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Tv On The Radio - Dear Science

jeudi 25 septembre 2008, par Marc

L’omelette norvégienne.


L’aspect cyclique de la critique musicale ne saute pas tout de suite aux yeux. Puis, après presque cinq ans de pratique, on peut anticiper des retours. Si pas de sorties régulières, au moins de replongées dans des univers qui nécessitent une certaine immersion. Car on ne se frotte pas toujours facilement à un groupe comme Tv On The Radio. Après un Desesperate Youth, Blood Thirsty Babes qui m’avait gentiment laissé au bord du chemin, il m’avait fallu Return To Cookie Mountain pour vraiment apprécier leur musique, un concert puissant venant entériner la découverte. Certes, je n’ai plus pris le temps de rentrer encore dans ce monde-là depuis, mais j’attendais cette livraison avec une impatience non feinte.

Sans avoir l’air d’y toucher, avec une mélodie presque guillerette, Halfway Home est une machine inarrêtable. A coups de guitares saturées, de chœurs gentillets d’apparence, l’oreille est déjà happée par cet album globalement plus léger et énergique sur lequel on retrouve moins le post-punk arrêté mâtiné de Gospel de l’album précédent.

On ne retrouve certes pas la fougue juvénile de ces arrogants Anglais de Foals mais l’abattage est parfois comparable, la performance étant de ne pas les laisser sonner de façon identique puisque c’est le guitariste de Tv On The Radio, David Sitek qui est à la production dans les deux cas. Et on peut dire que c’est son second coup de maitre de l’année. C’est qu’il y a des idées dans des morceaux comme Stork and Owl, des riffs de violons, des coups épars de batterie, du pizzicato aussi. Ou alors ce sont des rythmes funky qui arrivent de nulle part (Crying) pour booster un morceau qui en a besoin, ou encore le funk tordu de Red Dress. Ne pas rendre ça lourd ou confus est assez remarquable, et l’apparence reste simple puisque les nombreux éléments s’agencent bien.

Il y a même de fort bienvenues plages de repos pour l’auditeur à l’intérieur d’un morceau comme Dancing Choose mené tambour battant. Avec un peu de recul, voire un peu de cynisme, de telles attentions sentent l’expérience mais comme au total on a des morceaux intenses, les raisons de se plaindre s’éteignent d’elles-mêmes Désolé de revenir encore avec ça. Mais il y a ici de l’âme, du métier, du recul. Pas du bidouillage pour le bidouillage (comme ma déception du dernier Bloc Party). Sans doute cela plaira-t-il à un public plus âgé, moins porté sur l’énergie pure, amateur de choses bien faites et bien finies, un peu élitiste et snob aussi si vous voulez mon avis. Même s’ils sont encore un groupe dont il faut percer toute la carapace pour pleinement profiter, c’est sans doute leur album le plus accessible à ce jour. Et selon l’implication, la volonté de l’auditeur, du moment d’écoute, ça pourra avoir des effets différents. Et, comme le précédent, c’est un album dont l’intérêt croit avec les écoutes.

Evidemment, Family Tree ou Love Dog sont plaisants, certes, mais un peu légers en première écoute. Ce n’est pas exactement un reproche, juste la constatation d’un auditeur habitué aux mouvements de l’âme qui prendra plus d’écoutes pour en extraire tout le jus. De même, les voix soul sont un des éléments qui m’ont tenu longtemps éloigné de ce groupe. Mais une fois acceptée cette particularité, on peut profiter à plein de ces occasionnelles inflexions à la Bowie (Golden Age). Et puis il y a surtout cette intensité, cette urgence rentrée. Certes, c’est elle qui nécessite une écoute plus volontaire, mais la gratification est au bout du chemin d’un DLZ

Ils font partie de cette petite et précieuse famille de groupes à la frontière, à la limite de beaucoup de choses. De la musique blanche et noire tout d’abord. Car ça reste une musique paradoxale, froide avec des éléments chauds (cuivres, guitares funky, voix soul), chaude avec des éléments froids (brouillards occasionnels de guitare), c’est un peu l’omelette norvégienne de la scène rock.

Ne cherchez pas de tuerie patentée et implacable à la Wolf Like Me, même si l’album se termine par un vraiment terrible Lover’s day, avec sa montée appuyée par une batterie discrète mais qui supporte le tout. Le reste ce sont des cuivres, des voix qui donnent tout, et le résultat est une apothéose à un album qui n’aura pas ménagé beaucoup de ces climax (I’m gonna make you come y est-il d’ailleurs dit), privilégiant la constance à la fulgurance. Mais quand ils montent ainsi la sauce, on n’est pas loin de maitres du genre comme Wolf Parade.

Varié, complexe, et occasionnellement puissant, cet album de Tv On The Radio, est l’album type que vous pourrez aimer sans trop comprendre pourquoi, ou rejeter sans plus de raison. Il faut accepter cette part d’irrationnel pour appréhender une des plus intéressantes discographies du moment. C’est en tous cas le meilleur des New-Yorkais à ce jour et son accessibilité le rend plus précieux encore et en fait rien moins qu’une des meilleures productions de l’année en cours.

Article écrit par Marc

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