Accueil > Critiques > 2005

Depeche Mode : Playing The Angel

mercredi 16 août 2006, par marc


On a tous une histoire avec Depeche mode. Toute une génération a pu suivre son évolution, partant de niaiseries sans nom (non, je ne cafterai pas) à la reconnaissance planétaire grâce à l’acquisition d’une maîtrise de la musique électronique passant parfois par des chemins de traverse (les mésestimés A broken Frame et Construction time again). Je dois avouer que je connais chacun de leurs albums et que beaucoup figureraient sur mes playlists à emmener sur une île déserte.

Donc carrière immense tout ça, respect tout ça, icônes tout ça. Et on sent, depuis l’annonce de la sortie de cet album, une volonté collective de s’embraser de la part des fans.

Ils ont atteint une telle notoriété qu’ils remplissent les salles de concert quoiqu’ils produisent. Les révélations de leur tournée marchaient bien avant même la sortie de l’album. Il faut quand même avouer qu’il y a une part énorme de nostalgie dans le succès. Ils font partie de ce bizarre réveil d’hibernatus collectif (Simple minds, U2, Duran Duran et Echo and the Bunnymen, laissons The Cure tranquille) peut-être poussé par un retour au premier plan de groupes pompant sans vergogne le patrimoine de la première partie des années ’80.

Depeche mode ne nous fera plus bouger avec aucun de ses titres. C’est le postulat de base, on est donc condamner à se cogner Just can’t get enough jusqu’à la fin des temps, j’en ai bien peur. J’aimerais pouvoir dire que c’est de la musique idéale pour se relaxer après une journée de boulot mais j’abhorre cette expression qui est selon moi en contradiction avec l’idée que j’aime à me faire de la musique.

J’aime pas les choeurs en général. Quand c’est Martin Gore qui prend le relais des choeurs féminins par contre ça fait toujours son petit effet (Suffer Well).

Comment évoluer tout en restant reconnaissable pour les fans et en séduire de nouveaux ? Pour les deux premiers, c’est désormais mission accomplie. Pour la conquête de parts de marché, je doute que certains sceptiques tombent foudroyés à l’écoute de cet album. Pour les conquis, ils peuvent jouer à "Mais dans lequel de leurs albums ai-je déjà entendu ça ?". Je vais vous l’épargner.

Et si, pour un amateur mais pas fan absolu comme moi, il se dégageait juste un ennui poli, un son parfait pour enrober ce qui ne m’intéresse plus ? Je vieillis. Oui, sans doute. Mais comment expliquer que l’album des Subways, Vitalic ou autres Bloc party se sont plus usés sur ma platine que celui-ci. C’est qu’il y a toujours des éléments intéressants dans chaque morceau, mais immanquablement de l’anodin aussi. Les sons plus distordus sont chaque fois modérés (The sinner in me).
Il y a de bons moments même (Nothing’s impossible) quand son impeccable s’allie avec bonne composition. Mais encore une fois, j’attends plus d’un groupe avec lequel on a eu il y a quinze ans que pop n’était pas un gros mot et que les synthés n’étaient pas une marque de paresse mais de recherche.

Les titres plus lents sont carrément anecdotiques (The sinner in me). Peut-être existe-il des gens qui ont été tout retournés par Macrovision. Je ne demande qu’à les rencontrer, il faut se confronter à l’inconnu. Car si Depeche mode creuse son sillon on ne peut plus profond, il reste toujours dans le même champ. Et perd en efficacité ce qu’il gagne en complexité.

Le son est impeccable, l’écriture est revenue, un peu d’énergie aussi. De plus, Dave Gahan a rarement chanté aussi bien (John the revelator). Par contre, monsieur Gore, il faut arrêter. C’est moins gnangnan que l’innénarrable Somebody, sans doute pas chanté non plus avec un canotier sur la permanente, mais bon, il y a un excellent chanteur dans le groupe et il faut le laisser faire. De plus, quand ils se répartissent la tâche comme sur Surfer well c’est tout de suite mieux.

