Accueil > Musique > 2015 > Of Monsters and Men - Beneath The Skin

Of Monsters and Men - Beneath The Skin

vendredi 3 juillet 2015, par Marc


Il n’est pas toujours simple de discerner les intentions d’un groupe sur un premier album. Quand on a vu débouler le sympathique premier album d’Of Monsters and Men, on a découvert une formation islandaise qui semblait comme tant d’autres penser que le temps ne s’était pas écoulé depuis Funeral d’Arcade Fire. Ce n’étaient certes pas les premiers, et on savait que les parcours des groupes qui commencent de la sorte évoluent vite vers autre chose. Avec plus (Fanfarlo) ou moins (My Latest Novel) de bonheur.

On n’avait pas non plus prévu le succès radiophonique international, la chanson Little Talks s’étant tout de même offert une belle rotation un peu partout en Europe. C’est à Forest National qu’ils se produiront alors que leur premier passage était dans la petite salle de l’AB. Pour ceux qui ne sont pas aussi familiers des salles bruxelloises, on parle d’une capacité décuplée. Donc, le groupe a grandi de plusieurs tailles d’une fois, tout comme sa musique comme on va le voir.

Ce qui frappe d’emblée, dès Crystal qui a été proposé en single, c’est le son énorme et la force de frappe. Slow Life, Hunger, Wolves Without Teeth ils sont tous abordés pied au plancher. Quand Hunger commence lentement, on se doute que ce n’est qu’un répit de courte durée et de fait, le gros son déboule immanquablement. Sur Thousand Eyes, ils nous gratifient d’une grosse montée mais ils reviennent au chant assez vite, histoire de nous signifier qu’on n’est pas là pour expérimenter, que ce n’est qu’un coup de fièvre dans un morceau normal. Human a une dose de mélancolie mais une puissance trop élevée pour inspirer la sympathie. Étrange que dans ce contexte ils aient voulu collaborer avec le plus subtil Chris Taylor de Grizzly Bear.

Les chœurs qui s’égosillent remis au goût du jour par le couple Chassagne-Buttler n’est plus ici qu’une des composantes d’un son énorme (Empire). Oui, c’est de la musique de stade. Ceci dit, ils font ça fort bien. Il n’y a guère qu’Organs pour oser rester une balade avec une jolie mélodie et un tout petit peu de violon, instrument qui a bien moins droit de cité ici. C’est dans la vraie-fausse ballade qu’ils donnent leur meilleur (We Sink) mais d’une manière générale trop peu de variété lasse et on a quand même vite l’impression d’écouter une suite de variations sur le même morceau. Un morceau puissant et convaincant, certes, mais bon, un peu toujours le même.

Il y avait débat pour savoir si la voix de la chanteuse ressemblait plus à celle de Kate Nash ou de Florence Welsh. On va trancher en disant que le timbre évoque plus la première mais que musicalement, on est moins éloigné de la seconde pour la volonté d’en mettre plein les oreilles. La voix masculine quant à elle évoque plutôt The XX. Certains sons de guitare sur Humans y ramènent aussi mais ils ne peuvent pas s’empêcher de recourir à un gros coup de kick, histoire de tuer une bonne fois pour toutes toute possibilité d’intimité. On est donc d’autant plus admiratifs du trio anglais qui arrive à rester touchant parce que modeste et juste.

Plaisant de bout en bout, puissant presque toujours, émouvant quasiment jamais, Of Monsters and Men se présente comme un grand nom en devenir, un tête d’affiche de festival sous peu. Ou de ceux qui en font l’unanimité en début de soirée (et tu danses danses danses…). On continuera donc à les suivre de loin sans faire des loopings à l’annonce de leurs sorties. Trop concentrés sur une formule qu’ils estiment bonne, ils ne laissent plus de place à autre chose, rendant l’écoute intégrale bien uniforme et complètement étanche à l’émotion.

http://www.ofmonstersandmen.com/

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Modus Pitch - Polyism

    Quand on découvre un artiste, il est bon d’avoir quelques références. Ici, des collaborations avec Get Well Soon ou Modeselektor, une participation au formidable projet White Wine de Joe Haege et surtout la présence de P.A Hülsenbeck (remarquable artiste en solo ou avec Jüngstotter) viennent à la fois rassurer et attiser l’attente.
    Avec un pied définitivement dans le jazz (cinématique Drive) et l’autre qui sautille entre classique et une forme de pop avancée, l’univers de Friedrich Brückner semble (...)

