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Pukkelpop 2006 - Récit

mardi 29 août 2006, par Fred, Marc


Si la musique est une expérience essentiellement auditive, il faut de temps en temps vérifier par la vue si ce qu’on écrit à longueur d’année se vérifie dans des concerts. Le Pukkelpop est à ce titre le meilleur festival belge pour voir en vrai ce qui passe dans nos oreilles. Cette année encore l’affiche était somptueuse donc on est retourné en Campine pour un marathon musical. C’est donc parti pour le troisième récit après ceux de 2004 et 2005. Encore une fois, on essaiera de polluer le moins possible les impressions par des considérations biographiques ou privées.

Premier jour - jeudi 17 août

Un départ matinal n’a pas suffi à réussir un rendez-vous avec My Latest Novel. Si la première fois je plaide non coupable (ils n’étaient pas venus aux nuits Botanique), cette fois-ci, la brièveté du set (35 minutes) et l’heure (12h15) ne nous ont pas permis de vérifier le bien qu’on pensait de leur premier album.

C’est donc Skeemz qui sera notre premier concert. Dans un chapiteau Wablief ? consacré essentiellement à la programmation des jeunes pousses du nord du pays, le hip-hop pleinement instrumenté (basse-batterie-guitare-DJ et choeurs) des Gantois est une bonne surprise. Mention spéciale à la batteuse et à ses breaks créatifs. On s’éclipse après avoir revu l’ancienne chanteuse de Technotronic, qui passait apporter son aide à la voix.

Un détour curieux par le Dance-hall et nous rencontrons Tortured Souls qui comme son nom ne l’indique pas est une groupe de dance/house. Mais ici il n’est pas question de programmation mais de house faite à la main avec un batteur/chanteur grimaçant (vu le rythme on peut comprendre), d’un bassiste et d’un pianiste, point. Et effectivement, cela sonne bien comme de la dance/house avec des paroles en carton pâte. A retenir uniquement pour la sueur et le défi relevé !

On aura encore souvent l’occasion de se plaindre de l’acoustique parfois cataclysmique de la scène du Marquee. Avec un groupe aussi subtil et varié que les Guillemots, c’est plus que dommage. Le single Trains To Brasil tombe alors que nous sommes juste derrière le chapiteau. Ce qui est dommage pour la vue (on est quand même loin) se révèle profitable pour le son. On rattrapera la troisième et dernière mouture d’un premier album.

Une des intérêts du Pukkelpop est de présenter une affiche aussi alléchante pour les amateurs de rock que d’electro. Est-il un peu tôt pour Boys Noize ? Non, la sauce prend tout de suite, le gros son séduit d’emblée. Ce n’était qu’un état des lieux, un tour du site pour vérifier les changements de nomenclature et de localisation des endroits de concerts.

Munis de renforts humains, nous allons revoir Jose Gonzales. Le minimalisme de ce Suédois d’adoption fait toujours mouche. Armé de sa seule guitare classique à l’accordage particulier, il ne peut que séduire. Une confirmation après le tout bon album Veneer et sa prestation des Nuits Botanique.

Un changement de programme nous permet de passer quelques temps sur la Main Stage (la plus imposante en taille mais la plus indigente souvent en termes de programmation avant les têtes d’affiche) pour vérifier tout le chemin parcouru par The Infadels. En effet, l’an passé c’est très tôt sur la scène du Club alors qu’il faisait humide et glacé que nous les avions découverts alors que leur album n’était pas encore sorti. Cette année, soleil, grande scène et album souvent écouté ont changé la donne. La surprise n’est plus là mais la prestation est à la hauteur du lieu et de l’évènement. S’il est dérangeant de voir un groupe sans savoir ce qui provient des instruments ou d’un séquenceur, le punch de Can’t Get Enough ou Jagger ’67 est indéniable.

Au commencement de ce site, je dois à The Veils mon premier coup de coeur véritable avec leur impeccable premier opus The Runaway Found. Le second va sortir bientôt, je vous tiens au courant sans faute. C’est donc ce dernier qui constitue le gros du répertoire de cette soirée commençante. L’émotion est plus souvent générée par ce qu’on connaît et la découverte de chansons en conditions de festival n’est pas idéale. La première impression est que l’ange tutélaire n’est clairement plus Jeff Buckley mais Nick Cave. Reste que l’intensité est présente, que des morceaux comme Lavinia (malheureusement inexplicablement tronquée) restent fort bons et que l’interprétation de Finn Andrews est toujours impressionnante (je dois quand même avouer que mon regard se portait plus souvent sur la bassiste). A revoir dans une salle faite pour eux de toute façon et vivement ce nouvel album.

