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Vincent Delerm - Panorama

vendredi 1er novembre 2019, par Marc


Penser à Vincent Delerm avec en point de mire la diction et le piano-voix ragtime du premier album a la pertinence des imitations belges de Coluche ou Michel Leeb. Parce que depuis ces débuts remarqués, il a tellement évolué que ces moments-là semblent loin. Suites d’accords mineurs, paroles déclamées, il y a évidemment des constantes, voire des poncifs dans son style mais faire la même chose est excusable, voire même souhaitable quand on le fait bien.

De plus, on voit avec un peu de recul un mouvement de balancier dans sa discographie entre une tentation plus chansons (qu’on retrouvait sur Quinze Chansons ou A Présent) ou plus cinématique comme sur Les Amants Parallèles ou celui-ci. Les références musicales sont à aller chercher, comme beaucoup de ses compatriotes, du côté d’une certaine vision des années ‘70, des musiques de film de l’époque. On retrouve aussi des retours de thèmes musicaux d’un morceau à l’autre.

Du côté des thèmes, c’est toujours une collection de souvenirs (Ce Qui Restera), à un tel point qu’on se demande à quel moment il a arrêté de vivre pour retrouver ce passé qui s’enfuit ou reste, thème principal de son oeuvre. Il va d’ailleurs poser la question à d’autres qu’on entend sur Panorama. Cela dit, sur La Vie Varda, il propose une intéressante interrogation sur la vitesse de nos vies. C’est évidemment vers le cinéma que son analogie se fait. Oui, on voudrait vivre une Vie Varda, même si ces références post-nouvelles vague ne sont pas celles qui nous parlent le plus. Pudique chanteur de l’intime, il arrive cependant par ce biais à trouver une forme d’universalité.

C’est toujours un auteur à haute teneur littéraire ajoutée (Carver), renforçant de façon inévitable le caractère un peu élitiste. Mais c’est comme ça qu’on l’aime aussi. Ce mélange d’évocations réelles, de références littéraires ou plus pop fait partie du charme de toute façon. Et puis il y a aussi la mélancolie tenace de ces mélodies (Fernando de Noronha). Pour que cette déclamation fonctionne, il faut que le texte soit fort. Si on y pense, même un tout petit peu, c’est le cas pour le rap aussi.

On retrouve évidemment des voix enregistrées sur Panorama et puis une petite pulsation qui envoie le morceau dans une dimension autre. Ce n’est pas un album neurasthénique non plus (batterie discrète sur Ce Qui Restera). Voilà, il y a une part très subjective face à ces suites d’accords mineurs. Nous on sombre par exemple pour le faux entrain de La Chamade qui traite du charme et la mélancolie insondable des vieilles amours.

Son carnet d’adresses est maintenant bien étoffé, ce qu’on savait depuis Favourite Songs. Ici, c’est Rufus Wainwright qui vient appuyer Les Enfants Pâles. Contrairement à, disons, Neil Hannon, on a l’impression que le Canadien comprend ce qu’il dit. Et il s’en sort fort bien, sans surprise aucune.

Vincent Delerm ne sort pas d’albums pour étendre sa base de fans. Mais il continue à creuser son sillon, inlassablement, et il semble bien parti pour constituer une solide discographie. Nous, on écoute surtout parce qu’on trouve ça très beau.

Article écrit par Marc

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