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Kùzylarsen - Le Long De Ta Douceur

mercredi 14 novembre 2018, par Marc


Oui, l’angoisse de la page blanche existe aussi pour le critique. Elle survient majoritairement pour des albums qui plaisent sans qu’une explication claire ne vienne corroborer l’agréable sensation. Alors, on écoute, encore et encore, et puis on se lance, malgré tout.

On peut parler de faits, aussi, glaner çà et là quelques éléments biographiques. Mathieu Kùzylarsen a donc parcouru le monde, trimballant son sac à dos en Tunisie, Jordanie, Liban ou Turquie. Les voyages forment la jeunesse et augmentent le bagage musical. Le résultat le plus patent est l’utilisation d’un oud électrique, instrument peu courant dans une chanson française certes amatrice de métissages mais souvent frileuse musicalement. Mais le ton n’est que très occasionnellement oriental, Personne Ne Chante Ici étant le seul faisant usage d’un violon méditerranéen.

L’idée de base c’est une chose, un album en est une autre, et si on a dit la difficulté de commenter le résultat, on peut indéniablement dire qu’on a aimé ça. Pour qu’une idée prenne forme, il fallait d‘abord des textes forts. Et ils sont là, avec ce qu’il faut d’aplomb pour les asséner. Trop narquois et on n’y croit pas, trop sentencieux et on se braque. Il trouve donc un ton approprié. Et si on ne comprend pas tous les détails, la fougue nous emporte avec elle. On le suit donc sans conditions sur L’Amour et la Guerre (traduit d’un texte d’Abu Nawas). Je Me Suis Vidée parle du point de vue d’une bouteille. Il m’a fallu pas mal d’écoutes pour m’en rendre compte mais une fois compris, la chanson prend une tout autre dimension et c’est carrément poignant.

L’aplomb est nécessaire aussi pour assumer la simplicité de la forme, laquelle réclame rigueur et intensité pour ne pas qu’on ait l’impression d’entendre des maquettes. Il ne lui faut pas grand’chose pour habiller un morceau et il peut même se lancer dans un a-capella (Belles de Nuit). Slam  ? Pas vraiment mais cette relative simplicité pourra rebuter les amateurs de variété française, lesquels ne doivent pas lire ce genre d’articles trop souvent j’imagine. La plage titulaire propose un duo guitare-basse qui se charge seul des passages instrumentaux. On pense aux premiers Gainsbourg pour la confiance en ses moyens et on se dit que la complémentarité vocale et instrumentale avec sa comparse Alice Vande Voorde marche en plein.

Cette critique en creux qui définit surtout ce que cet album n’est pas doit au moins vous convaincre d’une chose, c’est que si la chanson française de haut vol et un faussement simple dans la forme vous attire ou vous intrigue, ou si vous voulez ajouter un nom à la liste pas si longue des essentiels francophones, Le Long De Ta Douceur est une des découvertes de l’année.

    Article Ecrit par Marc

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