Alors, pourquoi est-ce que je ne l’écoute que rarement par rapport à d’autres albums bien moins bien faits ? Parce que je m’emmerde un tantinet, voilà tout... Depeche mode est en grande forme et vient de livrer un album fort abouti. Sans aucun doute le meilleur depuis Violator qui clôturait leurs quatre meilleures années (depuis Black celebration). Et moi, je retourne me coucher. (M.)

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • Kate Nash – 9 Sad Symphonies

    Nous sommes en 2013. Après un premier album acclamé emmené par le tube Foundations, la star de Myspace a confirmé avec My Best Friend Is You la plupart des espoirs placés en elle et la voici en position de définitivement asseoir son statut avec un troisième album traditionnellement piégeux. Mais elle va relever le défi.
    Sauf que vous savez que ça ne ça ne s’est pas passé comme ça. Larguée par son (...)

  • The Smile - Wall of Eyes

    Même en 2042 et après avoir sorti 13 albums réussis, The Smile restera ’le groupe des deux types de Radiohead’. C’est comme ça, le groupe d’Oxford est trop ancré dans la culture pop pour passer au second plan de quoi que ce soit. Mais cette encombrante et inévitable figure tutélaire ne doit pas oblitérer les qualités indéniables de The Smile. Les deux protagonistes, flanqués du batteur Tom Skinner au (...)

  • PJ Harvey – I Inside The Old Year Dying

    C’est un phénomène que j’ai du mal à m’expliquer. Il m’est difficile voire impossible de me plonger dans des œuvres récentes d’artistes que j’ai beaucoup aimés il y a longtemps. Si dans certains cas c’est la qualité de leurs albums qui est l’explication la plus facile (Muse, The Killers, Foals...), c’est plus mystérieux en ce qui concerne Radiohead, Nick Cave ou PJ Harvey.
    Il faut dire aussi qu’elle a pris (...)

  • Ralfe Band - Achilles Was A Hound Dog

    Outre un flair hors-normes pour dégotter des talents très actuels (Nadine Khouri, Raoul Vignal, Emily Jane White...), Talitres a aussi le chic de remettre en selle des formations culte. A l’instar de Flotation Toy Warning ou The Apartments, Ralfe Band était passé sous nos radars et c’est le label bordelais qui nous le signale.
    Et il fait bien. Si les albums précédents du groupe d’Oly Ralfe datent (...)

  • Lescop - Rêve Parti

    Il y a des noms qui sont liés à une époque, qu’on oublie forcément un peu avant de les voir ressurgir de nulle part. Lescop fait partie de ceux-là, vous l’avez definé, petit.e.s futé.e.s que vous êtes. Les années ’80 sont une esthétique qui n’a plus déserté le paysage musical depuis plus de 20 ans. Mais si ce troisième album reste dans ce (micro)sillon, il le fait avec tant d’allant qu’on ne peut que céder. (...)

  • LSSNS - Transit

    I know it when I see It
    Cette phrase d’un juge de la cour suprême américaine quand on lui demandait ce qu’était la pornographie peut aussi s’appliquer à certains styles musicaux, aussi faciles à identifier que compliqués à décrire. Les années ’80, ce n’est pas qu’une lointaine décennie, c’est un parfum qu’on reconnait tout de suite chez ce trio finno-allemand.
    Et il convient bien à cette pop au synthé bien (...)

  • The Ultimate Dreamers - Echoing Reverie

    Le vintage années ’80 est un style qui se pratique depuis des dizaines d’années. S’il peut évidemment être pratiqué par des novices, on ne se lasse pas non plus de ceux qui ont vécu les évènements en direct. Outre les légendes Wire, il y en a d’autres qui ressurgissent du passé. Actif au milieu des années ’80, le quatuor belge est revenu aux affaires à la faveur du confinement qui les avait vus dépoussiérer (...)

  • AstraSonic - Society

    Les influences, on peut les aborder frontalement ou par la bande. Dans le cas du second album du groupe belge, si les marqueurs post-punk ou cold sont bien là, ils sont déjà très processés. On vous a déjà parlé de groupes comme Ultra Sunn (et on vous reparlera de The Ultimate Dreamers) plus frontalement cold wave ou gothique, on est plutôt ici dans un pop-rock mélancolique qui lorgne du côté d’un (...)