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En vacances, j’ai écouté... (1) de l’électro

dimanche 11 septembre 2011, par Laurent


Ça faisait longtemps qu’on ne s’était plus échangé des bons plans (ou pas). Ben oui, les vacances sont les vacances. Du coup, autant revenir sur quelques disques écoutés à l’ombre des cocotiers et dont, qui sait, vous me direz des nouvelles... Ouvrons cette première salve avec une série d’opus électroniques, dix albums qui explorent les sonorités synthétiques avec ou sans arrière-pensées, du plus cérébral au moins poseur de questions, histoire de rythmer la bande-son de l’été dernier.


Amón Tóbin – Isam

À l’heure du septième album, l’architecte sonore brésilien reprend les affaires là où “Foley Room” les avait laissées. Exit donc les beats hip-hop de la parenthèse “Two Fingers” et retour à ses récents penchants pour la musique concrète, cette façon unique et inquiétante de triturer de méconnaissables field recordings jusqu’au point de rupture (Piece of Paper, Lost & Found), y compris lorsque la matière première est une voix humaine (la respiration poétique Wooden Toy ou encore Kitty Cat, morceau le plus proche de ce que le DJ ait jamais produit d’une pop song). Pas loin d’être épique sur Journeyman ou l’énorme Goto 10, en pure lévitation sur Night Swim ou le trompeur Bedtime Stories, Amón Tóbin finit Dropped from the Sky, au douloureux contact d’une terre trop ferme pour ses idées célestes.


autoKratz – Self Help for Beginners

Il y a deux façons d’aborder ce genre de disque : soit vous êtes un puriste qui consomme son électro en vinyle et sans fun ajouté, soit vous prenez moins le genre au sérieux et ne crachez pas de temps à autre sur cette musique à gros sabots qui sonne un peu, disons-le, comme la version 2.0 des Pet Shop Boys. C’est donc parti pour une dose de plaisir coupable, sans génie ni déshonneur, nettement moins réussi – ou plus prévisible – que sur le précédent “Animal”. Si le début et la fin de l’album sont terriblement convenus, c’est en son cœur qu’on passe les meilleurs moments : un Skin Machine délirant juste comme il faut, le limite sensible My Own Black Heart et surtout The Seventh Seal, d’un mauvais goût si assumé qu’il en devient proprement irrésistible.


Balam Acab – Wander / Wonder

Tout commence par un Welcome effectivement très accueillant : sur des motifs subaquatiques crépite une musique de synthèse étrange et apaisante. Le jeune Alec Koone semble y pitcher quelque chant sacré à la manière d’un Sayem ensommeillé. La rythmique s’introduit véritablement sur Apart, un peu gâté sans doute par cette voix mixée dans les suraigus, gage partiel de l’identité sonore de Balam Acab autant que sa principale limite. Oh, Why est malgré tout une éblouissante réussite qui atteint des sommets de beauté délétère ; ailleurs, comme sur ce Motion qui aurait pu ressembler à du Burial ou le très épuré Await, les tics sont tout de même quelque peu rédhibitoires. Mais le final Fragile Hope, magnifique dans son abstraction, contient dans son seul titre le fin fond de notre pensée.


Chemical Brothers – Hanna

Signant la bande originale d’un film qu’on dit très moyen, les Chemical Brothers ne se sont pas particulièrement foulés non plus. Cela étant, c’est toujours avec plaisir qu’on les retrouve sur le mode instrumental, et des titres comme Escape 700 ou Hanna’s Theme – chanté par Stephanie Dosen en fin de parcours – leur rendraient plutôt justice. Plus inattendu, The Devil Is in the Details prouve même que Tom Rowlands et Ed Simons n’ont pas encore brûlé toutes leurs cartouches. À part ça, on a malgré tout l’impression d’écouter une succession d’interludes sans grande inventivité – on imagine mal, par exemple, le plat Carchase illustrer une poursuite fort palpitante – et même si ces vingt titres s’écoutent sans trop d’ennui en à peine cinquante minutes, l’ensemble reste résolument anecdotique.


Digitalism – I Love You, Dude

Le duo allemand souffre sans doute du syndrome Fischerspooner : à un moment donné, leur électro gonflée aux anabolisants présentait une force tout-terrain absolument jouissive. Désormais, pourtant, ils semblent avoir pris la voie qu’on redoutait le plus, s’enfonçant davantage dans le gros beat qui tache au détriment de toute subtilité. Des tracks tels que Blitz ou Miami Showdown, entre autres, sont assez symptomatiques de cette lourdeur dans l’exécution ; pareil pour les titres vocaux qui, exception faite du plus aérien Just Gazin’, sonnent à peu près tous pareils. On sauvera néanmoins un petit tiers de l’album, avec le méchant Reeper Bahn ou bien Stratosphere, plutôt groovy comme du SebastiAn. En dehors de ces quelques éclairs, chou blanc dudes...


