Accueil > Musique > 2015 > Deerhunter - Fading Frontier

Deerhunter - Fading Frontier

vendredi 27 novembre 2015, par Marc


Un des artistes les plus déroutants et complets de ces dernières années, Bradford Cox, nous a bien habitués à nous semer en route pour mieux nous séduire. Deerhunter, c’est son œuvre, Atlas Sounds aussi, et on a pris l’habitude de suivre ses sorties pour sentir ce que l’époque avait à nous offrir. C’est dans une certaine froideur métronomique mâtinée de lumière qu’on l’avait découvertet il y a eu bien des soubresauts jusqu’à ce Monomaniaqui sentait un peu l’huile de moteur, parce qu’il avait envie de ça à l’époque. Deux ans et un grave accident de voiture plus tard, voici un cinquième album pour le moins clivant.

Parce pour une fois, Cox n’a pas réussi à emballer tous ceux qui suivent cet artiste à large spectre. Et il faut dire que j’ai longtemps oscillé entre déception et admiration pour finalement décider de ne pas choisir (ce que du reste personne ne me demande). Il était déjà manifeste depuis Monomania qu’il fallait suivre tous les albums de Cox pour ne pas décrocher trop violemment. Le mur du son des concerts a en tous cas volé en éclats sous les coups de boutoirs d’oreillers. Parce qu’il a décidé de casser le son en douceur.

Alors qu’on avait déjà eu de sa part des albums ambivalents, alternant deux envies, coupant la tension palpables par des instrumentaux abstraits, il ne se départit ici presque jamais de son parti-pris ouateux et aquatique. Si le premier morceau présente quelques poussées, si Living My Life présente un groove cotonneux en son milieu, cette manière éthérée peut générer le sourire (Ad Astra) ou de l’ennui en bonne et due forme (Leather and Wood). Finalement, le morceau le plus convaincant reste Snakeskin et son groove étrange qui prend un relief particulier dans le contexte de ce court album.

Alors, estompement de la frontière comme le veut le titre de cet album pas si déroutant que ça ? Toujours impressionnant dans le traitement du son, il présente titres qu’on sauvera pour montrer la diversité de Deerhunter. La grosse différence avec les albums précédents, c’est que l’attention peut chuter dramatiquement lors des écoutes. Mais bon, si ce n’est pas un album marquant en soi, on peut le considérer comme une étape moins passionnante d’une discographie qui se pose quand même comme une des plus intéressantes de notre époque.

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Perfume Genius – Ugly Season

    Les carrières musicales les plus passionnantes sont rarement linéaires. Mais elles ont toutes tendance à suivre la même direction : vers le haut. Depuis ses débuts, on n’a en tous cas à déplorer aucune baisse chez Mike Hadreas. Et ce n’est pas cette nouvelle évolution qui va inverser la tendance.
    Les musiques qui constituent cet album ont été à l’origine composées pour la pièce dansée The Sun Still Burns Here du studio Kate Wallich. Ce travail commissionné par le Seattle Theatre Group a connu des (...)

  • Andrew Bird – Inside Problems

    On avait laissé le grand Andrew Bird sur l’ironiquement nommé My Finest Work Yet qui se montrait finalement à la hauteur de ses prétentions. Tel un artisan, il polit son art album après album, et le temps semble son allié. Pas de dérapage en vue donc sur son onzième album studio solo.
    Surtout qu’il l’a enregistré avec quatre musiciens habituels et c’est peu dire qu’ils sont à leur affaire. Underlands est un morceau d’emblée attachant, avec ce groove blanc qu’il maitrise tellement. On entend surtout ici (...)

  • Shearwater - The Great Awakening

    En général, quand plusieurs années passent entre deux albums, on se demande à quoi les artistes ont consacré leur temps, tout simplement parce que leur emploi du temps nous est inconnu. Nécessité faisant loi, Jonathan Meiburg s’est lancé sur Patreon, ce qui a pour effet secondaire de nous connecter avec son actualité. En plus de donner accès à des reprises minimalistes qui, filmées et enregistrées au téléphone, touchent souvent au sublime.
    Si plus de six années se sont déroulées depuis le dernier album (...)

  • Midlake - For The Sake of the Bethel Woods

    Vous faisiez quoi il y a 9 ans, vous en étiez où ? C’est une question oratoire (même si une réponse dans les commentaires est possible). Forcément, si la plupart des membres de Midlake présents sur Antiphon sont encore là, les choses ont changé, nous aussi, eux aussi. Et ils ne sont pas restés inactifs, on se souvient avoir croisé Eric Pulido seul en tant qu’E.B. The Younger ou avec toute la bande et plein d’invités sur le très chouette projet BNQT.
    Bethel Woods, c’est l’endroit où a eu lieu le festival (...)