Les deux scènes à vocation plus électronique proposent beaucoup de DJ sets et quelques concerts. Mais l’acception de ce terme pour les musiques électroniques est plutôt vague, amenant de bonnes surprises comme des déceptions. C’est dans cette catégorie qu’on rangera la prestation de The Knife. S’il est légitime de vouloir laisser planer une aura de mystère, il l’est moins de se retrancher derrière un prétexte esthétique pour justifier une prestation aussi statique. Les masques, le rideau devant (!) la scène, ça ne donne rien d’excitant à ce qui ressemble alors à un Karaoké juste rehaussé du jeu de baguettes du frère qu’on n’a pas pu associer à un son particulier. Décevante aussi la musique. Si Silent Shout garde toute sa saveur, on aurait apprécié une version plus pêchue, ne serait-ce que pour contenter un public qui ne demandait qu’un soupçon d’amorce de velléité d’étincelle pour s’enflammer. Ce n’est pas la version ramollie du Heartbeat dont on a entendu la version acoustique une demi-heure avant qui arrangera les choses.

Zero Seven est un des jouets de Nigel Goodrich, lequel a à son palmarès fourni la production des derniers Radiohead (de la référence de course). La présence de José Gonzalés (héros de l’après-midi) rehausse encore un peu l’intérêt de cette pop atmosphérique et subtile. Si les passages instrumentaux sont convaincants, on se laisse moins séduire par la chanteuse et on repart vers de nouvelles aventures.

Armé de notre récente expérience, c’est de l’arrière du chapiteau qu’on assiste à la prestation de My Morning Jacket. Si l’album possédait une personnalité propre typique cependant du landerneau indé américain, le rendu sur scène, comprenant des morceaux d’albums antérieurs à Z, donc qui nous étaient inconnus est excellent. L’influence de groupes plus classiques comme les Eagles est clairement assumée. On sent l’expérience dans la netteté du son, l’impeccable light show et l’énergie maîtrisée qui s’en dégage.

Quand on lit le nom de Beck sur l’affiche d’un festival, on sait que le seul risque non couru est celui de l’ennui. De fait, ce sont des marionnettes qui déboulent sur les écrans géants en même temps que le groupe qui démarre fort avec un Looser qui brise d’emblée la glace. Ce gimmick de filmer en parallèle un vrai groupe et son succédané animé fonctionne. De même quand les musiciens instrumentent un morceau plus purement folk aux ustensiles de cuisine, attablés qu’ils sont en ce moment. On rigole le temps d’une animation tournée l’après-midi même sur le site et mettant en scène le groupe miniature, le temps pour les ’vrais’ de se grimer en ours pour la fin du set. Le répertoire de Beck est cohérent, moins délirant qu’à ses débuts, mais suffisant pour créer avec les animations un tout bon moment du festival. Le Californien est décidément un entertainer.

Une fois n’est pas coutume, nous voulons nous placer en ordre utile pour la tête d’affiche du jour (du festival ?) qu’est Radiohead. Et force est de constater que rater ne serait-ce qu’une partie du visuel aurait été dommage. Disons-le tout de suite, Radiohead est sur le toit du monde. Parties, les rumeurs de split, le groupe n’a jamais joué aussi bien ensemble. Dissipée, la crainte de ne pas prendre la même claque qu’il y a trois ans à Werchter. Envolée, le spectre d’un album prochain inintéressant. Qu’est-ce qui fait un bon moment musical ? Un groupe qui joue parfaitement des morceaux formidables. Je m’en veux de m’enfoncer dans la lapalissade mais c’est à cette aune qu’il faut juger la prestation de Radiohead. Oh, bien sûr, les grincheux le resteront et les fans aussi, mais ce qu’ils ont montré ce soir-là, en maîtrisant aussi bien le baroque de Paranoïd Androïd, l’émotion pure de Exit Music ou la folie déconstructive de Idiothèque que leur répertoire est inattaquable. Le dernier album en date n’est retenu que pour quelques morceaux de bravoure (2+2=5, Where I End And You Begin, There There), ce qui montre leur lucidité. Les quatre morceaux inédits renforcent encore l’attente de leur prochain album. Voilà, on tient déjà notre grand moment du festival.

