Accueil > Musique > 2013 > Mount Eerie - Pre-Human Ideas

Mount Eerie - Pre-Human Ideas

mercredi 20 novembre 2013, par Marc

Autontunons à la maison


Au dos de la pochette d’Ummagumma de Pink Floyd, le groupe anglais étalait fièrement le matériel qui avait servi à établir en 1969 ce parfois rude mais indiscutable étalon de la musique psychédélique. 44 ans plus tard, Phil Elverum pose près de son écran d’ordinateur, avec un mug fumant et un cupcake. Il est peu probable que cet album-ci ait le même retentissement qu’Ummagumma mais il faut aussi reconnaitre que les deux albums sortis l’an passé avaient impressionné. Donc, maintenant, les créateurs peuvent officier chez eux, bien au chaud. Le contraste entre cette photo d’une profonde banalité et une musique si évocatrice interpelle en tous cas.

Il faut aussi resituer le contexte, sans quoi on ne pourrait y voir qu’une tentative de souffler sur les braises du succès d’estime d’Ocean Roar et Clear Moon. Ce Pre-Human Ideas se compose en effet de morceaux antérieurs à Clear Moon et réenregistrées ou de versions instrumentales destinées à mettre au courant les musiciens qui l’accompagnent en tournée. Le tout avec des paroles recréées et passées à l’autotune. Evidemment, cet album s’adresse presque exclusivement à ceux qui avaient digéré et apprécié la paire d’albums de l’an passé. Quel serait l’effet sur un auditeur qui n’aurait jamais entendu parler ? Difficile de le dire, si c’est votre cas, votre avis m’intéresse.

La voix passée à l’autotune n’est pas exactement ce que je préfère, notamment parce que ça donne un côté bien artificiel à une musique qui réussissait pourtant à se rendre bien organique. Et puis ce procédé a tellement été usé comme cache-misère (en R’n B notamment) qu’on ne peut que le trouver hors de propos ici. Pourtant, l’effet peut ressembler à du Bon Iver cybernétique quand plusieurs voix s’entrecroisent sur I Say ‘No’. Ca ajoute de la cohérence à l’ensemble, mais se révèle vraiment usant à la longue.

Il ne faut pas croire qu’un morceau n’est bon que s’il peut être interprété de façon minimaliste. Cependant, ces versions différentes révèlent des morceaux assez construits, et derrière l’impressionnant mur du son, il y a de vrais morceaux, des progressions d’accords tout à fait convaincantes. Le côté sombre de The Hidden Stone est certes considérablement amoindri ici, de même que son pouvoir de fascination. Mais il faut reconnaitre que tout tient encore remarquablement la route. Lone Bell en reste poignant même sans l’épaisse couche de son. Le chant vocodé n’étant pas, on le devine, tout à fait utile. On reconnait les accords d’Organ, on se souvient de ces terribles secousses telluriques

Les albums de l’an passé étaient des ovnis bienvenus, au confluent de tellement de choses (de la délicatesse de l’écriture à la véritable sculpture sur son) et celui-ci est plus étrange encore, mais il faut être vraiment curieux pour aborder ces versions alternatives qui n’apportent pas grand-chose à part la confirmation que Phil Elverum est un personnage curieux et inventif qu’on a vraiment envie de suivre.

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Midlake - For The Sake of the Bethel Woods

    Vous faisiez quoi il y a 9 ans, vous en étiez où ? C’est une question oratoire (même si une réponse dans les commentaires est possible). Forcément, si la plupart des membres de Midlake présents sur Antiphon sont encore là, les choses ont changé, nous aussi, eux aussi. Et ils ne sont pas restés inactifs, on se souvient avoir croisé Eric Pulido seul en tant qu’E.B. The Younger ou avec toute la bande et plein d’invités sur le très chouette projet BNQT.
    Bethel Woods, c’est l’endroit où a eu lieu le festival (...)

  • Emily Jane White – Alluvion

    Jusqu’à son excellent album précédent, c’est dans ces lointaines ressemblances que la toujours pertinente Emily Jane White puisait sa singularité. On les cite donc parce qu’on n’en fera pas l’économie : Bat For Lashes, Marissa Nadler, voire Lana Del Rey. Voilà, vous savez où vous mettez les oreilles. Mais maintenant, quand on se demande à quoi ça nous fait penser, c’est surtout aux très bons albums précédents de la Californienne. Parce qu’elle a toujours su tracer son propre chemin et elle fait maintenant (...)

  • Cloud Cult - Metamorphosis

    Le spectaculaire ne devient pompier que quand il est mal fait. C’est une leçon que connait bien Cloud Cult, la formation du Minnesota menée par Craig Minowa. On pense d’abord les retrouver dans une volonté plus intime avant que ce Metamorphosis prenne définitivement son envol.
    La voix est plus éraillée que jamais et il y a toujours une profondeur chez eux, un questionnement qu’on ne retrouve que peu ailleurs avec la même acuité. Le tout avec un violon qui vrille, une façon d’instiller l’émotion par (...)

  • Band of Horses - Things Are Great

    On s’est depuis longtemps habitués à ne pas rechercher chez des groupes le frisson de leurs débuts. Quand ceux-ci remontent à plus de quinze ans, c’est une nécessité. Pourtant, certains arrivent à garder leur attrait même si les raisons de notre attachement ont changé. Dit plus simplement, on n’attendait pas énormément de choses d’un nouvel album de Band of Horses.
    Warning Signs nous cueille donc à froid, on n’avait plus entendu de morceau aussi saignant de leur part depuis belle lurette. Depuis leur (...)