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Grinderman : Grinderman

samedi 17 mars 2007, par Marc

Plus de bruit, moins de gras, le Nick Cave nouveau a de la saveur


Il y a des groupes comme ça, en écoutant quelques morceaux et en connaissant le contexte de side-project défouloir pour Nick Cave, on se dit qu’on a déjà pigé l’affaire. Et puis une fois l’album complet disponible, on se dit qu’on n’était pas loin d’être à côté de la plaque.

Retour sur les épisodes précédents. Je ne vais pas vous faire le coup de la bio express de l’Australien à chaque fois mais depuis une petite dizaine d’années maintenant, il s’enfonçait de plus en plus dans un rôle de crooner lunaire. Pas désagréable sans doute, et puis sa voix s’y prête fort bien, mais on a connu tellement de hauts faits qu’on avait toujours un petit goût de trop peu. Il y a trois ans, le double The Lyre Of Orpheus/Abattoir Blues montrait une nouvelle envie mais le tout était trop ‘big band’ (toutes proportions gardées) et comptait encore trop de chœurs pour prétendre complètement nous retrouver. Les concerts, avec plus de dix personnes sur scène, étaient aussi un peu too much. L’envie de retourner à une formation plus légère pour faire plus de bruit semblait donc légitime, mais suscitait aussi un peu de crainte. On a en effet en mémoire les récréations de type Tin Machine pour David Bowie ou la reformation des Stooges. Cette dernière, pas vraiment indigne mais certainement hors de propos pour qui est au courant que le rock à guitares à connu le punk, le hardcore, le grunge ou encore le nu-metal dans l’intervale, nous faisait un peu redouter un retour aux sources genre The Birthday Party (premier groupe de Nick Cave en Australie, difficile à aborder si vous n’avez pas un mot des parents). L’évocation d’Iggy Pop n’est pas innocente, tant le spectre des Stooges plane sur Depth Charge Ethel, Honey Bee (Let’s Fly To Mars) ou Love Bomb.

Avec qui Nick Cave s’est-il accoquiné pour cette diversion ? Il n’est pas allé bien loin, il a tout simplement emmené avec lui quatre membres des Bad Seeds, le groupe qui l’accompagne depuis un certain temps. C’est un excellent choix parce qu’ils se connaissent vraiment bien et que, visiblement, ils sont sur la même longueur d’onde. Par exemple, Blixa Bargeld est un grand habitué de ces ambiances industrielles dans l’acception que son groupe Einstürzende Neubauten en avait il y a 20 ans de ça. Il n’y a que lui pour qu’une guitare sonne comme tout, sauf une guitare. Sur ce Grinderman, elle apporte un plus vraiment appréciable. Les solos ne peuvent jamais être kitsch ou décoratifs quand ils sont plongés dans cette sècheresse et ces sons tellement particuliers. C’est vraiment super agréable de retrouver une véritable recherche et pas une application servile de recettes qui ont marché.

On l’a dit, il se trouve sur cet album des moments de fureur contenue, qui font plus dans la tension que l’explosion. Mais la bonne surprise vient aussi du reste, c’est-à-dire à une relecture plus directe des meilleurs moments dont ils sont capables. No Pussy Blues (on apprécie au passage la subtilité du ton) me fait penser à la répétition de It’s Allright Ma de Bob Dylan, avec une basse tendue. Puis tombe dans les guitares bruitistes du plus joli effet. Enfin, joli... Il confère à une chanson un peu répétitive une tension qui lui est propre. Ce n’est pas à lui qu’on va apprendre à déclamer un texte en le rendant inquiétant. Il s’agit d’un type qui a vraiment tout essayé pour dérider une fille vraiment réticente. Le texte ne manque d’ailleurs pas d’humour. Le contraste entre la mise en tension et la violence est réussi. Dans les moments plus inattendus, on a Electric Alice et son orgue et son violon distordus comme sur une version industrielle des Doors.

D’une manière générale, le ton plus sec rend de grands services aux morceaux. Par exemple, I Don’t Need You To Set Me Free aurait pu figurer sur un album comme The Good Son. Mais la guitare est plus décalée, et rend le tout moins langoureux. Sa voix ne joue pas ici dans le pathos contenu, mais se fait plus sobre, plus directe, sans toutefois éructer. Une fois, sur Man In the Moon, il se laisse aller mais la chanson est très courte et a une orchestration minimale. Dans la même famille musicale, on peut citer PJ Harvey qui aurait pu accoucher de Go Tell The Woman.

Alors qu’il n’a plus rien à prouver à personne et qu’il n’a jamais composé de mauvais album, Nick Cave a eu la pertinence de faire un pas de côté et de sortir un album sans matière grasse, servant de bonnes chansons dans des atours qui leur vont rudement bien. On ne connait pas la viabilité de ce side-project qui me semble meilleur que sa production, disons des dix dernières années. C’est à ce titre une des bonnes surprises car on aurait accepté du moins bon de sa part. Si ceux qui le préfèrent en chanteur de charme crépusculaire resteront un peu sur leur faim, les autres prendront un grand plaisir à l’écoute de cet album sincère et réussi.

Article écrit par Marc

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