jeudi 8 mars 2018, par

A priori, on a un peu peur d’un peu d’ambition. Quand on nous cite d’emblée Tarkovski et Bioy Casares, le risque de pose littéraire est bien là. Mais d’emblée ce risque est éludé parce qu’on se rend compte que le propos est aussi digeste de la forme. Certes, on a un ton parisien un peu lassé et des métaphores mais au fil des écoutes, c’est surtout un humour à froid qui transparaît et permet de les multiplier, ces écoutes.
Il faut l’avouer, on ne connaissait pas encore ce projet sous lequel se cache le Français Stéphane Milochevitch. Intrigués, on est allés écouter quelques titres d’un premier album entièrement en anglais. Le résultat est au final moins marquant parce que l’originalité du propos est moins patente. Cela dit, il y avait déjà bien des qualités et si à l’époque on pouvait le confronter à, disons, Of Montreal, les références ont forcément changé et le mélange apparaît comme plus original. Et si ce passage par une pop à la fois lisse et débridée et en anglais avait été l’écolage idéal ?
Vestige de l’influence anglo-saxonne, la voix est plus en retrait que chez ses coreligionnaires francophones et c’est une bonne idée pour assure cette poésie à la fois abstraite et très réelle. Alors oui, on pourra aussi trouver quelques traits familiers mais ils sont cités ici pour vous aider à décider si vous allez accrocher le wagon (m’est avis que oui…). Le ton peut en effet se faire proche de Bashung (La Relève), d’un Biolay plus rude ou encore du recul de Mendelson. On le voit, ce n’est pas exactement la gaudriole mais le spleen prend ici une forme narquoise bien plaisante.
S’il y a quelques thèmes récurrents et des paroles qui se répondent d’une chanson à l’autre (ces allusions au mystérieux Tunnel Végétal), on est aussi amusés par quelques fulgurances (Je jure sur la tête de Robert Ménard, La relève c’est tous des cons…), des références hétéroclites qui vont d’expériences sans doute personnelles à des allusions à Cassius Clay. Et on ne sait toujours pas ce qu’il y a dans le coffre de la Xantia…
La voix féminine qui tient en fait les avant-postes et ajoute de la musicalité à La Vie De Mes Sœurs dont la fin sourd d’une mélancolie assez prenante. D’une manière générale, il ne joue pas d’artifices flashy mais établit très vite une connivence avec l’auditeur. Il falloir aller le chercher un peu, certes, et c’est un album qui s’écoute comme un tout même s’il est possible d’isoler quelques plages. On s’enflamme donc en priorité pour l’entrain de Le Nombre De La Bête dont la mélancolie se prête bien à ce refrain bondissant. C’est une des plus patentes réussites de cet album, tout comme la belle transe légère de Long Song For Zelda (on imagine que c’est plus le prénom de la femme d’Henry Scott Fitzgerald que l’héroïne du jeu vidéo mais en fait on n’en sait rien et c’est très bien comme ça).
Et si on pense avoir compris le procédé, la fin d’un morceau qu’on n’a pas vu venir peut se densifier (La Nuit Des Plus Beaux Jours). On en est parfaitement conscients, il s’en est fallu de peu pour qu’on ne cède pas à Thousand. Pourtant, tout de suite le charme a opéré et cette part de subjectivité a marché en plein. Le ton lassé trouve la juste distance et cette musique légère et englobante à la fois ne semble pas qu’un habillage. Ovni dans une certaine mesure mais pas obscur pour un sou, Thousand intrigue puis séduit. Si les chemins de traverse de la chanson française vous intéressent, voici une belle proposition.
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