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Nine Inch Nails - Year Zero

jeudi 7 juin 2007, par Fred

Insécurité sociale


Comment écrire la chronique d’un album de NIN sans risque de me faire incendier par des hordes de fans ?

Peut-être en vous disant en préambule que bien que connaissant quelques opus de Trent Reznor, je suis loin d’être son biographe ou un fan de la première heure. Donc, je me contenterai de vous livrer ici mes impressions, avec les prétentions qui sont les miennes, celles d’un critique passionné de musique.

Sur cet aveu, je m’en vais donc vous parler cet Halo 24 (24eme opus de NIN) et il vous reviendra de juger alors s’il est nécessaire d’ajouter votre grain de sel à cette chronique par le biais des commentaires.

On est tout d’abord presque étonné de recevoir un album de Nine Inch nails après seulement 2 ans. Les sorties précédentes avaient en effet été plus espacées. Ceci présage donc d’un besoin urgent d’expression, d’un brûlente envie d’en découdre. La politique américaine n’y est d’ailleurs pas étrangère. Ca y est, quelques phrases et j’ai dit le mot, ’politique’.
Car c’est bien autour de cela que tourne cet album. De la pochette présentant des avertissements un peu plus insistants qu’à l’habitué, au texte des chansons, en passant par les sons menaçants, tout nous fait penser à la fois à notre réalité et au pire des romans d’anticipation d’Orwel à Bradburry.

Le sticker d’avertissement sur le CD reprend les phrases suivantes : "USBM WARNING : Consuming or spreading this material may be deemed subversive by the United States Bureau Of Morality. If you or someone you know has engaged in subversive acts or thoughts, call : 1-866-445-6580 BE A PATRIOT - BE AN INFORMER !"

J’avoue avoir eu un moment de doute avant de comprendre le lien avec le reste, ce qui prouve que tout ceci se trouve bien dans le registre de l’anticipation.

L’album se veut un concept, décrivant l’Amérique d’un futur proche (2022). Le régime y est totalitaire, l’armée est dans les rues, la population est droguée et les opposants sont traqués. Le concept ne s’arrête d’ailleurs pas à l’album en lui-même, de nombreux sites internet ayant été ouverts pour ajouter des détails et des personnages à cette fresque futuriste pessimiste et violent. Le marketing de l’album a été fortement axé vers les nouvelles technologies, avec ces sites et également le lâcher de clé USB contenant des extraits de l’album dans les toilettes des concerts de NIN. La surface du CD de cet album est également thermosensible, ce qui l’a fait changer de couleur dans le lecteur CD, et fait apparaître une série de 0 et de 1, code binaire renvoyant vers un de ces sites. Le jeu de piste commence !

Bref, après le fond, la forme.

L’album s’ouvre sur hyperpower, qui campe le décor martial de la pièce, à mi chemin entre le son de Ministry et les expérimentations solo de Thom Yorke.

Les premières bribes du contenu politique des textes s’égrainent au long The beginning of the end. Le message, quasiment révolutionnaire, est directement adressé à un petit homme dans une bureau ovale. Le terme de "social insecurity" est laché.

L’electro choc continue sur Survivalism, premier single de l’album. Le titre demande quelques écoutes mais est finalement bien ficelé. Le style est celui du rock indus rouleau compresseur pas moins.

Le groove devient plus rond sur Good soldier, histoire contée du point de vue d’un soldat dans la rue. Une ligne de basse ronflante, un riff de guitare acéré et des claviers aériens font de ce morceau un des meilleurs de l’album.

Sur plusieurs morceaux suivants tel (Vessel), l’expérimentation est omniprésente et chose étonnante, on en vient à écouter cet album à priori rock pour ces beats tordus, ces sons alambiqués, comme on le ferait pour une album d’électro. Sur Vessel, l’ambiance est electro goth ; sur Me, I’m not, on n’est pas très loin de l’électro minimaliste.

Bon choix pour le second single Capital G que ce soit au niveau du contenu, contestataire un fois de plus et critiquant la politique d’un homme d’état "signant d’un G majuscule" (pas Georges Bush selon Reznor), que de l’enveloppe musicale sombre et dense. La forme plus classique offre une pause avant de reprendre les montagnes russes sonores.

Comme un pendant à hyperpower, my violent heart remprend le même mélange mais le fait pencher du côté de l’électro apocalyptico-martiale. La fin du morceau ressemblant d’ailleurs aux meilleurs délires observé lors de sets electro (chemical brothers par ex).

Reprise des festivités sur God given, collage electro groove qui dénonce les liens entre l’église et le régime en place (en 2022, hein, pas maintenant. C’est de la fiction... vous croyez quoi ?).

Intermède bienvenu, The greater good est une pièce instrumentale contemplative dont les mélodies aux "cloches" ont des accents orientaux.

Avec Meet your master, The great destroyer est peut-être la chanson de l’album avec la structure mélodique la plus proche d’un morceau rock classique, si ce n’est sa batterie digitale et le break des percussions electroniques après 2 minutes. Sans concession.

L’album de NIN se clôture un fois encore sur une chanson plus calme, Zero Sum, gospel fort agréable, quasi religieux, sur un beat mecanique. Une belle touche finale

La production bien que très dense, arrive à rester minimale sur l’ensemble de l’album. Ce qui colle parfaitement au thème et à l’atmosphère oppressante et paranoiaque des textes. Chose à signaler cependant, 16 chansons de cette teneur c’est long, et l’écoute d’une traite s’est révélée ardue.

Si on devait vraiment trouver un point faible à cet album on regretterait que bien que Reznor soit un parolier génial et un producteur d’exception, il n’est pas vraiment un chanteur hors norme, et on sent que le chant coince parfois aux entournures.

Cependant, ce que Reznor fait ici peu de personne le feront en 2007 : livrer un album dense, courageux et abouti et qui n’arrive pas au bout de sa créativité après 6 pistes, au point qu’il déborde sur internet et sur un deuxième CD prochainement, si mes informations sont correctes. Bonne écoute.

Article écrit par Fred

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