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A Place To Bury Strangers - A Place To Bury Strangers

mercredi 19 septembre 2007, par Marc

Cold-wave et détartrant dans une même formule


Parfois, il me vient l’idée incongrue que la musique proposée de nos jours répond à un cahier de charges, que chacun essaie de créer une formule personnelle à base d’éléments existants, à la manière d’un laborantin. Il est donc heureux que de temps en temps on tombe sur des gens dont l’ambition est de faire exploser le labo.

Mais pour innover un tant soit peu, il faut du nouveau matériel. C’est exactement le cas d’Olivier Ackerman qui non seulement construit ses pédales d’effets lui-même mais fournit des groupes aussi divers que Wilco, Spoon ou Tv On The Radio, autant dire une bonne partie de la première division. Mais en marge de ces créations, il essaie de voir quels sont les sons les plus invraisemblables qu’on puisse sortir d’une planche à six cordes. Ce sont ces sons qui sont l’ingrédient original de ce groupe.

Allez-vous aimer ça ? Vous ne serez pas long à le savoir. Après 6 secondes de rythmique robotique, une première giclée de noise bien sale déboule. Puis le chant en retrait, pas sépulcral comme on aurait pu le craindre. Ce n’est pas la mise dans le bain la plus progressive mais vous serez énervés ou interloqués selon le cas. Dans le second cas, votre curiosité risque bien d’être récompensée. A Place To Bury Strangers est un peu come Joy Division : ils ne feront aucune concession au plaisir d’écoute, aucune courbette pour élargir leur public. C’est justement ce caractère extrême qui me plait chez eux. Cette façon de partir d’influences cold pour pousser le feedback et la distorsion dans ses derniers retranchements. Le chant reste très calme, joli presque, ce ne sont en rien des éructations. Ce n’est en rien du métal, ni même de l’indus même si certaines rythmiques rappelleront Ministry à certains.

La suite de l’album ne poursuit pas le premier morceau dans la violence et propose un cocktail personnel dans la même veine mais plus accessible. Le moins qu’on puisse écrire est qu’ils maitrisent très bien la caresse et la claque. Sur le morceau Don’t Think Lover par exemple on a une dualité dream-pop vaporeuse et détartrage auditif. Alternativement bien heureusement. Mais parfois c’est en même temps, ce qui donne l’impression que la bande est tombée dans une bétonneuse ou que My Bloody Valentine est à Francorchamps (My Weakness). Le son de basse est occasionnellement à chercher du côté de The Cure (She Dies). Mais quand le mur de guitare se dresse, il est construit dans le feedback le plus ultime. C’est du feedback distordu, pas de riff métal, pas même des murs de guitare. Tout est géré par la puissance des effets.

Pas toujours follement renversants dans leurs morceaux qui sont tout de même d’une bonne tenue sans quoi ce serait juste une expérience, c’est leur traitement qui retient l’attention. Mais si on gratte un peu, il y a d’authentiques réussites mélodiques comme I Lived My Life To Stand In The Shadow Of Your Heart. Bon, imaginez que The Organ ait eu à subir les derniers outrages d’une bande de shoegazers déchaînés. Eh bien c’est une réussite du genre figurez-vous, même si l’impression de se décrasser les oreilles au papier de verre m’effleure un instant. Mais ce n’est pas péjoratif tant il est réjouissant parfois de tomber sur un OJNI (Objet Jouant Non Identifié).

Et quand un morceau se fait plus calme dans le tempo, on le noie dans un déluge et une distorsion qui induit presque un certain malaise. The Falling Sun pourrait à cet égard être la version intransigeante de balades crépusculaires de Sisters Of Mercy de la période First And Last And Always. C’est donc une pure sensation qui s’en dégage avant de revenir plus au calme. C’est cette incursion de l’autre côté du miroir du son qui fait le sel d’A Place To Bury Strangers

Pour les auditeurs qui ont vécu les années ’80 et ’90, rien de révolutionnaire dans les composantes n’est à signaler. Sauf que le jusqu’auboutisme de la démarche et les sons hallucinants peuvent emporter l’adhésion. On sent passer les New-Yorkais et c’est ça qui fait du bien.

Article écrit par Marc

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