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Séance de Rattrapage #22 - Retours en terres inconnues

vendredi 30 mai 2014, par Marc


Le point commun de ces trois sorties est d’émaner d’artistes qu’on connait bien et qui ont décidé de sortir de leur zone de confort. Avec une certaine réussite comme on le verra.

Liars - Mess

En écoutant un album des Liars pour la première fois, on ne sait jamais ce qu’on va entendre. Après leur incursion electro de WIXIW, ils continuent donc l’exploration électronique mais au lieu de la bienveillance du précédent, ils déplacent les curseurs vers une ambiance plus sombre. Ce qui leur va aussi très bien, convenons-en.

Mais une opinion plus tranchée pourrait les envoyer du côté bourrin de la force. Ils semblent se rapprocher d’un Killing Joke mais aux voix plus éthérées appuyées par du plus martial. (Pro Anti Anti). Il y a donc quelques bons morceaux dans le tas, comme sur tous leurs albums. On épinglera ici Mess On A Mission, franc et direct ou Darkslide lorsqu’il accélère. Oui, c’est typiquement ce que faisait Front 242 il y a quelques dizaines d’années.

Ce groupe ne réussit pas tout, mais semble toujours avoir un plan, une idée à concrétiser, en sachant qu’il se donne les moyens d’y parvenir. Ce n’est pas un groupe qui s’est dit ‘tiens, l’électronique, pourquoi pas après tout…’ mais une formation qui a fait de sa versatilité et de son intransigeance une marque de fabrique. Cette intrusion dans la queue de comète de l’EBM donne un goût de trop ou de trop peu. Trop pour retrouver la subtilité de WIXIW et trop peu par rapport au jusqu’au-boutisme de certaines de leurs réalisations passées.

Lykke Li - I Never Learn

Le troisième album de Lykke Li est bien un album de rupture et annoncé comme tel. Enfin, pas seulement de rupture artistique, un vrai cœur vraiment brisé. Moins flamboyant, certes, mais moins brillant du coup. Cet album met donc plus de temps pour percoler, le temps d’arrêter d’y chercher ce qu’on n’y trouvera pas. Et une fois qu’on a appréhendé cette ambiance, qu’on a admis que c’est un des albums les plus désespérés qu’on ait écouté récemment, on en oublie presque la verve, la versatilité et le fun dont la Suédoise était capable.

Le premier morceau est très bien. Des violons, un ton désabusé absolument parfait. Ce qu’on ne sait pas encore, c’est qu’il sera le meilleur de cet album. Ou un des meilleurs, les autres mettant plus de temps à se révéler au fil des écoutes. Never Gonna Love Again par exemple.

Un joli album au fond, très imprégné d’un spleen tenace, mais qui a perdu beaucoup de choses qu’on aimait chez elle tout en récupérant ce qu’on aimait chez d’autres. Maintenant que Sarah Assbring a viré (à notre grand dam) du côté pop de la force, c’est Lykke Li qui sonne comme El Perro Del Mar et en reprend la fausse mièvrerie pour mieux nous maintenir la tête sous l’eau.

La fantaisie est donc bien absente et finalement, c’est ce qui constitue la principale limitation de cet album. Outre l’absence de morceau candidat au remix, ce qui finalement a toujours suscité ses meilleurs succès jusqu’à ce jour. Lykke Li risque d’avoir moins de monde pour la suivre, mais ceux qui sont restés ne la quitteront plus.

Thee Silver Mt Zion - Hang Out To Each Other EP

Thee Silver Mt Zion apprécie toujours d’occuper le temps entre deux albums par des Ep bien sentis. Celui-ci est plus récréatif puisqu’ils tentent avec un sérieux de pape (expression qui leur sied finalement peu) d’investir le dancefloor. Any Fucking Thing You Love n’est pas un remix boum-boum mais une relecture complète du morceau a capella Hang On To each Other qu’on peut trouver sur leur très recommandable Horses In The Sky de 2005. Et on se dit que s’ils retentent l’expérience avec une de leurs nombreux entêtants mantras, ça pourrait donner quelque chose. Le Some hearts are true de Blind Blind Blind par exemple.

‘groove’ n’est pas exactement le qualificatif le plus immédiat pour le groupe de Montréal. Pourtant, ils trouvent la pulsation et le mantra entêtant qui vont bien. Ils mettent le temps pour que ça percole bien entendu mais comme les morceaux s’étalent sur plus de 11 minutes, on a bien le temps. Surtout qu’on doute qu’un quelconque DJ se risque là-dedans.

Ce n’est sans doute pas une orientation certaine pour le futur, juste un essai (doublé d’un second morceau qui est une variation un peu plus psychédélique et un peu plus crevant) mais on en vient à se dire que ce groupe peut encore nous surprendre. Ce sont des artistes, quoi.

Article écrit par Marc

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