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Benjamin Biolay - Vengeance

jeudi 29 novembre 2012, par Marc

A moitié plein


Toutes les histoires ne commencent pas comme des coups de foudre. Parfois, il faut du temps, et une première impression mitigée peut évoluer au fil du temps. Au moment d’A l’Origine, j’essayais tellement de faire la part des choses entre ce qui me plaisait et ce qui ne ‘passait pas’ que je n’avais qu’effleuré l’essentiel, c’est-à-dire l’ampleur de l’artiste. Cette circonspection m’a détourné du pourtant excellent Trash Yéyé. C’est avec cet album impeccable et le très ambitieux suivant qu’il s’est d’ailleurs placé sans conteste dans le peloton de tête de ce qui se fait en français. Comme transition après La Superbe qui lui a valu un concert de louanges assez unanime, nous avons eu droit à un exercice en roue libre sur la bande-son d’un film que du reste peu de gens ont vu.

Je m’étais donc attendu à un déluge de son épais comme sur Pourquoi Tu Pleures (hors des reprises plus anecdotiques) et c’est ce qu’on entend avec Aime Mon Amour qui attaque franco. Sa voix est plus assurée et on se prend à penser que Benjamin est passé de l’autre côté, de celui où il semble ne plus rien devoir prouver à personne, y compris lui-même. De même, les comparaisons avec un Gainsbourg ne tiennent plus vraiment la route. Les violons comme les aimait Vannier, l’arrangeur du père des très très crédibles Lulu et Charlotte, sont toujours là, mais dans un mode plus discret, en tant que composante de l’ampleur sonore.

La seule chose qui pourrait les rapprocher, c’est un goût des voix féminines plutôt discrètes, comme celle de Vanessa Paradis (oui, elle a collaboré avec les deux aussi) qui est un peu en sous-emploi sur Profite. Lui faire dire On n’en a plus rien à foutre doit être jubilatoire, mais ce morceau a un refrain bien trop léger.

Vengeance est un album comme A L’origine, où il convient finalement de faire sa propre sélection, alors que Trash Yéyé et La Superbe nous avaient déshabitués à faire notre tri. Comme pour illustrer ce propos, les deux versions de la chanson titre présentent deux visages bien distincts. L’un en espagnol est un peu lisse, alors que l’autre est une des bonnes surprises puisqu’on trouve un Carl Barât dans un contre-emploi très réussi, déclamant sur un fond symphonique et montrant que seul un anglais peut faire sonner cette déclamation.

Sa notoriété lui permet d’ailleurs d’élargir le chant des collaborations. Soit en sortant de France avec Carl Barât déjà cité et Angie Stone à sa place sur le léger Confettis final. Soit en allant carrément frayer avec des artistes Hip-Hop. Ne Regrette Rien est ce qu’on attend de sa part, un morceau sombre mais enlevé, avec un souffle. Ce genre de chanson qui s’installe, avec qui on sait qu’on va passer un bon bout de temps. D’Orelsan, il ne reste qu’un monologue un peu gadget de prime abord mais qui ne dure que 47 secondes et est à voir comme un ‘solo’. Après plusieurs écoutes, cet ajout semble même séduisant et on tient un des meilleurs morceaux de l’album. On ne peut vraiment pas en dire autant de Belle Epoque qui convoque Oxmo Puccino pour un morceau qui lorgne tellement du côté du jazz cool qu’il ressemble plus à la croisière s’amuse, quelques rimes perplexifiantes en sus.

L’émotion devra être là, forcément, mais on ne la retrouve guère qu’au détour de Personne Dans Mon Lit. On n’est donc pas trop dépaysés. Mais pour être complets, il faut quand même dire qu’avec sa basse pleine de flange, la première minute d’Insigne Honneur ne déparerait pas un New Order. On devra aussi compter avec un Trésor Trésor dont on cherche toujours un point d’accroche mais où on détecte quelques facilités (Tous ces gens font les beaux/Mais ces gens ne sont pas beaux), tout comme les sons de synthé pas trop valorisants sur Marlène Déconne.

Moins long en bouche que ses deux dernières réalisations et avec moins de personnalité que ses premiers albums, Vengeance montre que Benjamin Biolay a un style maintenant bien affirmé qu’il tente d’élargir par des collaborations. Nous ne sommes pas objectifs, on n’a jamais prétendu l’être, mais même en forme inégale, alternant le brillant et le watzeufuque, il dégage tout de même une belle impression. Cette fois, nous préférerons voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

http://www.myspace.com/benjaminbiolay

Article écrit par Marc

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