vendredi 4 septembre 2026, par

Il est indéniable que Phoebe Bridgers est une artiste influente. Certes, elle est moins omniprésente que dans un passé récent où on la retrouvait partout, en première partie de Taylor Swift avec Boygenius ou aux côtés de tout le monde, mais on s’est habitués à déceler des traces de son influences à de nombreuses reprises, de Benni à Searows pour ne reprendre que les exemples les plus flagrants.
On est accueillis sur ce troisième album par de l’autotune, ce qui est un peu déroutant et il faut que l’album se lance un peu pour que la voix s’éclaircisse. La douceur un peu amère est toujours une de ses grandes zones de confort. Kill Me offre ça. Si les racines sont indéniablement folk (Haunted), ses envies vont plus loin que ça.
On sent le spectre d’artistes comme Sufjan Stevens sur Bobby (chanson dédiée à son boyfriend Bo Burnham visiblement) ou Lost Boys qui est un de ses morceaux les plus immédiats. L’effet est moins brillant et artisanal que chez le maître de Chicago, sans doute à cause de la main occasionnellement lourde de Jake Antonoff. On a l’étrange sensation que cette ampleur, cette densité n’explose pas, reste confinée dans le brouillard. C’est un effet voulu sans doute et aide à préserver une intimité qui convient forcément à une écriture intime et introvertie.
Mais qui a parfois du mal à le rester Des morceaux vraiment évanescents, presque absents comme Kill Me virent vers une ampleur qu’ils ne semblent pas désirer. Lost Weekend reste lui dans son brouillard avant que les sons plus expérimentaux viennent le perturber.
Les thèmes restent évidemment personnels et par là, universels, qu’il s’agisse de ruptures (The Governor’s Waltz) ou de la mort de son père, ce sont des évocations bien spécifiques qui lui servent de vecteur. Ajoutons aussi quelques allusions à Gracie Abrams ou Paul Mescal au détour de morceaux à nombreux tiroirs.
Les morceaux sont toujours moins immédiats que son charisme le laisserait imaginer. Ses albums sont toujours plus complexes qu’on ne le pense et proposent souvent des morceaux à plusieurs niveaux d’écoute. Pour être complètement honnête, on se retrouve souvent moins touchés qu’on aimerait l’être. On sent l’émotion proche, l’écriture est très fine, les mélodies aux petits oignons, le son parfois un peu gros pour le propos et pourtant...
Ecouter un album de Phoebe Bridgers en 2026, ce n’est plus un plaisir de niche, c’est prendre le pouls d’une scène indépendante, voir où en est une artiste qui est sans doute plus influente qu’elle ne le voudrait. Oui, c’est un bel album aussi, finalement plus solide que réellement touchant mais qui distille un charme indéniable et montre une écriture qui plane fort au-dessus de la mêlée.