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Morrissey - Years Of Refusal

mardi 17 février 2009, par Marc

Sur son podium


Il suffit de peu de choses pour passer dans un autre monde. Parfois même, acheter un vinyle le permet. Surtout si c’est celui de Meat Is Murder des Smiths. C’était il y a seize ans et ce geste, je m’en souviens encore clairement. Depuis, ce groupe au patronyme inoriginal est devenu une de mes références. Puis, pris dans ses filets, c’est naturellement que la carrière de son chanteur Morrissey que mes oreilles se sont tournées.

Depuis trois albums, ça ne rate jamais, on va vous faire le coup de " c’est son meilleur album depuis [insérer ici votre favori] ". C’est que le fan n’aime pas être déçu et quand l’idole a le bon goût de répondre à l’attente. Mais je dois dire que j’ai plus de sympathie et d’écoute pour des albums moins considérés comme Southpaw Grammar que les deux derniers un peu pompiers. Cette fois cependant, rien ne vient modérer l’enthousiasme. Il ne ressemble pas vraiment à ses chefs-d’œuvre, Vauxhall And I en tête. Mais je suis désolé d’anticiper sur le cliché, mais ceci est vraiment un bon Morrissey, et il se hisse pour moi sur le podium de ses meilleures productions, après les deux anciens susmentionnés. Sa force principale est de proposer les caractéristiques qu’on aime (ou pas évidemment) chez lui plus une vraie énergie rock. Certes, il a eu cette tentation par le passé, que ce soit dans les arrangements (Your Arsenal dont un des collaborateurs, Alan Whyte, est de retour) ou dans les choix de producteur (Tony Visconti pour Ringleader of the Tormentors, à qui finalement Jerry Finn a été préféré ici), et finalement, il y a peu de différences avec ce qu’on a entendu de sa part récemment mais le petit supplément de peps est réjouissant. Notons aussi que s’il signe tous les textes, c’est le trio Whyte, Boorer et Tobias qui en assure alternativement la composition.

Ceci n’est donc pas un album de hip-hop, mais un album moderne de Morrissey pur jus. Donc rien qui pourrait a priori rebuter les convaincus, mais qui pourrait vu le succès critique qu’on devine, récolter des écoutes d’oreilles curieuses. Ce qui est un peu dommage parce que la moyenne s’est élevé et on a même droit à des originalités. Par exemple, When I Last Spoke To Caroll est un peu le chainon manquant entre The Smiths et Calexico. Et c’est mon préféré de l’album.

Something Is Squeezing My Skull entame l’album pied au plancher, comme annoncé. Etrangement, alors qu’augmenter le tempo sauve souvent les meubles pour bien des artistes, Morrissey n’a jamais eu besoin de ça. Il n’en demeure pas moins que le ton est donné. Et le reste gardera cette énergie. Un rock carré un peu basique (All You Need Is Me) peut être transcendé par sa voix unique. Voix qu’il pousse parfois dans ses derniers retranchements (It’s Not Your Birthday Anymore) comme pour témoigner de son envie d’en découdre, de ne pas se reposer sur des capacités vocales si typiques.

Le single Throwing My Arms Around Paris est un bel exemple de ce qui fait que Morrissey me passionne moins que The Smiths. C’est solide, inspiré aussi un peu, mais ne m’évoque rien de plus. Le son, épais, est sans doute trop lisse et m’empêche souvent de complètement m’abandonner. Ceci dit, ils ne doivent pas être nombreux à pouvoir assumer des lignes mélodiques pareilles. Prenez That’s How People Grow Up, il n’y a pas de reproche objectif à y faire, sinon qu’on a entendu ça cent fois de sa part. Mais on le rappelle, le public potentiel est d’office preneur, et il montre de toute façon un panache certain (Mama Lay Softly On The Riverbered) quand ce n’est trop sucré (You Were Good In Your Time).

Bon, on ne va pas pleurer les Smiths encore 120 ans, mais on se dit que ce groupe est tellement insurpassable qu’il a fallu quelques hauts faits pour faire bonne carrière solo comme la sienne. Si c’est comme souvent un des meilleurs Morrissey depuis longtemps (voir plus haut), parce qu’il montre une belle vigueur et me donne plus envie d’y revenir souvent que ses deux prédécesseurs pourtant acclamés, il n’en reste pas moins que c’est un album du pote Steve, avec ses figures imposées, ses clichés parfois, mais un talent et une voix qui trouvent ici plus que dans le reste de sa discographie une occasion de s’exprimer pleinement. Une fois admis qu’il est sans doute illusoire d’espérer qu’il se renouvelle complètement, ce que personne ne lui demande du reste, cet excellent cru montre que les légendes le sont parce qu’elles ont plus à proposer et plus longtemps.

Article écrit par Marc

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