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Evanescence : Fallen

mardi 8 août 2006, par Marc


Ca fait un petit temps que je voulais me le faire, le flairant, le retournant, le soupesant pour voir ce qu’il pouvait avoir dans le ventre. Ce groupe est une hybridation assez typique de l’époque et toutes les greffes ne prennent pas comme nous allons le voir.

Le gothique est un genre par essence ridicule, facile à caricaturer. Si les bases littéraires sont bien balisées (la gothic novel britannique du XIXème siècle, Les Chants de Maldoror de Lautréamont...), musicalement c’est une autre paire de manches. Car même le terme a changé d’acception. On a vu des réussites certaines que je me suis empressé d’écouter pour voir si ça avait si mal vieilli que ça. Ouf, Fields of the nephilim et autres Sisters of mercy tiennent toujours la distance. Ce n’est pas donc un genre dans son entier qui est à blâmer, c’est ce que devient un genre qui peut laisser place à des dérives. Dérives parce que je ne trouve ici aucune trace de sincérité. On discerne ici plusieurs influences.

Le gothique donc puisque l’imagerie est assez glauque et se veut pesante. Mais c’est un peu ce qui se produit avec les Rolling Stones, c’est l’image qui a bouffé le reste. Comme l’inspiration est partie il y a un quart de siècle, ils défendent pathétiquement une imagerie rock ’n roll à laquelle, bizarrement les gens croient. Mais bon, les élégies ici évoquent plus Sarah Mac Lachlan que The Cranes. On est dans une version hard-rock light, avec voix dédoublées, nappes de synthés surproduites et kitsch qui déforcent toute tentative de riff puissant (Everybody’s fool). Si la voix est claire et puissante, elle dégage autant d’émotion qu’une olive. Et même en cherchant bien on ne discerne aucune rage ou fêlure sous-jacente.

Les grosses guitares viennent directement d’une version édulcorée du nu-metal. Avec vocaux rapiffiants heureusement moins présents qu’initialement craint à l’écoute du single Bring me back to life. Pour les amateurs de choses surannées, le solo de Haunted nous semble venir en droite ligne de rien moins que Van Hallen.

Ce qui dérange, finalement, c’est que tous les ingrédients qui peuvent sembler intéressants à première vue sont noyés par des tonnes de sucre. Le gothique était ridicule, on l’a dit, mais il pouvait être touché par la grâce. Rien ici ne peut toucher. On a le bruit sans la puissance, la délicatesse sans l’émotion, la surproduction sans le spectacle et le gothique sans le spleen. Le cynisme tutoie ici les sommets. On peut refourguer à des trop jeunes un succédané de ce qui a pu être bien pour plaire à un plus grand nombre. Je sais que ça n’énerve que moi, qu’on ne conçoit pas de passer du Bauhaus à Fun Radio mais au moins je me suis mis à réécouter des albums dignes d’intérêt (pour me nettoyer les oreilles) d’un style qui ne vieillira pas tant qu’on le mettra dans les oreilles en oubliant les pochettes. Je brûle de vous en parler. Mais ce ne sera pas pour ce soir, je vous laisse avec cet heroïc-fantasy de supermarché. (M.)

Article écrit par Marc

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