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Neil Young : Living With War

mercredi 7 juin 2006, par Marc


Neil Young est énervé. Ce n’est pas une nouvelle en soi, vu que ce vétéran n’a jamais eu sa langue en poche. Mais ici, c’est Georges W. Bush qui sert de cible. Je suis tout à fait d’accord qu’il s’agit d’un enfonçage en règle de portes ouvertes, qu’à la moitié du second mandat du fils de l’autre, la constestation est plus que présente, même et surtout aux Etats-Unis. Alors qu’un rescapé de Woodstock (oui, celui de 1969, avec Cosby, Stills et Nash) s’attaque à une personne plus que contestée, ça prête plus à sourire qu’à l’admiration des foules. Mais sa présence à la tournée ’Vote For Change’ plaide en sa faveur et sa sincérité n’est absolument pas discutable.

La nouvelle réjouissante, c’est qu’il émane de cet album une rage et urgence (l’nregistrement n’a duré que quelques jours) qui l’avait déserté depuis un paquet d’années. A force de contempler et décrire avec brio les immensités de l’Amérique, on avait oublié de quelles tornades électriques il était capable. Les seules évocations de Weld ou Mirrorball, le dernier album enregistré avec le doigt dans la prise, vont rappeler de bien belles choses à certains. C’est aussi à ce dernier album qu’on pense, puisque le Crazy Horse n’est pas non plus crédité (à l’époque, c’est rien moins que Pearl Jam qui se collait à la tâche). Le principal changement musical vient de l’intervention fréquente de cuivres en lieu et place des délectables et si particuliers délires à la fuzz avec le Crazy Horse. Les morceaux (Shock end Awe, Living With War) en ressortent plus compacts et, de là, plus efficaces. Mais la balade est ici proscrite, au profit d’un côté délectablement rentre-dedans.

Les thèmes abordés par ces protest-songs du XXIème siècle traitent de l’inutilité de l’envoi de la jeunesse de la nation (Le Springsteenien Families, Flags Of Freedom) dans des conflits purement mercantiles, de la nécessité d’empêcher le président et surtout d’en trouver un autre qui soit à la hauteur. Ce sont d’ailleurs les morceaux traîtant de ces deux derniers thèmes qui constituent les pièces de résistance. Le premier (Let’s Impeach The President), puise sa force à la fois dans l’implacable virulence du propos et dans la présence de choeurs nombreux. La sensation d’une foule qui gronde, non pas de la voix isolée d’un troubadour, est plutôt galvanisante. Pour le second (Lookin’ For A Leader), je dois avouer qu’il se hisse à la hauteur de classiques comme Rockin’ In Th Free World, et que l’épaisseur du propos ("Maybe It’s A Black Man, Or A Woman After All") fait plaisir. Pour Flags Of Freedom, c’est rien moins que le Bob Dylan de 1963 qui est convoqué à travers son célèbre Chimes Of Freedom.

Reste le final patriote et dégoulinant America The Beautiful, soulignant la grandeur de l’Amérique avec force choeurs. L’exercice lui semble obligatoire après une pareille diatribe (rappelons à toutes fins utiles qu’il est d’origine canadienne). C’est sans doute ce qui passera le moins bien pour les oreilles européennes qui verront dans cet étalage un déforcement de tout ce qui a suivi. On retrouve donc avec plaisir un Neil Young en grande forme et fort énervé, ce qui nous vaut son album le plus électrique depuis des lustres. (M.)

Article écrit par Marc

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