Accueil > Critiques > 2014

Marissa Nadler - July

samedi 15 février 2014, par marc


Oui, rien ne ressemble plus à un album de Marissa Nadler qu’un autre album de Marissa Nadler. Mais maintenant qu’on la suit depuis plusieurs années, l’évolution est tout de même palpable, il y a de plus en plus d’instruments quand on tend l’oreille.

Par rapport à la référence souvent dégainée en début de carrière, à savoir Mazzy Star, on peut reconnaitre à Marissa une personnalité qui se différencie de plus en plus de celle d’Hope Sandoval et puis elle inspire plus de sympathie aussi. Sur l’album précédent, il y avait une vraie volonté d’ampleur, ce qui nous a valu quelques très grands moments comme Baby I’ll Leave You In The Morning. Mais qu’on se rassure, elle n’a pas viré mainstream (ce qui serait son droit le plus strict après tout), et on la retrouve intacte dès le très aérien Drive.

Les apports instrumentaux sont donc toujours discrets mais judicieux. Les violons de 1923 dont le lancinant Baby come back to me est une des phrases qui restent en tête après la fin de l’album. Was It A Dream sent aussi bon la volonté de faire de la musique ensemble et cette finesse d’arrangement offre un joli contrepoint à Desire. Mais certains morceaux restent toujours très minimalistes comme Firecrackers dont sourd une mélancolie tenace.

Autre caractéristique, la voix angélique et la douceur ne laissent pas toujours deviner la noirceur ou la franchise des paroles. On surprend donc un I called you when I was drunk all the time au detour d’Holiday In.

C’est maintenant certain, on ne peut plus appréhender Marissa Nadler comme les autres artistes. Ca fait trop d’années qu’on entend tellement toujours la même chose de sa part qu’on prend cet album plus comme une dose nécessaire d’une addiction que comme une raison de s’enflammer ou de se laisser surprendre. Comme une toile de Warhol ou de Magritte, on reconnait une chanson de Marissa Nadler dans la seconde. Et comme il est aussi convenu que les grands réalisateurs refont toujours le même film, les albums de l’américaine ne présentent que d’infimes variations, que de toutes petites touches d’évolutions qui ne sont discernables qu’avec une analyse poussée. July est donc un bon album de Marissa qui n’en a de toute façon jamais livré de médiocres.

http://marissanadler.com/

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

2 Messages

  • Marissa Nadler - July 17 février 2014 10:06, par le cousin de la reine de trêfle

    Je n’ai pas encore écouté cet album ; mais s’il est dans la veine de ses prédécesseurs, et je n’en doute pas, pourquoi seulement 3 étoiles ? peut-être cette dérangeante impression de continu, voire de redite, auxquelles n’échappent-pas d’autres grandes dames (Shannon Wright, Lisa Germano )... et à qui bien sûr je pardonne tout !

    repondre message

    • Marissa Nadler - July 17 février 2014 13:19, par Marc

      Bah, encore une fois, la cote "étoilée" est simplement indicative, et c’est le texte qui est plus important. Ceci dit, c’est un album typique de Marissa Nadler, avec la qualité qu’on peut en espérer, mais j’avais été plus secoué par plus de morceaux sur l’album précédent. C’est une artiste "quatre étoiles" depuis de nombreuses années, et ça, ça ne change pas.

      Je suis curieux d’avoir ton avis sur cet album d’ailleurs.

      repondre message

  • Villagers – That Golden Time

    Villagers, c’est quinze ans d’intense délicatesse. Le projet presque solo de Conor O’Brien nous a depuis longtemps habitués à osciller entre une vraie délicatesse et plus d’ampleur. Celui-ci est franchement évanescent en première écoute, d’ailleurs j’étais un peu passé à côté pour être honnête. Il peut se faire plus lyrique, on le sait.
    Mais même sur Truly Alone, la subtilité est là, avec son petit clavier (...)

  • Binidu - //

    Si on avait croisé le chemin de Vincent Dupas quand il officiait en tant que My Name Is Nobody, on était passés à côté de ce projet qu’il partage avec Jean Baptiste Geoffroy et Jérôme Vassereau (ils sont aussi tous membres de Pneu). Le troisième album en onze sera donc l’occasion de faire la découverte.
    On sent dès le début de We Grew Apart que le morceau ne restera pas aussi désolé et de fait une (...)

  • Dan San - Suite

    On se doutait bien à l’écoute de l’excellent Grand Salon que l’évolution de Dan San n’était pas temporaire. En clair, ils ont un plan. Rappelons que pour les autres envies, les membres font aussi partie de formations comme The Feather, Pale Grey ou Condore. Donc, quand ils reviennent au camp de base, c’est pour se donner les moyens de converger ensemble vers un style identifiable. La mise en son est (...)

  • Ella Ronen – The Girl With No Skin

    Fuck Cute/I’m Tired of Cute/Cute has never served me
    Il ne faut pas se laisser tromper par la délicatesse d’Ella Ronen. Si on est séduit d’emblée par les plaisirs doux qui ne sont pas sans rappeler ceux de Marie Modiano (référence ancienne on en convient...), la jolie voix propose une écriture plus profonde, sans doute parce qu’elle repose sur un substrat qui a son content de drames.
    Une des (...)