Il ne nous reste plus qu’à nous défouler au Boiler sur un set énergique d’un DJ du cru. Quand l’efficacité devient musique de tuning, on se dit qu’il est tout de même 3h30 et qu’on n’est qu’au soir du premier jour...

Deuxiéme jour - vendredi 18 août

Comment commencer de façon optimale une journée de festival ? Par des petits jeunes nerveux qui jouent du punk, pardi. Forward Russia n’a pas encore de compositions dignes de la propreté de leur interprétation mais on pourra y revenir un de ces jours.

Si les zygomatiques ne sont pas encore complètement détendus, les filles de Brighton, The Pipettes pour ne pas les nommer, vont se charger du stretching facial. Engoncées dans des robes à pois en tergal, mimant des chorégraphies complètement surannées, le charme opère. Ou pas, je perds immédiatement toute crédibilité auprès de la personne m’ayant suivi sans poser de questions. Les gens qui écoutent de la musique indépendante en général rechignent à se délasser sur de la musique purement commerciale, c’est ce qui offre un créneau à des filles comme ça. Notons quand même que l’album est plus que décent mais que le son sans l’image paraîtra bien fade maintenant. Une séance de rattrapage est prévue bientôt au Botanique.

Des précédentes expériences limbourgeoises, on a déduit qu’on fréquente trop peu la Wablief ? et le Château. La première scène citée ayant pris la situation géographique de la seconde sans être elle-même remplacée (est-ce clair ?), c’est pour réparer ça qu’on va voir Drive Like Maria. Chouette nom inconnu au bataillon. Et le power-rock teinté seventies de ces Flamands prend tout de suite. Si le slow joué quand nous entrons est un rien pompier, la suite est vraiment convaincante et correspond à nos besoins à cette heure presque matinale. Une respiration bienvenue pour le comparse imprudent qui me suit.

Sur la scène principale s’ébrouent les presque vétérans d’Urban Dance Squad. Ce qui était un des premiers mélanges Metal-hip-hop-funk était à la mode il y a une dizaine d’années mais paraît presque désuet à l’heure actuelle. Zap

Plus prometteurs étaient The Dears. Issus de l’incroyable génération spontanée de groupes canadiens actuels, ils peuvent se prévaloir d’un No Cities Left de haute tenue. Est-ce la difficulté de s’adapter d’une scène à l’autre quand on aborde un groupe plus subtil ? Le mauvais son proverbial du Marquee ? Toujours est-il que la prestation déroute par les titres inconnus. Le temps de se reprendre sur leur fameux Lost In The Plot, on se dit que les festivals se révèlent cruels pour des groupes pareils. A revoir en salle plus que probablement.

Les Libertines ont laissé beaucoup de regrets. Celui d’une carrière tronquée d’abord, celui de rejetons indignes ensuite. S’il est logique que les Babyshambles ne soient pas venus défendre un album de toute façon mauvais (ils ne s’étaient déjà pas montrés l’an passé et Pete Doherty est sous le coup d’une énième inculpation), on attendait The Dirty Pretty Things de Carl Barat de pied ferme. Et on a perdu pied assez vite. Le temps de se rendre compte qu’ils ne savent pas jouer. Si l’album comporte de fort bons morceaux, la scène met au grand jour l’incapacité de jouer des musiciens. Ou du moins de jouer ensemble. Si tout ne nous a pas enchanté sur ce festival, ceci en est le moment le plus indigne, celui où on se rend compte que les magazines anglais se foutent ouvertement de la gueule du monde. Car si ceci est le rock ‘n roll de 2006, on est mal barrés. Les tabloïds font décidément des ravages…

La main stage quant à elle supportait les Sissors sisters. Ce n’est pas notre cas. Les groupes qui n’ont qu’un look à présenter pour combler leur musique passe-partout lassent d’autant plus vite que l’offre est étendue. Ce que nous aurions peut-être subi à Werchter nous fait tourner les talons. Si la chanteuse évoque Roisin Murphy, c’est plus pour la ressemblance physique que pour la performance vocale. Elle est tellement pas là qu’elle arrive à se cogner au manche du guitariste malgré la taille de la scène. On fuit donc avant de faire monter ses pulsations sur l’irritante version follasse de Comfortably Numb de Pink Floyd

