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Okkervil River - The Stage Names

jeudi 18 octobre 2007, par Marc

Les charmes de la maison-mère


Un moyen pas banal pour découvrir un groupe est le biais des side-projects de ses membres. Au commencement était donc Okkervil River, estimé par ses pairs et les connaisseurs de la chose. Puis, pour donner libre cours à leurs compositions plus calmes, ils ont créé Shearwater, et certains s’y sont sentis si biens qu’ils y sont restés. C’est donc ce dernier groupe que j’ai découvert, au hasard de leur excellent morceau My Good Deed. Et comme ils sont devenus une de mes valeurs sûres d’une musique qui prend là où ça fait du bien d’être pris par la musique, j’ai profité de l’unanimement acclamée du dernier album d’Okkervil River pour reboucher un des innombrables trous dans ma culture musicale.

Shearwater est un groupe viscéral, surtout sur le dernier Palo Alto qui est ressorti. La volonté élégiaque est moins marquée ici et c’en est presque déconcertant au premier contact. L’autre différence réside dans une électricité plus présente. Les charmes d’Okkervil River sont souvent sous-jacents, ce qui fait que l’intérêt croît avec l’attention. C’est la distinction qui s’impose après un certain temps et qui fait que cette critique parait tellement longtemps après ma découverte. Loin des démonstrations à la Sufjan Stevens ou des velléités countrysantes de Bright Eyes, la sobriété des effets se révèle plus efficace sur la longueur, ce qui fait qu’ils peuvent tout se permettre, y compris de la steel guitar et des cuivres (A Girl In Port).

Mais ne vous méprenez pas, il y a aussi des titres d’un attrait immédiat comme les remarquables A Hand To Take Hold Of The Scene ou Unless It Kicks et à part une petite baisse de régime de temps en temps, il se passe toujours quelque chose, une progression (John Allyn Smith Sails), un boogie détourné (You Can’t Hold The Hand Of A Rock ‘n Roll Man). Difficile donc de classer cette musique qui s’éloigne aussi bien du revival américana que de la sècheresse indie pure (Tapes ‘n Tapes et autres). On peut cependant le ranger si on aime l’ordre quelque part entre le premier album de The Veils pour cette capacité à jongler avec les trucs et ficelles du rock pour en faire quelque chose de nouveau et, évidemment, Shearwater.

Ecoutez. Laissez reposer, revenez-y. Et la magie ne pourra qu’opérer. Des titres qui n’avaient pas fait mouche de prime abord dévoilent toute leur évidence (Savannah Smiles). La facilité mélodique aide aussi à ne jamais rendre un morceau inutile. Et puis, l’écriture est très soignée. C’est sans doute un argument pour expliquer pourquoi ce groupe jouit en Amérique d’un statut qu’il n’a pas dans nos contrées. Petit exemple, s’ils se produisent à l’Ancienne Belgique, c’est dans la petite salle du dessus quand la grande est occupée le même jour par The National. Dur pour eux. Dur aussi pour nous qui aurions bien vu les deux.

Parfois il vaut mieux parler de la qualité d’une musique plutôt qu’essayer vainement de lui trouver sa catégorie. C’est une démarche à avoir à l’heure où des mélanges et hybridations sont tentés entre styles très stricts. Okkervil River dépasse ces clivages, moins par sa diversité que pour sa recherche de la chanson juste qui fera mouche. Et qui d’ailleurs fait mouche la plupart du temps. Finalement, il n’y a pas tant à dire d’Okkervil River. Et c’est bon signe quand on apprécie. Ce sont les chansons qui parlent. Si elles ne sont pas uniformément renversantes, elles sont clairement dans le très haut de gamme de l’écriture, de la composition et de l’interprétation. Avec en prime une classe sobre qui les rend finalement excellentes. Si les noms cités ici vous inspirent la moindre sympathie, c’est un conseil sans risque que je vous donne.

Article écrit par Marc

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