jeudi 19 avril 2012, par
Assuétude
Voir en 24h Xiu Xiu et Soap&Skin, ça peut sembler un grand écart a priori. Mais il faut prendre le plaisir d’écoute où et quand il se présente.
Je l’ai trop souvent répété, il faut voir les premières parties. Parce qu’on peut y faire des découvertes. Aussi parce qu’on peut anticiper des arnaques. On ne sait jamais, peut-être qu’un jour quelqu’un essaiera de vous dire du bien d’A Thousand Fuegos. Peut-être qu’il vous dira qu’on n’est pas encore lassé des nappes simplistes de synthés années ’80, que reprendre du Joy Division sans savoir chanter c’est une bonne idée, que rester debout derrière une machine qui joue toute seule c’est passionnant. Vous pourrez lui répondre qu’il est étonnant qu’on mette sur la scène de l’AB un artiste aussi peu au point. Quand on pense que c’est en avant programme de Soap&Skin qu’on avait découvert Fink ou Nils Frahm...
On en profite donc pour bien s’installer dans une AB en configuration entièrement assise. Ce qui finalement n’est pas une mauvaise chose. On n’est pas là pour pogotter de toute façon.
Sans doute comme pour les drogues (mais mon expérience est nulle en la matière), la base d’une addiction est un rush tellement fort la première fois qu’on essaie de le reproduire encore et encore. Voir Soap&Skin en concert, c’est ça, c’est essayer de reprendre la claque prise à la Rotonde il y a trois ans. On avait retenté il y a deux ans, et nous revoilà. Sensiblement dans les mêmes conditions, puisqu’Anna Pschlag revient avec un ensemble. Deux instruments à vent, cinq à cordes. Et aussi son piano à queue. Et son laptop, lequel lance d’emblée son morceau pénible, ce controversé Deathmental. Mais l’ambiance pesante est installée. La tenue, moins fantaisiste que lors de son dernier passage, montre peut-être qu’elle se cherche moins. Je ne sais pas trop pourquoi, mais ça me rassure.
Si on retire le morceau susmentionné, le récent EP Narrow est de belle facture. Sans doute pas aussi uniformément fantastique que l’album Lovetune For Vacuum, mais on sait qu’on y reviendra. Notamment parce que des morceaux comme Vater procurent des picotement dans l’échine. Anja est une interprète intense, qui a la maitrise complète des évènements. Et si parfois sa voix s’échappe, c’est pour mieux en souligner l’humanité. On retrouvera donc avec plaisir Thanathos et autres Voyage Voyage, réussissant à donner des frissons avec une scie éculée. Je ne suis pas toujours convaincu par l’apport de sons électroniques préenregistrés, mais c’est un détail, les morceaux se suffisent à eux-mêmes. Et Marche Funèbre semble avoir trouvé sa forme définitive, révélant un abattage scénique qu’on ne soupçonnait pas, une intensité physique qui force l’admiration.
Les rappels, normalement, sont faits pour se remémorer les hauts faits d’une carrière. Elle a beau n’avoir que 22 ans, il y en a déjà beaucoup, qu’on s’étonne de ne pas entendre ici. Il y avait de la place pour Cynthia ou spiracle quand même, non ? A la place, ce sont deux reprises qu’elle exécute. Une recueillie du Pale Blue Eyes du Velvet puis un The End qui doit beaucoup à la relecture qu’en avait faite en son temps Nico, référence assumée puisqu’elle était reprise sur le premier EP. On en ressort donc satisfaits, ayant eu notre content d’émotions. Trois ans après sa découverte, le doute n’est pas permis, Anja Pschlag nous est essentielle, et pour un bon bout de temps encore...
(des conditions pareilles sont bonnes pour l’écoute mais nettement moins pour la prise d’images. J’en ai néanmoins sauvé quelques-unes ici)