En cas de doute, c’est souvent à la Wablief ? qu’on trouve refuge. Le temps d’apprécier le post-punk compact de Confuse The Cat. Le chant n’a pas l’air très raccord avec le reste mais ça ne choque pas et la musique a sa place parmi les standards du moment. On regarde donc gentiment les animaux empaillés qui décorent la scène (pas les musiciens, hein, de vrais animaux…)

La gentillesse n’est pas une tare. La jeunesse encore moins. The Spinto Band revient donc chez nous, après les Nuits Botanique. Déjà au mois d’avril, on avait aimé le côté moins lisse apporté par les trois guitares. En effet, c’est bien plus énergique et convaincant que sur un chouette mais inégal album. L’abattage est réjouissant en tous cas. Jusqu’à une panne d’ampli. Mais ils ne se laissent pas démonter pour autant. Aérobic, défilés et saute-mouton nous rappellent qu’ils ne sont pas tous majeurs. Puis ils arrivent à se re-concentrer pour nous livrer un Oh Mandy qui finalement restera de cette année 2006.

Mais bon, l’intérêt d’une chronique à quatre mains est également d’avoir 4 yeux. Et donc pendant la prestation de Spinto Band, The Desden Dolls animaient le Marquee et nous en avons vu les derniers morceaux. La performance scénique de ce duo, qui évoque les cabarets du debut du siècle, est impressionnant. Elle au piano, lui à la batterie, ils ferraient passer les White Stripe pour des épuiser chroniques (bon, j’exagère à un peu.). On a droit a quelques chansons du nouvel album, ce qui ne change rien pour nous qui ne connaissont même pas leurs classiques, mais qui augure une bonne livraison cette année. Clou du set, une reprise guitare/voix d’ Amsterdam de Brel, poignante et fort juste.

Si on nous avait dit que Black Strobe constituerait la bonne performance de la journée, on aurait eu du mal à le croire. Sur papier, si je vous dis qu’il s’agit de la version teutonne d’un antique et burné Front 242, relevé subtilement d’une Gibson distordue, que le chanteur semble échappé de Motörhead, vous n’allez pas avoir envie. Et vous aurez tort. Car l’énergie dégagée n’a d’égale que la motivation du public. On va donc dans la fosse, on saute, on réagit à toutes les montées. Les basses claquent, les pieds sautent, on passe en tous cas un bon moment.

On manque donc le début de Be Your Own Pet. Et comme le bon album est court, il ne reste pas grand’ chose. On ne voit donc que les deux derniers morceaux d’un set d’une demi-heure. L’énergie est donc là et bien là. La chanteuse se démène comme jamais, quitte même à quitter son micro pour hurler a capella le Bunk Trunk Skunk final. Une furie qu’on espère revoir. Les jeunes ont la cote décidément.

On avait déjà vu Jack White sur la même main stage. Mais, accompagné de la seule Meg au sein des White Stripes, il avait livré une performance sèche, aride et éprouvante quoique instructive. Il nous revient, plus bas dans l’affiche et dans un tout nouveau groupe, The Raconteurs. Avec notamment Bendan Benson mais aussi une section rythmique complète. Tout ne repose désormais plus sur lui. Et il est comme libéré. Libre de donner la pleine mesure de son talent de guitariste, libre de composer des morceaux certes surannés mais diablement efficaces. Beaucoup de styles sont représentés au Pukkelpop mais ce concert est sans doute le sommet du rock plus ‘classique’. Les morceaux, un peu uniformes sur l’album, ont une seconde vie avec ces duels de guitare d’un autre temps. Broken Boy Soldiers et la reprise furieuse du Bang Bang de Nancy Sinatra constituant les deux moments forts, réjouissant une foule qui subit la pluie.

L’an passé, Colder n’a pas pu honorer ses engagements à cause de l’absence d’un musicien. Car c’est dans une formule Guitare-basse-batterie que Closer dispense cette pop métronomique, froide et quasiment neurasthénique. La présence scénique de N’guen n’est pas extraordinaire mais les moments denses rappelant les premières heures de New Order font mouche. On est agréablement surpris donc même s’il faut une certaine tolérance à la musique répétitive pour être touché.

