Accueil > Critiques > 2015

Youth Lagoon - Savage Hills Ballroom

lundi 2 novembre 2015


Youth Lagoon, c’est en fait Trevor Powers, artiste qui a sorti il y a quatre ans déjà un album très attachant, très en phase avec son époque qui a vu l’éclosion de talents plutà´t solitaires qui sont souvent sortis de leur coquille depuis comme Mike Hadreas (Perfume Genius), Low Roar et Porcelain Raft. Le plus beau de l’histoire, c’est qu’aucun ne s’est fourvoyé depuis tout en prenant des chemins différents des autres.

La pop indie, ça ne doit être qu’excitant, une musique accessible et libérée d’un son trop propre destiné aux radios aussi frileuses que le public mainstream. Non, ce n’est pas demain qu’on entendra Youth Lagoon en faisant ses courses et si je le déplore, je dois me contenter de le constater. Pourtant, son troisième album a beaucoup pour plaire, à commencer par une belle propension à l’ampleur qui se manifeste aussi sur scène.

Après le début un peu souffreteux, il là¢che les chevaux par une rythmique bien appuyée et même un peu de distorsion. Officer Telephone est un morceau solide qui le resitue d’emblée dans les parages de Menomena. L’étrange idée qui est venue après quelques écoutes, c’est qu’il chante un peu comme Sarah Assbring d’El Perro Del Mar, ce qui est un rapprochement un peu étrange mais garant d’une mélancolie certaine (Rotten Human) qu’il a souvent le bon goà »t de relever de coups de chaleur (Again). Et pour prouver que sa palette est large, il peut casser la routine à coups d’instrumentaux (Doll’s Estate) qui ne peuvent même se révéler bien beaux (X-Ray).

S’il n’utilise plus des pelles d’effets pour planquer la voix, il ne s’est pas transformé en candidat à The Voice pour autant. On peut en tous cas interpréter ça comme une marque de confiance en soi. Cette voix est presque systématiquement en avant en début de morceau avant que ça ne s’emballe. Ce quasi systématisme n’est pas dérangeant puisque l’équilibre est là . Et il permet de grands morceaux pop comme Highway Patrol Stun Gun sur lequel il reprend tous les éléments de chamber pop (piano aux commandes, violoncelle...) pour en faire un morceau au charme indéniable et plus accrocheur que ce que font ses coreligionnaires en moyenne.

Voilà , encore une éclosion en bonne et due forme. On avait déjà perçu ça chez d’autres de sa génération et on est contents de voir que Trevor Powers peut lui aussi passer la vitesse supérieure pour livrer ce qu’il est tellement difficile à réussir, à savoir un album de pop indépendante qui tienne la longueur.


Répondre à cet article

  • Xiu Xiu - Xiu Mutha Fuckin Xiu vol.1

    Une personnalité aussi forte que celle de Xiu Xiu est un appel à la reprise. On connaissait leurs reprises depuis longtemps, c’est peut-être via leur cover de Don’t Cha qu’on s’était frottés une des premières fois à leur univers. Les morceaux présentés ici sont une compilation de ceux qui sont proposés mensuellement à leurs souscripteurs Bandcamp.
    Le trio s’approprie forcément ces morceaux (…)

  • HEALTH - CONFLICT DLC

    Il est des artistes qu’on aime précisément pour leur radicalité. S’ils ont su arrondir les angles parfois, on dénote chez A Place To Bury Strangers, Xiu Xiu ou HEALTH une propension à en faire trop parce que c’est comme ça qu’on ouvre des voies, qu’on évite la tiédeur.
    Ce qu’on a dit du précédent RAT WARS s’applique bien toujours ici. Les sons de guitare peuvent être rà¢peux, c’est toujours (…)

  • Midlake - A Bridge Too Far

    Ce n’est pas un phénomène nouveau, la perception d’un album est très liée à l’attente. On ne va pas affirmer qu’elle n’était pas élevée à l’annonce d’un nouvel album de Midlake, surtout qu’ils n’ont jamais été qu’impeccables mais près de 18 ans ont passé depuis The Courage of Others. Qui reste peut-être leur sommet et ce genre d’émotions-là n’ont plus été atteintes à l’identique.
    Mais (…)

  • The Antlers - Blight

    S’il est une constante dans la discographie du désormais duo The Antlers, c’est la douceur. C’est elle qui leur a toujours permis de se singulariser, de rendre tellement attachants des albums qui comportaient moins d’adrénaline.
    Mais ce qui faisait le sel de la formation, c’est leur capacité à provoquer l’émotion par une tension, une intensité supérieure. Ici, Carnage reprend les mêmes (…)