Accueil > Critiques > 2025

Swans – Birthing

mercredi 18 juin 2025, par marc


On ne s’attaque pas à un album de Swans à la légère, on le sait. D’ailleurs, leur album précédent qui semblait plus accueillant de prime abord le rendait aussi moins intéressant.Ils semblent avoir changé d’avis et reviennent donc à une ampleur impressionnante, estimant sans doute qu’un goût de trop est préférable à un goût de trop peu.

Aucune chance de ‘trop peu’ avec le format d’abord, 7 morceaux pour près de deux heures de musique (oui, ça fait 16’30’’ de moyenne...). C’est un album pour les coureurs de fond, un peu la Barkley des albums rock. Ce qui est présenté comme leur dernier album ‘classique’ (allez savoir ce qu’ils entendent par là) a largement été composé en tournée ou lors de longues sessions d’improvisation. Ils tentent sans doute de capter le souffle de leurs monumentales prestations live.

Logiquement, ces longues plages présentent plusieurs facettes mais fort heureusement, ces variations attendues et qui rendent le découpage presque arbitraire ne suivent jamais de schéma préétabli. On entendra donc un chant très incantatoire sur The Healers parce qu’il y a toujours eu une dimension chamanique chez Michael Gira. Evidemment, il y a une franche inflexion. Et même deux, ils plantent un démarrage en vue de l’arrivée et il est somptueux. Oui, on a l’impression d’avoir déjà entendu ça, mais l’engagement total de Gira reste impressionnant, et on sait que c’est sans doute un moment terrifiant en concert. Voilà, on a écouté un morceau, on a entendu 21 minutes de musique, soit l’équivalent d’un demi-album standard.

I Am A Tower passe quant à lui du maelström musical à une transe plus forte, plus poussée. Un peu plus éprouvante aussi sans doute si l’inclination n’y est pas. Et ce morceau évolue différemment, se faisant plus tendu. Et quand le martèlement plus prononcé de la plage titulaire se transforme en frappe après un radoucissement, ça frappe plus fort que quiconque (Godspeed excepté). On change encore de séquence avec l’intrigant The Merge qui plante d’emblée une section bruitiste assez remontée et se termine par un ton qui pourra rappeler aux plus anciens des choses neo-folk comme Current 93.

Le chant sur Red Yellow casse un peu le moule, plus mystérieux, mais ça ne suffit pas à en faire un morceau conventionnel malgré la durée raisonnable de 7 minutes. Et puis on se laisse emporter par Guardian Spirit, comme on le serait par Nick Cave qui haranguerait une foule d’adeptes.

C’est du Swans pur jus, du moins ce qu’on a peu entendre de leur part depuis leur reformation de 2010. Cet album plus imposant que son prédécesseur est plus proche de ce qu’on a pu entendre en concert, avec un souffle incroyable ou épuisant selon l’humeur. C’est une longue étape de montagne, il ne faut pas l’aborder comme une balade le long du canal (auditif).

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • Anna von Hausswolff - Iconoclasts

    In est remarquable de voir des artistes encore grandir après une carrière déjà établie. On avait quitté Anna sur un album instrumental entièrement à l’orgue. Prenant, très beau, mais un peu opaque pour un succès public très large. Elle qui a collaboré (et tourné) avec Swans et Sunn O))) semblait cantonée à une niche certes prisée, mais peu exposée. Sur foi ce cet Iconoclasts, elle peut (…)

  • Dark Minimal Project – Pleasure Is a Sin

    On le sait, l’Allemagne est un territoire de référence pour les musiques d’obédience cold. A ce titre, la présence du duo lillois (Ange Vesper et Guillaume Vanderosieren) sur le label Infacted Recordings (managé par Torben Schmidt) doit être vécue comme une jolie satisfaction. Ils se fendent d’un morceau à l’expression teutonne avec l’enlevé Schlafen ! (en bonus) qui forcément convient très (…)

  • Sophia Djebel Rose - Sécheresse

    Rien n’est plus plaisant que de constater l’évolution des artistes. On avait déjà rencontré l’univers particulier de Sophie Djebel Rose, apprivoisé son ton particulier, on apprécie d’autant plus la façon dont elle élargit elle-même son univers. Moins folk, plus franchement gothique, ce second album la rapproche d’artistes comme Anna von Hausswolff dont elle ne partage pourtant pas la rage (…)

  • The Ultimate Dreamers - Paradoxical Sleep

    Ce qui est étonnant avec les retours, c’est qu’on ne sait jamais combien de temps ils vont durer. Groupe actif dans les années ’80, ils étaient revenus il y a deux ans le temps d’un Echoing Reverie qui montrait un savoir-faire et une versatilité qui n’était pas à la portée du premier débutant. Ils sont donc de nouveau là pour de bon et on peut dire que les qualités perçues alors ne se sont pas (…)

  • Xiu Xiu - Xiu Mutha Fuckin Xiu vol.1

    Une personnalité aussi forte que celle de Xiu Xiu est un appel à la reprise. On connaissait leurs reprises depuis longtemps, c’est peut-être via leur cover de Don’t Cha qu’on s’était frottés une des premières fois à leur univers. Les morceaux présentés ici sont une compilation de ceux qui sont proposés mensuellement à leurs souscripteurs Bandcamp.
    Le trio s’approprie forcément ces morceaux (…)

  • HEALTH - CONFLICT DLC

    Il est des artistes qu’on aime précisément pour leur radicalité. S’ils ont su arrondir les angles parfois, on dénote chez A Place To Bury Strangers, Xiu Xiu ou HEALTH une propension à en faire trop parce que c’est comme ça qu’on ouvre des voies, qu’on évite la tiédeur.
    Ce qu’on a dit du précédent RAT WARS s’applique bien toujours ici. Les sons de guitare peuvent être râpeux, c’est toujours (…)

  • Midlake – A Bridge Too Far

    Ce n’est pas un phénomène nouveau, la perception d’un album est très liée à l’attente. On ne va pas affirmer qu’elle n’était pas élevée à l’annonce d’un nouvel album de Midlake, surtout qu’ils n’ont jamais été qu’impeccables mais près de 18 ans ont passé depuis The Courage of Others. Qui reste peut-être leur sommet et ce genre d’émotions-là n’ont plus été atteintes à l’identique.
    Mais (…)

  • The Antlers – Blight

    S’il est une constante dans la discographie du désormais duo The Antlers, c’est la douceur. C’est elle qui leur a toujours permis de se singulariser, de rendre tellement attachants des albums qui comportaient moins d’adrénaline.
    Mais ce qui faisait le sel de la formation, c’est leur capacité à provoquer l’émotion par une tension, une intensité supérieure. Ici, Carnage reprend les mêmes (…)