Tout sauf Keane, c’est le mot d’ordre de cette soirée. Pris au pied de la lettre, c’est donc avec un esprit de curiosité affûté qu’on assiste au début du concert de Ministry. On a beau s’attendre à du bruit, la fureur est inouïe. Un déluge d’images et de sons venus d’on ne sait où qui nous étourdissent sans séduire cependant, on est là juste pour l’expérience borderline. Les guitares grondent, la batterie sonne comme un tir de DCA, le chanteur hurle....

L’année où Radiohead et Massive Attack se partageaient la tête d’affiche en Brabant flamand, on avait jugé les prestations des deux groupes sur un pied d’égalité. C’est dire l’attente après les impeccables Oxfordiens de la veille. C’est dire l’immense déception produite par les Bristoliens. Qu’on s’entende bien, à ce niveau de qualité-là on ne parle pas de concert approximatif, loin de là. Mais pour avoir vu et entendu maints live des gusses, on savait de quoi ces musiciens sont capables. Les premiers titres sont non pas mal choisis, mais annoncent une prestation cotonneuse. Loin d’être désagréable, loin s’en faut, mais on attendra en vain l’étincelle. Qui aurait pu venir d’un final qui aurait pu être incendiaire mais se complait dans une linéarité de bon aloi. C’est qu’on aurait voulu un peu plus d’âpreté, connaissant les capacités immenses du bassiste et du batteur. L’exemple le plus symptomatique est le légendaire Unfinished Sympathy. On connaît par cœur le moindre détail de l’arrangement de ce morceau, le plans de basse insensés de certaines versions live. Et là, il ne reste plus que quelques nappes. L’autre problème est que si les chanteurs sont tous là (très bonne surprise, avec même Horace Andy juste venu faire son petit et honorable Angel), les nombreuses collaborations ne sont jamais vraiment remplacées. Et les deux succédanés sensés remplacer à la fois Tracey Torn, Sarah Nelson ou Liz Frazer ont la tâche trop difficile pour leur anglais yaourt. La dernière remarque concerne le son, avec sa basse trop présente et faisant vibrer tout le site. Signalons au passage que paradoxalement l’acoustique de la main stage est une des meilleures. Peut-on se plaindre d’un concert plaisant ? Oui, s’il émane d’un groupe qui nous a émus et qui a composé trois des albums essentiels de ces quinze dernières années. (Court avis de Fred sur cette prestation : je suis allé dormir après 4 chansons...)

Troisième jour - samedi 19 août

3eme jour et nous sommes évidemment fatigués. L’affiche étant plus qu’obscure en ce début d’après-midi, nous décidons sur foi du nom déjà entendu quelque part dans les années 90, de nous faire une idée sur Lotterboys. Celle-ci est vite faite. La technique et le son ne manque pas à ce groupe. Cependant cela est un peu vain tant qu’ils n’auront pas de chansons ! (ou alors ils ont des chansons et devrait changer de chanteur...). Enfin, c’est ce que nous avons conclu avant de nous coucher pour dormir dans l’herbe après 5 morceaux.

Réveillé et surtout sentant qu’attraper un coup de soleil est possible voir vraisemblable à cet heure, nous glissons vers le boiler room pourPara One. Nous fuyons cependant après 3 morceaux, cet emule de Vitalic ne pouvant pas laisser un bit plus de deux mesures avant de le torture, le hacher, le bidouiller. Qu’on arrête de donner des claviers maîtres à des hyper kinésiques !

Quelques déambulations plus tard, nous assistons à la prestation de Eagles of death metal sur la Main Stage. Ce groupe comme son nom ne l’indique pas pratique un genre de rock fm américain, plus proche des ZZ Top ou de Lynyrd Skynyrd que de Pantera. La musique est sympa, le groupe a l’air de prendre son pied devant une foule nombreuse et receptive, le chanteur blague et se réjouit de voir tant de monde. Un chouette concert et probablement un album à réécouter au calme un de ces jours.

Toujours sans but précis et en attendant la prestation de 65 Days of Static, on se dirige (pour une des seules fois sur ces 3 jours) vers la skate stage pour Sedan Vault. Ce groupe flamand joue un rock complexe et enlevé proche des compositions de Mars Volta. Bonnes idées, bonnes chansons, clavier bien en forme, le son n’est cependant pas encore très propre ou pas bien sonorisé. A surveiller.

