Accueil > Critiques > 2014

SBR - Sunday Bell Ringers

mercredi 5 février 2014, par marc

En puissance


Parmi les nombreuses coquetteries des groupes, celle-ci est presque inédite. Donc le premier album des Sunday Bell Ringers portait le nom du groupe (ce que par abus de langage on qualifie d’ « éponyme »). Le nom d’album est donc identique, mais c’est le nom du…groupe qui a changé, se résumant maintenant à son sigle. Mais tout ceci est anecdotique. Par contre, la musique elle-même a évolué et je propose qu’on en parle. Ça vous dit ?

Cet album est prêt, gravé, imprimé depuis un petit temps, mais il ne sort que maintenant. Fort heureusement chez les toujours excellents Zeal Records, dont les publications (Isbells, Marble Sounds, Low Vertical mais aussi Toman) se voient constellés d’étoiles dans nos colonnes. En cette période de sorties pléthoriques, il est toujours bon de pouvoir se reposer sur la certitude du label louvaniste.

Étrangement, c’est le morceau MAY qui avait été choisi pour mettre l’eau à la bouche et on remarque que ce n’est pas ce qu’on entend de plus excitant sur cet album. Mais il avait au moins le mérite de signaler les intentions du groupe, de manifester sa volonté de puissance. Pour tenter une analogie flamande, c’est un peu l’album que Soulwax n’est pas arrivé à faire.

Quand on réécoute le premier album, en fait, tout était déjà là, en germe, mais était mélangé à d’autres choses qui ont moins droit de cité ici comme le plaisir jamais démenti de beugler à l’unisson. C’était d’ailleurs ça qui nous avait plu, cette dose d’énergie qui pouvait aussi bien venir des machines que des chœurs, en faisant paradoxalement quelque chose de neuf. La palette du premier album était large et dans les réussites il y avait le très nerveux Angry Rabbits. C’est donc cette voie qu’ils ont décidé de poursuivre, et bon, pourquoi pas après tout, surtout qu’ils se sont donné les moyens de réussir.

Le curseur est donc résolument tourné vers l’électronique. Alors qu’on pouvait occasionnellement évoquer Arcade Fire pour le premier album (par moments, j’en conviens), ils ont d’emblée poussé l’électronique bien plus loin que ne le feront jamais des Montréalais. On retrouve pourtant des traces de leur première façon, de leurs premiers mélanges, comme sur les chœurs et l’intensité de Wild Cats, le meilleur morceau de l’album qui est un des seuls à proposer plusieurs facettes. Et on replonge, instantanément, complétement. April est plus calme, comme pour montrer que ce n’est pas un album sans nuances et misant tout sur l’énergie. Tout n’est pas entamé avec le doigt dans la prise puisqu’ils terminent par un Horse Song qui se rappelle à notre bon souvenir.

Le son est si puissant et dense qu’il peut se contenter d’un tempo plus lymphatique (Twin Peaks avant que la batterie ne réveille le tout) ou d’un morceau plus linéaire (Electro Joe). Mais on sent aussi tellement d’implication sur Change Color qu’on ne peut que céder. C’est peut-être moins touchant que leurs compagnons de label Low Vertical mais diablement efficace.

Pour son second album, la formation de Joeri Cnapelinckx donc pris ses responsabilités, choisi nettement sa voie, en décidant qu’il miserait sur la puissance. Mais fort heureusement, le résultat n’est pas dénué de finesse et d’humanité. Ce n’est pas un remix bourrin de morceaux qui nous est proposé, mais une collection de pêches fortes et douces à la fois. Certes, ceux qui étaient clients des Sunday Bell Ringers pour cette fraicheur auront peut-être besoin d’un peu de temps d’adaptation mais au final, ils pourront comme moi retrouver le plaisir d’écouter ce groupe qui promet encore tellement.

http://www.sundaybellringers.be/

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • Oootoko - Oootoko

    l y a plusieurs expressions qui attirent immédiatement notre attention. Et big band n’en fait pas vraiment partie. Mais il faut reconnaitre que les effectifs pléthoriques sont aussi une belle façon de susciter l’ampleur. C’est précisément ce qui rend Oootoko immédiatement sympathique.
    Impossible donc de valablement tenter le jeu des étiquettes. Même le terme générique de ’musique instrumentale’ ne (...)

  • Ultra Sunn - US

    Suivre des artistes, découvrir de prometteurs EP et puis écouter leur premier album qui confirme tout le potentiel soupçonné, c’est vraiment un des plaisirs de cet étrange hobby. Et dans les EP qui nous avaient vraiment plu (et pas qu’à nous si on en juge par l’ampleur de leur tournée), le duo bruxellois se plaçait assez haut. Gaelle Souflet et Sam Huge nous reviennent donc US qu’ils ont écrit, (...)

  • Dan San - Suite

    On se doutait bien à l’écoute de l’excellent Grand Salon que l’évolution de Dan San n’était pas temporaire. En clair, ils ont un plan. Rappelons que pour les autres envies, les membres font aussi partie de formations comme The Feather, Pale Grey ou Condore. Donc, quand ils reviennent au camp de base, c’est pour se donner les moyens de converger ensemble vers un style identifiable. La mise en son est (...)

  • Chaton Laveur - Etat Sauvage

    Parfois il faut de la flexibilité mentale pour réconcilier des concepts. D’un côté on a un nom vraiment amusant mais improbable et une goutte d’eau qui poursuit un promeneur. De l’autre une musique qui revendique à juste titre une étiquette kraut-pop.
    Julie Odeurs et Pierre Lechien profitent donc de cette base solide qui permet la fantaisie par ailleurs. Laquelle peut s’exprime à travers des (...)