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Sigur Ros - Med Sud I Eyrum Vid Spilum Endalaust

mercredi 16 juillet 2008, par Marc

Rencontre de mon type


C’était écrit dans les astres, c’était le destin, c’était une fatalité, il fallait un jour que je découvre Sigur Ros. Après les classiques du post-rock à guitares (Mogwai, Explosions In The Sky) et les canadiens hors d’atteinte (Godspeed You ! Black Emperor,A Silver Mt Zion), place aux inclassables Islandais.

Surtout ne pas se précipiter. Surtout ne pas écrire péremptoirement « Ha bon, ce n’est donc que ça ? ». Parce que, oui, c’est un peu ça qui m’est venu en tête. Parce qu’à force d’entendre qu’un groupe est sublime, on finit par avoir des préjugés. Positifs, certes, mais quand même. Quels étaient-ils ? Celui d’une musique hors du temps, céleste et émouvante. Et dès l’entame, ces idées volent en éclats. J’ai lu ça et là que leur genre évoluait, mais que leur style restait. C’est que l’entame de l’album est plutôt pop. Puis gagne en intimité, en passant par deux pièces majeures. On va en reparler.

Gobbledigook (heu, non, je n’ai pas poussé le zèle jusqu’à retranscrire les accents) se présente comme une pop assez relevée. Le second morceau offre déjà plus d’ampleur, de majesté. La langue pratiquée reste évidemment obscure et même le dernier titre en anglais n’offre pas la limpidité attendue. Ce n’est donc pas le contenu sémantique qui importe.

Leur virage vers une pop presque classique les fait apparaître paradoxalement plus singuliers. En effet, les voix sont toujours aussi particulières. Ajouter du chant sur des mélodies stratosphériques comme Sud I Eyum sans les dénaturer n’est pas le moindre de leurs exploits. La voix haut-perchée, peu et tellement humaine à la fois fait mouche, l’épaisseur du propos final faisant le reste. Signalons aussi qu’un Flyotavik possède une intensité supérieure et se prolonge sur un Straumnes instrumental

Il faut bien dire qu’il faut peu d’écoutes pour complètement succomber aux extraordinaires Festival ou Ara Batur. La première citée commence presque comme une incantation. Voix de tête, nappe de synthé, peu de choses composent la première partie. Et le charme opère. De façon peut-être un peu abrupte, un riff de basse déboule, installant une montée qui durera plusieurs minutes, sans fléchissement ni faiblesse. Sur quelques accords entêtants, dans la plus pure tradition d’un post-rock dont on les dit maitres. Cette capacité à jouer dans un même morceau les deux registres opposés de l’intime et du spectaculaire, du minimalisme et du baroque, du recueillement et de l’exaltation montre en tous cas une belle maitrise de la caresse et de la claque. C’est sur ces moments-là qu’on voit que ce groupe ne débarque pas de nulle part. L’autre morceau de bravoure est donc Ara Batur. Là encore, il suffit de pas grand’ chose pour installer l’ambiance et quelques accords de piano font monter la sauce. Comment ne pas sonner pompier et toucher avec des ingrédients pareils (vois qui s’échappe, chœurs enfantins, violons) ? Je me bornerai à constater que c’est prenant, c’est tout. Pas envie de bidouiller en cuisine si un talent pareil m’est jeté à la face.

Evidemment, quand l’ambition et la réputation d’un groupe est de confiner au sublime, tout ce qui n’y touche pas tendra à décevoir. Pourtant, on aurait tort de bouder son plaisir même s’il faut avouer qu’un Illgresi ou Gooan Daginn sont plus banals, et ce ne sont pas les quantités industrielles de folk que j’ingurgite qui vont tempérer ma tiédeur (ça se dit, ça ?). Les mélodies, souvent limpides, ont aussi un peu tendance à se ressembler.

Sans trop de surprise, je me suis vite retrouvé chez moi dans l’univers de Sigur Ros. Sans doute me faudra-t-il remonter le cours d’une fort réputée discographie pour situer cet album par rapport aux autres, tant ce groupe ne peut se comparer qu’à lui-même. Quand il se met à une pop luxuriante, détendue et intimiste, c’est déjà fort bien. Quand ils déploient toute l’intensité dont ils sont capables, notamment sur deux pièces plus amples, ils tutoient tout de suite les cimes.

Article écrit par Marc

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