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Séance de Rattrapage #92 - Fils, Nika Leeflang, Sébastien Guérive

lundi 22 mars 2021, par Marc


Fils - Fils (EP)

Parfois, on peine à trouver la valeur ajoutée d’un album solo par rapport à celui du groupe de base. Stéphane Del Castillo va nous faciliter la tâche. Parce que si on l’avait apprécié chez Mamakilla, ce qu’il nous propose sur son premier EP personnel est radicalement différent.

C’est en français et on ne discerne pas d’envolées psychédéliques. Les guitares sont lourdes, mais comme un lourd brouillard, le ton est lassé mais pas avachi (Amorphe). C’est aussi le son qui plaît ici et assure sa particularité, dense mais aéré comme rarement en chanson française. Dans les cousinages, on peut penser à Miègeville mais plus par la propension à creuser seul son chemin qu’à cause de ressemblances littérales.

Putain On crève a une structure hachée qui rend le morceau viscéral sans que trop de distorsion ne soit convoquée. La voix est lassée, mise en avant mais elle ne pousse pas. On convoque de la grosse distorsion et fuzz de Vas-Y, sans doute influencé par des sons à la fois psychédéliques et une certaine scène indé des années ‘90. On a déjà confessé notre affection pour les chemins de traverse de la chanson française et cette proposition tombe à pic. Un EP est un beau dosage pour établir une personnalité qu’on brûle de voir confirmer plus avant.

Nika Leeflang - Bad Sunday

Recevoir un clip, noter le nom parce que c’est bien et se procurer l’album, on connaît bien cette routine. Et comme c’est un lointain souvenir au moment de se frotter à l’album complet, la surprise est souvent au rendez-vous. Par exemple, on est surpris d’entendre d’emblée chanter en Français sur cet album de celle qu’on a déjà entendue du côté de The Limiñanas. Mais le ton est juste, un peu comme un membre du gang Gainsbourg qu’on ne connaîtrait pas (plus du côté Lou Doillon, les autres on a du mal...), dans un style pop seventies bien plaisant et solide.

Si le ton pousse parfois (Broken Bones), ça ne s’énerve jamais vraiment, on n’est pas chez The Kills par exemple. C’est plus policé que ça et c’est cette propension à ne pas sortir artificiellement de ses gonds qui est plaisante ici. Customers peut donc garder son groove sans pousser dans les tours. Ce n’est donc pas une limitation mais une vraie force, comme chez certains PJ Harvey par exemple. Si on sait qu’elle peut sortir les griffes, elle n’en a pas besoin pour être marquante. Ici, on les rétracte même sur Old Stones et c’est réussi, comme un coup de colère dont on veut faire croire qu’il est maîtrisé sachant qu’on bout encore à l’intérieur. De la musique passive/agressive très réussie donc, ou tout simplement bien balancée (Good Sunday).

Un artiste, on suit ou on reste sur le bord du chemin. Là, on a suivi tout de suite et chaque fois que l’occasion s’est présentée. Oui, il y a quelques références ça et là mais c’est un tout cohérent et personnel qu’on trouve surtout. De quoi largement conseiller donc.

Sébastien Guérive - Omega Point

La musique électronique, c’est de la musique avant tout. Même si plus personne ne vient contester cette lapalissade, il est bon de rappeler qu’avant de sculpter du son, il faut constituer des morceaux solides. Et un musicien comme le Nantais Sébastien Guérive est incontestablement bien équipé à ce niveau avec une expérience du violoncelle.

Pourtant, il confesse accorder plus d’importance aux textures du sons qu’aux mélodies. Et en effet, c’est d’une densité remarquable, même sans jouer sur la vitesse. C’est évidemment plus mélodique quand un clavier guide les échanges (Bellatrix), avec en prime des beaux changements de profondeur. Et ça pousse dans les aigus, ça vrille avant de se calmer. C’est étrange beau et prenant à la fois.

Ce qui maintient l’intérêt du début à la fin, ce sont aussi les variations d’ambiance, passant de plages plus élégiaques (Menkalinan) aux plus rêveuses (Minchir) tout en tissant de beaux beaux brouillards (Zaurak). Et si Omega II s’ébroue ainsi de fort belle façon, il se passe volontiers de tout aspect robotique, préférant reste plus abstrait et plus compact (Omega VIII). Bref, cet album qui se présente un peu comme un voyage ne peut pas vous décevoir.

Article écrit par Marc

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3 Messages de forum

  • Ton aphorisme sur la musique électronique me refait penser à cette citation indémodable de Georges Leekens : « Le but, c’est de marquer le but. »

    Cela étant, la musique de Sébastien Guérive est tout à fait enthousiasmante. J’écoute en ce moment sur YouTube des morceaux qui, en une semaine, culminent entre 2 et 10 vues... hallucinant. Pour le coup, Esprits Critiques joue bien son rôle de dénicheur de talents !

    Je trouve aussi le Broken Bones de Nika Leeflang proprement irrésistible.

    Je vais faire une bonne compile avec tout ça et aller l’écouter chez des amis. Ah non.

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