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Bertier - Feu.e

lundi 23 novembre 2020, par Marc


Au commencement était le verbe.
Même si ce n’est pas au prologue de l’évangile selon Saint-Jean qu’on pense tout de suite au moment de compulser le grand livret, le bel objet est une belle introduction à la musique qu’on s’apprête à écouter. Ce sont des mots, déjà, une introduction qui nous donne envie. C’est évidemment Lara Herbinia qui enrobe le tout de fort belle façon, encapsulant notamment les illustrations d’Alain Dauchot.

Au commencement était le verbe.
Parce que les textes de Pierre Dungen sont non seulement à la base des morceaux, mais aussi le point de départ des compositions qui ont été confiées à plusieurs artistes qu’il faut évidemment citer ici tant ils donnent chair à ces idées. Ils s’appellent Matthieu Thonon, Sylvain Cousin, Quentin Steffen, Olivier Terwagne, Paulo Silva Rodriguez, Amaury Boucher, Nicolas Jules, Cédric Van Caillie, Didier Delchambre. On ajoute Yan Péchin, guitariste au long cours déjà rencontré sur le coussin d’air d’Anna et Roby. Il y a du monde, bien évidemment, Bertier ayant toujours revendiqué le statut de collectif, poussé ici encore un peu plus loin.

On le devine bien vite, ceci est le troisième volet d’une quadrilogie des éléments. Le chant lexical ne va pas rester mystérieux, on va vous épargner la lourdeur de le prolonger ici. Mais si on retrouve comme sur les albums précédents un couple au centre des débats, les thèmes ne sont pas concentrés, le thème se retrouve partout mais dans des tonalités différentes. On ne raconte pas une histoire (même si un couple est inévitablement au centre des débats), on développe un état d’esprit, on explore les possibilités du feu. C’est une pop lettrée donc mais sans les allusions infinies qui font le sel (et l’opacité souvent) d’un Thousand, avec cet attrait du jeu de mot qui est le côté intellectuel du ludique (ou l’inverse, ça marche aussi).

Mais cette pop lettrée n’est pas une pop savante, si on en extrapole l’acception d’une épopée savante due à un seul esprit. C’est en effet la diversité des intervenants qui est intéressante ici. Le ton général est donc fluide et accessible, direct et change de morceau en morceau, le chant suivant cette évolution avec une gourmandise manifeste. Si Lucas et Ena mettent en avant une magnifique mélodie, 13th Floor repose sur une déclamation qui fonctionne à plein et regorge d’allusions qui feraient plaisir à Marc Ysaye, de noms cachés qu’on prend un malin plaisir à détecter.

De la musique avant toute chose.

Cette variété des traitements installe plusieurs points d’équilibre. Avec un poil de groove sur Feu Follet, un rien plus rentre-dedans Brasier Ardent. La conjonction d’une guitare acoustique et de chœurs féminins renvoie à une certaine vision seventies (Eau de Feu), avec de chouettes cordes.

Il y a évidemment des morceaux qui frappent d’emblée (très tôt parfois comme le logique single Grands Brûlés sorti au printemps), même si on sait qu’un album comme celui-ci est destiné à être exploré encore et encore. A Nos Heures est un de ceux qui marquent en première écoute, tout comme Flambeur-Voyeur dont le texte est dû à Céline Marolle. La voix de Lara Herbinia présente dans les chœurs de presque tous les morceaux y prend plus de place et ça fonctionne mieux que bien. Ajoutons au rayon de nos préférences Fort Rêveurs et le magnifique morceau final L’Étincelle avec ses cordes en cascade.

On peut être obscur à force d’être profond mais il est vain de chercher à être profond à force d’obscurité.
Cet aphorisme attribué à Borges prend étrangement du sens sur cet album qui ose être frontalement lumineux pour donner envie d’en explorer les méandres. Le premier album dont le titre est en écriture inclusive vaut toute votre attention.

http://bertiermusique.com/

Article écrit par Marc

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