Accueil > Musique > 2011 > Yawn - Open Season

Yawn - Open Season

mardi 20 septembre 2011, par Marc

Collectionnons


Vous connaissez certainement des collectionneurs, des chercheurs infatigables et jamais lassés, avides de compléter, où la quête est presque aussi importante que le résultat. En matière musicale aussi, ils peuvent exister, et si vous avez plusieurs exemplaires de cette musique née des délires d’Animal Collective, avec toutes les nuances envisageables, il est probable que vous vouliez que Yawn rejoigne les autres sur les étagères. Pour les autres, les non-compulsifs, l’écoute peut aussi être envisagée, tant l’écoute curieuse pourra se révéler intéressante.

Évacuons le détail d’emblée, il sera difficile de ne pas penser à Animal Collective pour les voix. Ce qui pourra être un motif de réticence pour certains mais il faut d’emblée préciser que ce qu’on trouve sur ce premier album du groupe de Chicago n’est pas une copie servile. A un tel point qu’on peut se trouver nez à nez avec les délires camp (copyright Laurent) d’Of Montreal (Yumyum, Gasoline). C’est parfois troublant, tant ce pont n’avait pas encore été jeté entre ces deux entités influentes.

Un de mes réflexes inutiles est d’essayer de dissocier l’idée du morceau de sa mise en son. L’exercice est moins vain ici, puisque sous les couches de son se cachent des morceaux plus ‘figuratifs’, à l’opposé de l’abstraction d’un Animal Collective déjà cité. On peut prendre des voix ailleurs, un son ailleurs, et en faire quelque chose de nouveau et différent. Pour réussir, il faut donc faire mieux (Panda Bear), élargir le spectre du mélange (Atlas Sound), être plus versatile (le Loup), et risquer d’être moins pertinent (Ruby Suns). Qu’est-ce qui pourrait différencier ce groupe des pelles d’autres ? Sans doute une façon de tourner des morceaux, une facilité pop, la volonté de garder des structures de morceaux qui ne reposent pas seulement sur une mélopée lancinante mais restent assez lisibles. Ils n’hésitent pas à mettre du synthé, du vrai, pas une boucle passée à l’essoreuse. Le résultat pourrait alors s’approcher de la démarche de Yeasayer.

Yawn s’adresse donc aux collectionneurs (ceux qui connaissent déjà tous les groupes cité dans cette critique qui se mord la queue) mais aussi aux amateurs occasionnels. Parce qu’il existe une série de portes d’entrée vers un monde lysergique peuplé de groupes comme Yawn. Mais comme c’est plus pop, il est probable que ça séduise plus facilement le profane. N’attendez cependant peut-être pas la tuerie sans nom qui vous laisse désarmé et la mâchoire pendante, cet album se caractérise plus par sa constance que ses éclats. Comme souvent dans ces cas-là, l’effet dépendra de la réceptivité de l’auditeur.

Oui, on a déjà entendu ça, mais pour ceux qui voudraient l’entendre encore, la facilité apparente à trousser des morceaux séduira collectionneurs et profanes. Il reste donc possible de se faire une place au sein d’un genre très balisé, et les bons morceaux arriveront toujours à surnager, à séduire. Ce n’est donc pas une pure redite, mais un complément orienté vers une facilité qui pourrait vous plaire.

http://www.yawntheband.com/YAWN/Home.html

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

1 Message

  • Midlake - For The Sake of the Bethel Woods

    Vous faisiez quoi il y a 9 ans, vous en étiez où ? C’est une question oratoire (même si une réponse dans les commentaires est possible). Forcément, si la plupart des membres de Midlake présents sur Antiphon sont encore là, les choses ont changé, nous aussi, eux aussi. Et ils ne sont pas restés inactifs, on se souvient avoir croisé Eric Pulido seul en tant qu’E.B. The Younger ou avec toute la bande et plein d’invités sur le très chouette projet BNQT.
    Bethel Woods, c’est l’endroit où a eu lieu le festival (...)

  • Emily Jane White – Alluvion

    Jusqu’à son excellent album précédent, c’est dans ces lointaines ressemblances que la toujours pertinente Emily Jane White puisait sa singularité. On les cite donc parce qu’on n’en fera pas l’économie : Bat For Lashes, Marissa Nadler, voire Lana Del Rey. Voilà, vous savez où vous mettez les oreilles. Mais maintenant, quand on se demande à quoi ça nous fait penser, c’est surtout aux très bons albums précédents de la Californienne. Parce qu’elle a toujours su tracer son propre chemin et elle fait maintenant (...)

  • Cloud Cult - Metamorphosis

    Le spectaculaire ne devient pompier que quand il est mal fait. C’est une leçon que connait bien Cloud Cult, la formation du Minnesota menée par Craig Minowa. On pense d’abord les retrouver dans une volonté plus intime avant que ce Metamorphosis prenne définitivement son envol.
    La voix est plus éraillée que jamais et il y a toujours une profondeur chez eux, un questionnement qu’on ne retrouve que peu ailleurs avec la même acuité. Le tout avec un violon qui vrille, une façon d’instiller l’émotion par (...)

  • Band of Horses - Things Are Great

    On s’est depuis longtemps habitués à ne pas rechercher chez des groupes le frisson de leurs débuts. Quand ceux-ci remontent à plus de quinze ans, c’est une nécessité. Pourtant, certains arrivent à garder leur attrait même si les raisons de notre attachement ont changé. Dit plus simplement, on n’attendait pas énormément de choses d’un nouvel album de Band of Horses.
    Warning Signs nous cueille donc à froid, on n’avait plus entendu de morceau aussi saignant de leur part depuis belle lurette. Depuis leur (...)