vendredi 26 octobre 2018, par

Les hirondelles reviennent au printemps et Jean-Louis Murat nous revient aussi souvent, c’est une loi de la nature qui ne semble pas souffrir du réchauffement climatique. On l’avait laissé sur un Travaux sur la N89 qui ne nous avait pas plus enflammés que ça. Mais on savait aussi qu’il ne faudrait pas attendre longtemps pour qu’on retrouve le fil d’une discographie touffue qu’on a pris un malin plaisir à disséquer (quatorze albums quand même sur ce site). La liberté étant le maitre-mot de Jean-Louis de toute façon.
Le son se place donc dans le prolongement de son prédécesseur mais sans les audaces qui le plombaient. Le traitement des voix est ainsi plus clair. On n’assiste pas au retour d’une forme plus organique. Pas pour le moment du moins. Il a cependant suffi d’un infime changement de ton pour qu’on raccroche, pour qu’on retrouve tout le suc des morceaux, pour que le spleen pluvieux revienne au galop. Les références externes étant de peu de valeur dans son cas, on ne peut parler que du reste de sa discographie. Il y a déjà eu un chef-d’œuvre dans ce genre qui était Dolorès et c’est dans cette catégorie qu’on classera Il Francese, en moins brillant sans doute mais seul l’avenir nous dira si on l’écoutera autant que son prédécesseur.
Des paroles d’emblée plus en prise avec la vraie vie, d’une façon toujours un peu distanciée. Ce n’est pas la première fois évidemment, entre Les Gonzesses et Les Pédés et Vendre les Prés. Achtung baby est peut-être une allusion à U2 mais rien n’est moins sûr. Evidemment, son écriture touffue renferme quelques auto-références. Le Cinevox avait déjà été cité dans son magnifique Au Mont Sans-Souci. C’est aussi un des plaisirs de cette relation à long terme.
L’accent anglais est toujours délicieusement à côté (Sweet Lorraine, Kids) et prête plutôt à sourire. Toujours là aussi sont ses surgissements (Hold-up, hold-up/Expert en rutabaga) livrés avec son incomparable aplomb. Gazoline n’est donc pas un candidat à l’analyse poussée mais il reste sans doute l’auteur pour lequel on a abandonné avec le plus de facilité.
On note avec plaisir le retour de Morgane Imbeaud (Cocoon) sur un morceau qui se veut sans doute un lointain rejeton du Bonnie and Clyde de Gainsbourg. Le son est plus rond, plus franc et c’est assez logiquement qu’il a été choisi comme single éclaireur. Il n’y a guère que Benjamin Biolay pour pouvoir rivaliser sur ce terrain-là en France. Je Me Souviens revient à certains de ses fondamentaux. Une très belle voix en avant, des atours synthétiques et simples comme ceux qui sont devenus classiques sur Dolorès (Aimer, ce genre). De quoi en faire un de ses meilleurs morceaux, tout simplement. Épinglons aussi les délicieuses décharges d’accords mineurs sur La Treizième Porte ou Silvana
Les transitions peuvent aussi être douces chez Jean-Louis Murat. Plus que jamais mené par ses envies, il arrive toujours à donner une coloration propre à chacun de ses nombreux albums. Celui-ci se place dans la filiation sonore de son précédent tout en en évitant les tics expérimentaux. On salue donc le retour d’un talent bien singulier de la chanson française avec un album solide qui souligne 2018 comme un très bon cru pour lui.
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