Le reste des troupes arrivé tard sur le site, c’est par un morceau de choix que s’entame pour eux cette dernière journée. Dans la famille post-rock, il y a les tontons toujours jeunes de Mogwai, les fils flamboyants de Explosions In The Sky et puis les petits-neveux survitaminés de 65 days of static. Leur concert en première partie de Mogwai au mois de mai dernier s’était révélé explosif. Celui-ci ne le sera pas moins. Malgré un son du Marquee, etc... Si les claviers et certains rythmes sont enregistrés, l’abattage de tout le groupe, et plus singulièrement du batteur, est vraiment impressionnant. Pouvant toucher un plus large public que celui auquel on le croyait confiné, les habitants de Sheffield donnent tout ce qu’ils ont. Avec un Radio Protector purement souverain. Certes, ils devront sans doute varier le propos dans l’avenir mais la journée commence sur les chapeaux de roue.

En ces jours d’affluence pour le concert de Daft Punk, la main stage commence vraiment petit bras. Aussi bien Lostprophets que HIM ne présentent que des occasions de s’énerver malgré l’oreille distraite qu’on leur accorde. On ne rattrapera pas ça, c’est certain.

Par contre  !!!, qui avait fait pour moi les frais de la présence de Sophia l’an passé, arrive à point dans un après-midi pas trop rempli. Seraient-ils aussi dérangés sur scène que sur CD ? La réponse est oui. Dans un registre plus funk blanc qui éloigne ces New-Yorkais de l’influence LCD Soundsystem pour se rapprocher des Talking Heads. On fait pire dans le genre, vous en conviendrez. Le tout est dansant en diable et donne envie d’un imminent second album.

Si le nom de Kelley Polar n’évoquait plus rien, c’est que la prestation pas terrible de l’anniversaire de Pure Fm avait effacé ce groupe de nos neurones. Tout est de nouveau là. La présence scénique d’olives confites (ça existe ?), les costumes sortis de Bilitis de David Hamilton, le kitsch des inutiles violons, l’electro-pop simpliste. On note le nom pour éviter une troisième confrontation.

Notre présence près de la Main Stage confine au hasard et à l’avidité pécuniaire (on faisait pas les poches des gens, juste on allait au distributeur. Dommage qu’on ait décidé de garder nos anecdote d’ailleurs...). C’est donc dans une file que nous assistons au début du concert des Arctic Monkeys . S’ils ne sont pas la merveille que l’Angleterre nous promet, leur premier album est plus que solide et est défendu avec aplomb. Ces jeunes-là ont déjà de l’expérience et tout le buzz fait autour d’eux valait bien le coup d’œil. Les brûlots morveux s’enchaînent alors que la pluie s’en mêle. Il en faut plus pour déconcerter un groupe britton. Un public belge aussi d’ailleurs. C’est même le déluge qui accompagne le final d’un When The Sun Goes Down dont la fin signifie le branle bas de combat général.

Le choix qui se présente à nous à cette heure-ci est donc réglé par les intempéries. On décide de chercher refuge du côté du Marquee. Il faut franchement jouer des coudes pour s’incorporer au cake humain qui assiste, parfois par dépit, au concert des Yeah Yeah Yeahs. Ils ne seront pas déçus je suppose tout comme nous sortirons convaincus de cette petite heure à admirer de loin la tenue et les poses un rien vulgaires de la chanteuse, qui défend bien un répertoire d’un rock âpre (une guitare acoustique et une électrique, pas de basse) mais remuant et finalement pas si difficile pour tout qui s’est frotté aux Kills ou autres PJ Harvey. Le second album dans lequel ils puisent largement semblant se faire plus subtil, comme pour se démarquer des jeunes pousses excitées, Be Your Own Pet en tête.

Faute d’envie et de temps de se placer en ordre utile, c’est du fond en en mangeant que nous assistons au concert de Placebo. Le répertoire comporte un nombre fort important de titres du dernier album Meds. Preuve qu’il est loin d’être désavoué, et que festival ou pas on ne va pas faire du best-of. Ce qui permet de constater que ce qui ne plaît pas forcément sur disque est cohérent avec le reste de la discographie du groupe de Brian Molko (qui perd ses cheveux, triste) mais que Placebo n’a pas su se renouveler. Son public n’est donc définitivement plus aventureux. Reste que des titres de pure intensité comme My Sweet Prince ou Without You I’m Nothing n’ont pas trouvé de successeur. au rayon des remarques, signalons la présence de cinq musiciens en tout sur scène, ce qui est honnête, même si le cadreur se concentrera uniquement sur Brian et le bassiste. On n’était pas là pour eux de toute façon et on ne boude pas son plaisir non plus.