Kode9 & the Space Ape – Black Smoke

L’accent des blocks du South London mâtiné d’inflexions afro-jamaïcaines, on est forcément habitué depuis, au hasard, Roots Manuva. On ne se lasse donc pas du MC-ing assuré sur fond de rythmiques 2-step qui fomente ici une véritable ambiance de fin du monde ; potentiellement agaçante, l’atmosphère suscite en fait une adhésion d’autant plus franche que Kode9 garantit derrière ses platines une variété de tons relativement inattendue. Des beats hallucinogènes de Black Smoke ou Love Is the Drug au gangsta rap pour ville fantôme d’Am I et Bullet Against the Bone, on se sent aussi dépaysé qu’oppressé, et d’autant plus sur des titres lents en forme de bad trip tels que Promises. La face B propose des plages essentiellement instrumentales et on n’y perd rien au change : vachement bien vu, DJ.


SBTRKT – SBTRKT

Bon ben cette fois c’est sûr, le dubstep agrémenté de vocalises enrichies en soul aura définitivement été la grande tendance de 2011, inaugurée par l’album essentiel d’un James Blake qui domine les débats. Plus proche de la fibre commerciale de Jamie Woon, l’Anglais masqué assure franchement aux curseurs (Ready Set Loop) et sait s’entourer de gens qui assurent au chant (très bon Hold On) ; cela ne l’empêche pas toujours de déraper dans la mièvrerie (Never Never) voire le mauvais goût (Pharaohs). Il fait aussi occasionnellement appel à l’organe mutin de Yukimi Nagano – madame Little Dragon à la scène – comme sur le single bizarroïde Wildfire, assurément la grande réussite de ce disque quelque peu surestimé mais néanmoins fort sympathique.


SebastiAn – Total

Dès la pochette, Sebastian Akchoté assume son narcissisme en roulant une pelle à son clone. Voilà donc qu’après cinq ans de remixes et de faux-fuyants, le DJ franco-serbe sort enfin son premier véritable album. Niveau sonore, c’est la boucherie : on connaît son penchant pour les rythmiques chargées (l’ancien Motor, inclus ici) et dans le lot des 22 titres – parfois très courts – on n’évite pas toujours l’excès pondéral, en particulier quand M.I.A. pose un featuring moyennement inspiré. Cela dit, SebastiAn se défend surtout avec un sens du groove indéniable (Embody, Love in Motion), et même s’il l’emprunte parfois trop directement à Justice (Tetra) ou Stuart Price (Kindercut), tout ça tient bien mieux la route que les snobs voudraient le faire croire. Totalement commercial mais totalement plaisant.


South Central – Society of the Spectacle

Sur le podium de l’électro bourrine à l’esprit mi-punk, on retrouvait d’emblée ces bidouilleurs de Brighton, sur foi de quelques singles énormes et d’un premier album plutôt solide. On les retrouve avec un son toujours aussi gargantuesque, un peu trop lisse pour s’avérer vraiment sauvage, mais d’un niveau d’abrasivité rarement démenti. Demons renvoie directement à l’école Ed Banger et The Fourth Way à Laurent Garnier, S.O.S. est une tuerie big beat, et si les titres chantés sont globalement moins convaincants, de bonnes surprises subsistent (No Way Back), d’autant que quelques invités de prestige relèvent l’intérêt : Gary Numan jette ainsi un pont vers les eighties (Crawl) et les furieux d’A Place to Bury Strangers le traversent allègrement (The Moth). Surpuissant.


The Toxic Avenger – Angst

Les tons crépusculaires de la pochette annoncent bien la couleur : sombre mais chaleureux, le premier album de Simon Delacroix – un nom prédestiné – joue intelligemment des contrastes. La musique marie exigence et sens du plaisir, et les nombreux featurings rehaussent l’ensemble sans jamais jouer les faire-valoir. Côté rigolard, Orelsan est parfait sur N’importe Comment et Annie enchante Alien Summer avec une fausse naïveté charmante, tandis que Pleurer les Garçons renvoie Yelle à ses chères études ; côté dark, NU 1553 et C.O.L.D. sont des petites bombes d’électro futée mais c’est Never Stop qui emporte la mise avec son parfum de cold wave cybernétique et son chant habité. Coup de maître pour ce coup d’essai qui, dans sa catégorie, se révèle un must absolu.

Article écrit par Laurent

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