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Jean-Louis Murat : Taormina

mercredi 20 septembre 2006, par Marc

Jean-Louis privilégie la qualité à la quantité et c’est pas dommage


Pour une fois, Jean-Louis Murat a mis plus d’un an à nous revenir. Donc, après cinq albums en moins de trois ans (tous critiqués sur ce site), ses sorties s’espacent. C’est heureux pour plusieurs raisons. La première c’est que ça nous laisse du temps pour digérer ce qui est paru depuis 2002 (il y avait quand même deux doubles albums dans le tas). Ce qui en ressort c’est que les deux meilleurs étaient A Bird On A Poire, auquel il n’a fait que collaborer et Parfum D’Acacia Au Jardin, le DVD enrichi d’un pendant sur Cd. Ce qui est paradoxal vu qu’il s’agissait des deux œuvres annoncées presque comme récréatives. La seconde bonne nouvelle c’est que cet album est son meilleur depuis Mustango. Est-ce sa paternité récente, heureusement non ponctuée de l’obligatoire présence d’une berceuse (exercice horripilant que nous ont déjà infligé Renaud, Bénabar ou Miossec) ou le moindre éparpillement qui sont à l’origine de l’embellie ?

Qu’est-ce qui distingue alors ce Taormina (ville de Sicile par parenthèse) de ses productions récentes ? La réponse n’est pas simple. Seule une succincte récapitulation des petits défauts des dernières productions pourrait nous aider. Il y avait en effet une certaine complaisance dans la lenteur sur Mockba qui alourdissait le propos. Ici, les ambiances sont plus stylées, le son plus poli. Il émane de cet album un charme plus direct, qui confine plus à l’admiration qu’à l’ennui qui suintait par les pores de Mockba. Les moments moins contemplatifs sont ici complètement assumés (Maudits, Billy). Enfin, les mélodies marquent un net regain de forme par rapport à ce qu’on a entendu ces dernières années. Elles sont toutes convaincantes, rendant la qualité constante d’un bout à l’autre. Par exemple, Au Dedans De Moi nous rappelle les bonnes heures de Dolorès, un de ses plus brillants albums à ce jour. Et c’est ce qui caractérise cet album. S’il se situe dans la droite ligne de ses sorties récentes, il semble tout simplement avoir resserré l’écriture et l’interprétation pour retrouver la qualité de Mustago ou Dolorès. Sur le morceau de résistance qu’est accueille-moi paysage, il prend même une ampleur nouvelle. Loin du revival, de la citation et de la nostalgie, il crée une musique hors temps. Exit ici la sècheresse de 1829, les arrangements de cordes ou les collaborations.

Les références ne seront encore cette fois pas à chercher dans l’hexagone. Murat se rapproche en effet plus d’un Bob Dylan, d’un Neil Young, voire d’un John Lee Hooker (les riffs de guitare s’en rapprochent parfois). C’est que Jean-Louis manie bien la guitare. Non pas comme un virtuose du tricot de cordes mais comme un orfèvre d’un blues non geignard. La voix aussi semble avoir atteint sa plénitude en se débarrassant d’une certaine nonchalance. Comme le dernier opus de Dylan, le paradoxalement nommé Modern Times, il présente Jean-Louis hors du temps, avec un son indatable, après une discographie aussi fournie qu’inégale.

En se faisant plus rare (tout est relatif, il tient une moyenne qui n’appartient qu’à lui), Jean-Louis Murat renoue avec ses meilleurs moments. Pour lui, une certaine traversée du désert peut fort bien se concevoir avec une pléthore de morceaux. Mais en se concentrant sur l’essentiel, loin des albums trop longs ou trop conceptuels, il nous livre un album de digne de ses meilleures heures, c’est-à-dire cent coudées au-dessus de la production francophone moyenne.

Article écrit par Marc

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