  • Bazooka - Κάπου Αλλού (Kapou Allou)

    Non, la source d’artistes grecs ne s’est pas tarie, elle a même l’air de reprendre. On l’avoue, l’envie de s’enquiller un album en Grec n’est pas la proposition la plus sexy sur le papier. Si vous avez ce genre de réticence, sachez que vous pouvez l’oublier, elle disparaitra sans doute après quelques secondes.
    Bazooka pratique donc sa langue, mais pour être complètement honnêtes, c’est carrément secondaire. On ne se lance jamais dans l’exégèse d’artistes anglophones de toute façon. Ce qu’on entend (...)

  • Equipe de Foot - Géranium

    Quinze ans après Myspace, la tradition du nom de groupe étrange survit. Mais ce n’est pas le seul anachronisme ici. Le style pratiqué nous renvoie en effet plein d’années en arrière, au temps des nineties. Mais si beaucoup des formations qui font revivre ce temps-là penchent du côté alternatif de la force (The Poison Arrows, Beingmoved, Daydream Three), le duo bordelais privilégie une musique plus pop avec de grosses guitares.
    Et à titre personnel, c’est là que ça coince parce que ce n’est pas ce que (...)

  • Kitch – New Strife Lands

    Kitch n’est pas kitsch. Une lettre qui change beaucoup parce que le dégoulinant n’est vraiment pas à l’ordre du jour chez le quatuor de Villeurbane. Ils privilégient en tous cas les morceaux courts. Ce qui rend le tout à la fois assez digeste mais aussi déroutant parce que les styles s’enchainent sans pitié.
    Etambot pourrait être un morceau des Liars, un peu mystérieux. La formation peut servir de point de référence pour sa versatilité. On retrouve cette tendance sur des morceaux comme Charismatik qui (...)

  • Pollyanna - Man Time (EP)

    Elle est bien vivante, la scène folk française et on en veut pour preuve cette découverte de la Lilloise Isabelle Casier sous le nom de Pollyanna. C’est d’autant plus réussi que l’origine hexagonale est indétectable. Et comme souvent, on déborde du cadre du folk traditionnel et c’est bienvenu.
    On remarque tout de suite cette voix claire qui suit tous les traitements musicaux. Parce que de folk, il n’en est pas directement question. Par exemple, Diamond Rings sort clairement des clous du camp de base (...)

  • Will Sheff - Nothing Special

    On peut toujours se demander ce qui pousse des artistes a priori seuls maitres à bord de leur formation à vouloir se lancer dans l’exercice solo. On sait depuis toujours qu’Okkervil River, c’est Will Sheff et les musiciens avec qui il a envie de travailler. Lui qui avait annoncé Okkervil River R.I.P. sur l’album Away (qui du reste n’est pas le dernier) semble maintenant faire de cette déclaration une réalité.
    Envie de se frotter à des sujets plus personnels, envie de nouveauté en accord avec une (...)

  • June Road - Landscapes (EP)

    Moins hégémonique que dans un passé récent, la formule du duo mixte a toujours ses adeptes dans le genre folk-pop. Dans le cas qui nous occupe, le pédigrée des deux intervenants apportait aussi de belles garanties. Elle, Maia Frankowski est Belge et violoniste à l’Orchestre du Théâtre Royal de la Monnaie, lui, Harry Pane est Anglais, compositeur, et rencontre un certain succès sur la scène folk britannique (dixit le dossier de presse qu’on croit).
    On pense peut-être parfois à Cocoon mais ils ne (...)

  • Ottus – Ghost Travellers

    l faut toujours laisser le temps aux albums de révéler tous leurs secrets, parce que la profondeur n’est pas toujours tangible en première écoute. Sur le premier opus du groupe liégeois Ottus, c’est le côté folk-pop et les harmonies vocales qui plaisent le plus vite et le plus facilement. Certes Run Away propose déjà une belle ampleur mais cette façon peut aussi se décliner en mode plus léger, voire évanescent (The Old Skills) ou se rehausser de chœurs enfantins (Living Stone).
    Mais ils élargissent leur (...)