vendredi 24 février 2023

Les retours d’albums de Miossec nous forcent toujours à nous regarder nous-mêmes. Il y a en effet tant de sincérité chez lui et une constante envie de faire le point qu’on a toujours été poussés à faire de même. On a changé depuis qu’on l’a découvert, on est moins jeunes, moins marrants, plus posés et il y a belle lurette qu’on ne beugle plus ses chansons aux petites heures.
Au niveau des marottes, rien n’a vraiment changé. On pardonne depuis toujours ces phrases qui n’ont pas la même longueur que leurs mélodies, ces répétitions qui sont devenues un style. Et puis ces évocations indirectes de la fin d’un couple et de ce qui n’est plus, ce n’est pas neuf pour lui, on retrouve tout ça ici comme une ligne de cahier des charges.
Ce qui est nouveau, ce sont des personnages issus de la vie réelle. Je m’appelle Charles est sans doute l’évocation d’un personnage central de la vie nocturne brestoise. Et il se penche aussi sur l’étrange destin de Gérald Tomassin. Mais cette intrusion dans ce que les anglo-saxons appellent les ’topical songs’ ne semblent pas apporter un point de vue bien original pour celui qui a été réhabilité avant de disparaitre (littéralement, on cous a dit que le destin était étrange). Bref, ce n’est pas exactement Hurricane.
Dans les habitudes mais moins réjouissantes, il y a toujours aussi peu de musique ici et ce problème récurrent devient franchement rédhibitoire. Et quand Biolay, Dominique A, Albin de la Simone, Vincent Delerm ou Florent Marchet (en se cantonnant à sa génération) proposent une forme aboutie et enthousiasmante, on a l’impression que c’est ici un vecteur neutre pour ses mots.
Nouveau point d’achoppement, sa voix n’est plus vraiment maitrisée et si le ’point Renaud’ est encore loin, ce n’est pas un argument en sa faveur non plus. Mais c’est la première fois qu’on se rend compte à quel point c’est une faiblesse, à quel point elle s’échappe. Une vision positive y verra sans doute un charme mais ce n’est pas notre cas.
Il est un peu ironique de passer avec lui par la phase de rupture telle qu’elle est décrite dans ses chansons. Sans éclat, sans pathos, mais de façon inéluctable. Et on n’a presque rien vu venir. Ou alors on se mentait en souvenir du bon vieux temps. Il est aussi troublant qu’il ait trouvé les mots pour nous sur Le Message.
Tu voyais ça plus joli
Et plus marrant aussi parfois
Et surtout bien mieux écrit
Et bien plus clair que ça.
La sympathie qu’on a pour le personnage et la musique ce Miossec sont toujours là . Mais force est de constater que ses albums ne gagnent plus en qualité. Et celui-ci manifeste une petite forme qui semble inéluctable. Il lui faudrait vraiment une aide extérieure (comme celle de Yann Tiersen ou Mirabelle Gilis dans le passé) pour redresser la situation.
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