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Vincent Delerm : Les Piqûres d’Araignée

samedi 30 septembre 2006, par Marc

Vincent Delerm veut faire évoluer sa musique. Mauvaise idée


L’annonce d’un nouvel album de Vincent Delerm peut être une bonne nouvelle. Après être entré avec réticence dans son univers, je m’y suis enti à l’aise. Où en est-il ? Qu’est-ce que son enregistrement en Suède a apporté ? Le cap difficile du troisième album est-il passé avec succès ? Suspense...

Vincent Delerm est passé en deux albums de la reconnaissance d’une minorité littéraire à la large diffusion, détracteurs compris. C’est qu’il y avait sur Kessington Square une véritable grâce, des cordes qui tenaient un morceau comme son idole Neil Hannon (qui vient pousser la chansonnette ici dans des échanges culturels linguistiques anecdotiques) n’est jamais arrivé à faire. Mais il était condamné à évoluer. Cet album ne propose plus la même chose, c’est déjà ça. Nous allons voir à quel point ce n’est pas réussi.

Une chose frappe d’emblée : il chante encore plus mal. Si le premier album nécessitait un petit temps d’adaptation, le second dans la foulée semblait plus familier. Mais ici, en visant une délicatesse dans un registre vocal plus aigu, il se fourvoie clairement. Sur Déjà Toi ou Ambroise Paré et d’autres titres, on doit même faire un effort pour capter au vol la teneur des paroles. En perdant une partie de cette distance qui pouvait paraître maladroite ou hautaine à ses détracteurs, il se fait plus passe-partout mais aussi plus mièvre. Finalement, le registre vocal limité dans lequel il se cantonnait lui allait bien. C’est ce qu’on appelle une preuve par l’absurde.

Parfois, je ressens un léger malaise en écoutant une chanson comme Sépia Plein Les doigts. Parce que l’ironie légère frappe juste en fustigeant gentiment la nostalgie d’une France d’avant. Mais il faut bien le dire, ni la forme ni le fond ne sont très modernes ici. On est toujours le vieux con de quelqu’un, certes, mais quand les trois quarts des chansons décrivent les affres des souvenirs perdus, il n’est pas judicieux de se moquer des regrets des autres, fussent-ils réactionnaires. Dans le même ordre d’idées, Voici La Ville montre une vision de la province un rien condescendante, même s’il en provient. Plus tordu est Il Fait Beau. D’accord, on a compris le second degré, la gentille moquerie du Bobo de gauche pour la majorité politique française actuelle, mais bon, le gnangnan, même pour rire n’est jamais transcendant.

Le propos de cet album est plus intimiste, compte moins de name-dropping. Les références de ses albums en général s’adressent à la tranche d’âge 28-32 ans. Eh oui, le marketing se doit d’être précis. Signalons cependant que je suis tip-top dans le coeur de cible, d’ailleurs je comprends tout à ce name-dropping élevé au rang d’art majeur. A ce propos, remarquons que ce procédé est utilisé beaucoup moins sur cet album, seule la chanson Les Jambes De Stefi Graff ressemble à la version fétichiste du sommaire d’un Stade 2 de 1987.

Bon, encore une fois, ce n’est pas l’extase musicale. Si ce n’est pas ce qu’on attend d’un album de chanson française, je me demande quand même jusqu’où peut aller l’indulgence en la matière. Il y a bien plusieurs exemples de réussites musicales françaises ; en gros, tout ce qui a été critiqué dans cette catégorie cette année est plus que digne. Donc ceci est moins bon que sur ce qui m’a enthousiasmé. Réécoutez Kessington Square. Sur cet album, il y a un véritable rythme par moments mais jamais de batterie. On en a mis ici. L’idée n’est pas mauvaise a priori mais le son choisi est calamiteux. La volonté était peut-être de sonner vintage mais bon, entre le kitsch assumé et le ringard, il y a un petit pas qu’il a sauté allègrement. La tentation de faire le slow qui tue déforce de fort jolies choses comme Marine (sans cette faute de goût c’est une de ses meilleures chansons) ou encre 29 Avril Au 28 Mai. C’est encore plus flagrant sur ce dernier titre. S’il commence par un piano peu guilleret, vers la fin l’intrusion de la batterie et de la basse vient gâcher le plaisir. On n’a plus entendu de son de caisse claire aussi désuet depuis des années. On se croirait dans une ancienne publicité Royal Canin. Mais siiii, celle avec le berger allemand.

Pourquoi tant de haine ? Parce qu’au delà de l’humour qui est moins présent, il y a de mauvais choix manifestes. Si à tête reposée, la lecture des paroles et toujours plaisant, le gloubiboulga musical est désolant. On ne va pas enterrer Vincent Delerm comme ça mais il s’éloigne sur la pente savonneuse du joli. Peut-être est-ce inévitable de ne pas aimer ça quand ce que j’ai critiqué et apprécié récemment est tellement plus enthousiasmant musicalement. On ne peu pas comparer l’incomparable, mais une chanson comme A Naples Il y a Peu de Place Pour s’asseoir est difficile à avaler.

En dépit des réticences exprimées ci-dessus, le talent de Vincent Delerm sauve quand même la mise. Malheureusement, à part certaines chansons qui sentent franchement le formol, les titres agréables sont anecdotiques et aucun n’est parti pour marquer nos mémoires comme les meilleurs moments des deux premiers albums. Si on peut gloser à l’infini pour savoir lequel de ces deux-là est son meilleur, la question concernant son plus mauvais sera tranchée facilement grâce à ces Piqures D’Araignée.

Article écrit par Marc

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