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Bruce Springsteen : We Shall Overcome

lundi 28 août 2006, par Marc


Pourquoi se pencher sur un artiste mainstream qui ont tellement peu droit de cité dans ces colonnes ? Pour la démarche d’abord, qui le voit puiser dans les réserves du patrimoine musical américain avec en point de mire le puits de Peete Seeger (encore une fois, je vous renvoie au reportage Feels Like Going Home de Martin Scorsese). Est-ce le caprice d’une ancienne star ? Je ne pense pas. Bruce Springsteen n’a plus rien à prouver à personne, commercialement s’entend. Et puis, il reste une des voix marquantes du rock, celle d’une Amérique conformiste puisqu’il n’y a pas d’inventivité formelle et contestataire dans la description parfois acerbe de l’american way of life.

Si les derniers albums du Boss ne me sont pas passé par les oreilles et s’il faut bien avouer que même Born in USA résiste mal aux outrages du temps (1984 quand même), le souvenir des réussites de ses albums plus intimistes comme le désolé Nabraska ou The Ghost of Tom Joad est plus tenace que la phase fier-à-bras et musclée d’une musique aujourd’hui honnie et qui ne fait plus recette que chez les indécrottables nostalgiques. On peut dire finalement que le charisme du bonhomme lui donne toute légitimité pour s’attaquer à ce répertoire.

Et l’intérêt musical de la chose ? Eh bien il est indéniable. Ce qui pourrait à la base sembler une collection de reprises nostalgiques est en fait un rafraîchissement du patrimoine. Les versions sont assez vitaminées, fouillées (cuivres, violons, banjos) sans tomber dans le big-band indigeste. Le tout a, paraît-il, été enregistré à la maison. O Mary Don’t You Weep est fort bon, dans le genre folk-rock de bastringue. On se dit que Nick Cave aurait été comme un poisson dans l’eau dans une évocation pareille.

Les orchestrations sont fouillées mais pas trop légères. De la musique haut de gamme qui tranche avec le goût du folk bricolé (Bright Eyes, Two Gallants) en vogue chez ses compatriotes.

Certains titres sont tellement standards et ressemblent à tellement d’autres qu’on ne sait plus à quel morceau de Dylan ou des Pogues ça ressemble (My Oklahoma home). A l’inverse, on a du mal à imaginer que Eyes On the Prize n’a pas été composée pour lui. Pour Leonard Cohen à la rigueur dont il s’approche de temps en temps. C’est un des moments forts du disque. On pourrait dire la même chose de Mrs McGrath.

Reste le We Shall Overcome qui donne son nom à l’album, classique qui subit une nouvelle fois la reprise. Après avoir servi tant de causes de par le monde (du Vietnam au Walen Buiten), qui va se réapproprier cette version ? C’est l’actualité qui décidera. Au passage, cette énième interprétation est bonne mais le morceau en lui-même, pour chargé d’histoire qu’il soit, est un peu en retrait du reste.

Si Walk The Line vous a convaincu que Johnny Cash n’est plus un gros mot, voici de quoi poursuivre en douceur votre découverte du folklore d’Outre-Atlantique. Il est de plus gorgé de soleil du Midwest, voire d’exubérance de New-Orleans (Jacob’s ladder).

On ne néglige pas ainsi les racines musicales d’un continent. Même si la prononciation de Bruce n’aidera pas à une compréhension immédiate des paroles (c’est mon cas, question d’habitude peut-être), conservant ainsi presque autant de mystère que la diction dylannienne.

L’album est cependant plutôt longuet pour se déguster d’une traite. Cet album satisfera tous les curieux de l’immense territoire musical souvent désigné sous le vocable d’Americana ainsi qu’à ceux qui ont décroché de la carrière du boss et veulent le voir au sommet de son art sur des morceaux moins quelconques que les siens depuis un petit temps. Les autres l’ont déjà ou ne liront même pas ceci. (M.)

Article écrit par Marc

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