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Compilation Jaune Orange vol.4

vendredi 16 janvier 2009, par Marc

Salade liégeoise


Dans la charnière de ce disque, il y a un petit crayon, du type de ceux qu’on distribue chez des marchands de meubles du pays de Peter, Björn and John. Et au dos, il y a des petites cases à cocher près du nom des 21 groupes de la compilation. C’est une fort bonne idée qui dépasse le sourire parce que c’est comme ça qu’il faut appréhender la compilation du collectif liégeois : une excellente façon de sélectionner les groupes dont on aimerait suivre l’éclosion (ou la confirmation, tout dépend de leur degré de notoriété).

Les impressions d’une soirée au programme pantagruélique allaient-elles se confirmer ? C’était un des enjeux de l’écoute de cette compilation. Si vous vous êtes déjà frottés à la critique musicale, vous savez sans doute que parler d’une compilation (ou d’un mix, c’est pareil) impose souvent le fastidieux piste-par-piste qui est au texte fluide ce que la liste de courses est à la poésie. Comme je pars de l’hypothèse, un peu forcée sans doute que vos goûts ne sont pas exactement opposés au miens, je vais m’attarder sur ce qui a retenu mon attention. En bien ou pas d’ailleurs.

La tonalité est de toute façon assez pop-rock. Avec des nuances, des entorses à l’orthodoxie. Au rayon folk-rock, Dan San marche toujours, même si c’est en concert que leur humanité et leurs harmonies vocales sont plus à l’aise que sur ce cd où on s’éloigne plus des merveilles du genre, les il est vrai peu imitables Fleet Foxes ou complexes Department of Eagles. Elvy est aussi joli tout plein, avec une voix qui se veut proche de Neil Young. Comme ils vont revenir à l’actualité, on revient vers toi, futé lectorat. Tsu aussi est mignon, en plus anodin. Le soft-rock acoustique doit être brillant s’il veut laisser une trace au-delà de l’écoute. Plus ambitieuse est la pop de Vancouver. Mais encore une fois, le style condamne à l’excellence. Il y a de fort bonnes choses, mais les modèles sont tellement hors d’atteinte (The Veils, Radiohead, Elbow) que de bonnes compositions (elles le sont) sont vues plus sévèrement.

The Experimental Tropic Blues Band (nom trop long par parenthèse) fait dans le plus poisseux, et Evil Black Cadillac (extrait de leur Captain Boogie imminent dont on vous reparlera), voire le hard blues avec un riff qui sent bon l’huile de moteur. La voix ne me semble pas complètement raccord, un peu trop gutturale pour le style. Mais le tout tient quand même la route.Les passages parlés montrent que nous ne sommes pas en présence de native speakers. Ca passe en concert, donc pas de panique. Que reste-il de leurs guignolesques voisins de garage **Two-Star Hotel sur support physique ? C’est franc du collier et sautillant à défaut d’être inoubliable. Retirez le charme de Be Your Own Pet et vous avez The Electric Lady Blues. Trop caricatural pour convaincre. Les Singlets m’amusent plus dans le genre ‘dans ta face’.

On sent tout de suite que les Hollywood Porn Stars sont un peu au-dessus de la mêlée du point de vue des compositions et du professionnalisme. C’est tout de suite saignant, direct, convaincant. Dans les jeunes pousses, 7even PM a des chances. C’est une de mes découvertes en tous cas. El National Quaterback est quant à lui encore trop décousu. Laissons-les mûrir. Dans ceux qui devraient être à point, le Malibu Stacy présenté ici n’est pas des plus formidables puisqu’ils semblent moins à leur affaire dans les tempos lents.

Le rayon electro n’est vraiment pas une spécialité de la maison et Me And My Machines et son son ample mais daté ne m’agitent vraiment pas. Superlux est plus pêchu et groovy sur scène que sur ce morceau où ils croisent dans les eaux d’un Soldout. Toujours dans le plus rare, la lap-pop de Pale Grey est toujours aussi intéressante mais est un peu assise entre deux chaises. Le parti-pris d’une partie électronique se justifie certes par sa simplicité, mais les rythmes synthétiques ne permettent pas à leurs arpèges inspirés de susciter les mêmes émotions que le post-rock plus classique. On peut mêler les deux d’ailleurs, comme un 65 Days Of static le prouve.

N’oublions pas que dans notre contexte national particulier, l’export commence en Flandre. Tout ça pour justifier le choix étrange des têtes de gondole Girls In Hawaï de s’exprimer dans la langue de Vondel (les 20 autres groupes pratiquent l’anglais). Précisons que Voor Ik Vergeet est un bon morceau, de ceux qui montrent qu’ils ne sont jamais meilleurs que dans la simplicité, dans la maitrise de leurs envies de faire tordu pour le tordu. C’est parce qu’ils sont capables de ce recentrer de la sorte qu’ils ont un avenir et que je continuerai à les écouter malgré l’impression qu’à l’heure actuelle, un paquet de groupes américains ou canadiens font bien mieux. Autres valeur sûre, le rock de bastringue de My Little cheap Dictaphone fait toujours mouche. C’est un peu policé peut-être mais convaincant de bout en bout. On attend leur projet de pied ferme en tous cas.

Il faut quand même que je vous mette en garde contre Colonel Bastard. Farce pas drôle qui pense sans doute avoir assez de recul pour être intéressant. Sur scène, avec le présentateur calamiteux pas drôle (empêchez-le, de grâce…) ne sachant même pas manipuler un micro aucun des degrés d’humour ne les fait passer. Rendre Electric Six pertinent n’est pas un mince exercice pourtant.

Il faut remettre cette compilation dans son contexte, c’est-à-dire de vitrine d’un actif collectif liégeois présentant des groupes belges francophones de notoriété variable. Et dans cette optique, cette initiative est à saluer. Vous ne pouvez pas vous attendre à tout aimer ici, mais il est impossible que vous ne trouviez pas votre bonheur au détour d’un groupe ou l’autre.

Article écrit par Marc

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