 ans, vous en étiez où ? C’est une question oratoire (même si une réponse dans les commentaires est possible). Forcément, si la plupart des membres de Midlake présents sur Antiphon sont encore là, les choses ont changé, nous aussi, eux aussi. Et ils ne sont pas restés inactifs, on se souvient avoir croisé Eric Pulido seul en tant qu’E.B. The Younger ou avec toute la bande et plein d’invités sur le très chouette projet BNQT.
    Bethel Woods, c’est l’endroit où a eu lieu le festival (...)

  • Emily Jane White – Alluvion

    Jusqu’à son excellent album précédent, c’est dans ces lointaines ressemblances que la toujours pertinente Emily Jane White puisait sa singularité. On les cite donc parce qu’on n’en fera pas l’économie : Bat For Lashes, Marissa Nadler, voire Lana Del Rey. Voilà, vous savez où vous mettez les oreilles. Mais maintenant, quand on se demande à quoi ça nous fait penser, c’est surtout aux très bons albums précédents de la Californienne. Parce qu’elle a toujours su tracer son propre chemin et elle fait maintenant (...)

  • Cloud Cult - Metamorphosis

    Le spectaculaire ne devient pompier que quand il est mal fait. C’est une leçon que connait bien Cloud Cult, la formation du Minnesota menée par Craig Minowa. On pense d’abord les retrouver dans une volonté plus intime avant que ce Metamorphosis prenne définitivement son envol.
    La voix est plus éraillée que jamais et il y a toujours une profondeur chez eux, un questionnement qu’on ne retrouve que peu ailleurs avec la même acuité. Le tout avec un violon qui vrille, une façon d’instiller l’émotion par (...)