Si la pluie s’était chargée de trancher une première fois, c’est un vrai choix qui s’offre pour cet avant-dernier concert. Parlons d’abord de Belle And Sebastian. Les appréhensions n’étaient pas grandes mais le souvenir de deux très bons concerts à ce stade-ci du festival les deux dernières années (Archive et surtout Sophia) me donnaient l’envie de m’abandonner. Ca n’a pas été le cas, à cause ou grâce à un concert tout gentil tout doux, avec le volume parfois même insuffisant pour couvrir les conversations proches. Ils ont décidé de parcourir tous leurs albums et on se perd un peu parmi les époques. Reste qu’alors que je croyais le chanteur un vieux garçon coincé vaguement rigoriste protestant, il se révèle d’une chaleur et d’un entrain communicatifs. Ils ont clairement décidé de ne pas aborder le pan cafardeux de leur discographie. Donc le frisson n’est venu que sur le toujours épatant Sleep The Clock Around.

De son côté une petite partie de l’équipe part en solo voir Broken Social Scene et y trouve son coup de cœur du festival. A plus de 10 en tout sur scène (avec au moins 4 barbus en alternance pas facile de compter), le son et les montées sont énoooooormmmes. 80% du concert se révèle tout simplement grandiose dans un Club captivé (ou simplement hagard). On regrettera le cafouillage et la petite perte de régime sur la dernière chanson malheureusement mais dans l’ensemble ce fut le genre concert qui redonne la pèche après 3 jours exténuants.

Les têtes d’affiche de tout un festival ont ceci de particulier que certaines personnes ne viennent que pour ça et d’autres pourraient carrément s’en passer. Autant le dire tout de suite, j’émarge à la seconde catégorie. J’aurais eu tort cependant de bouder Daft Punk. Tout d’abord pour l’évènement. En effet, seules une dizaines de dates sont prévues pour la première tournée depuis... 8 ans. Et force est de constater que si la musique électronique a changé dans ce laps de temps, elle le doit en partie à ce duo de Français. La confrontation de leurs premiers live avec la production de Vitalic (qui a repris la main) est saisissante. Donc je craignais un peu ce concert. Et j’avais tort. Car si les débuts ressemblent fort aux titres du dernier album, la suite est une habile incorporation de tous leurs morceaux emblématiques. Et pas seulement en enchaînement. On se rend compte alors que Daft Punk possède la marque des grands : un son propre, reconnaissable et pas inimitable. Reste que la pyramide gigantesque où s’ébrouent deux individus - forcément - casqués donne de la démesure à l’évènement. Toute le plaine danse et c’est réjouissant à voir. C’est paradoxal de voir de la musique électronique sur une scène immense mais ça fonctionne. Un coup de chapeau aux organisateurs donc qui ont trouvé l’évènement de clôture idéal, mieux dans ce rôle que les plus élitistes White Stripes et Nick Cave.

On jette un dernier coup d’œil à Penywise, rapidement, le temps de 2 chansons. Depuis la dernière fois (il y a 10 ans) Pennywise n’a pas changé. Du punk, de l’énergie et des musiciens saouls sur scène... Mais bon, ce n’est plus le genre de musique qui nous réchauffe en t-shirt, trempés, à 2h du matin, et nous décidons donc de nous en aller. Il est temps de retrouver le calme, le sec et le repos. Encore 363 jours et c’est reparti.

(Marc et Fred)

Article écrit par Fred, Marc

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P.-S.

Note de Marc : Cette note est plus personnelle. En effet, si on préfère se borner à relater les concerts (la private-joke ne m’intéresse pas sur ce site sans quoi j’aurais fait un blog), nous ne sommes pas des machines et la compagnie des gens avec qui j’ai fait ce festival sont là pour rappeler qu’au delà de la grand-messe musicale, un festival est une fête et des vacances. Je remets donc mes remerciements et mes amitiés à Fred, Marc, Mathieu, Ben, Seb, Seb, Daunat, Françoise, Paulo, Davina, Alexandre, Xavier, François, Cynthia et ceux que j’oublie. Voila c’est fait.

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